Revue de presse

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« Dans des bâtiments en terre » : à Cesson-Sévigné, Nathan Crouzet fait revivre sa ferme avec les techniques d’autrefois

Ouest-France · 17/08/2026 · ← revue

Autour de la grande table, à la fin du repas, les rires fusent. Certains sont arrivés depuis quelques heures à la ferme de la Grande-Frinière, à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine), tandis que d’autres reviennent chaque été. Lucas, arrivé hier de La Rochelle (Charente-Maritime), a rencontré Nathan, par l’intermédiaire d’un ami commun. Doriane, elle, est une habituée depuis 2020 : Je travaillais dans le patrimoine, et je voulais me former à la construction en terre. À quelques mètres, les murs racontent onze années de chantier. La ferme appartient à la famille de Nathan depuis plusieurs générations, sûrement 200 ou 300 ans ». Mais lorsqu’il la récupère, le constat est alarmant.

Sauver la ferme sans effacer son histoire

Les parents de Nathan louaient jusque-là les bâtiments à des agriculteurs. Après le décès de l’un d’eux, la famille découvre une ferme extrêmement dégradée. Des zones entières s’effondraient. Les bâtiments sont fragiles et si on ne fait rien, tout s’écroule , détaille Nathan. Impossible alors de relouer ou de vendre la ferme dans cet état. Le trentenaire décide de se lancer dans la restauration, en utilisant les techniques qui avaient servi à construire le lieu. Un choix correspondant parfaitement à son parcours : maçon de formation, il a travaillé sur des monuments historiques et des châteaux en Bourgogne, après avoir étudié l’architecture à Versailles (Yvelines). Pour lui, les vieux bâtiments constituent une véritable notice de montage. L’architecture ancienne porte, dans ses façades, le mode d’emploi. Il suffit d’ observer les murs, leurs différentes couches, les matériaux.

« La bonne botte et le bon chapeau »

La construction en terre crue, ou bauge, occupe une place centrale dans la restauration des bâtiments. Il y a onze ans, c’était moins connu. Il y avait très peu de tutos sur internet, de bouquins et de références , se souvient l’ancien maçon. Pour un mur en terre dure, une règle essentielle : le protéger de l’humidité. Nathan l’explique avec une formule : La bonne botte et le bon chapeau ! La botte représente le bas du mur, construit avec des pierres empêchant la terre de toucher directement le sol ; tandis que le chapeau symbolise le toit, protégeant le bâtiment de la pluie. Un adage ancien qui trouve aujourd’hui un écho particulier. Demain, tout le monde voudra vivre dans des bâtiments en terre, car ils sont naturellement climatisés , assure-t-il. Nathalie, venue participer au chantier, en sait quelque chose. Dans son appartement de Liffré (Ille-et-Vilaine), pourtant âgé de seulement cinq ans, il faisait au-dessus de 36 °C… Une vraie bouilloire thermique ».

Une ferme devenue un lieu de transmission

Au fil des années, la ferme est devenue bien plus qu’un chantier. Au début, les travaux étaient presque entièrement participatifs. Aujourd’hui, une dizaine de personnes travaillent régulièrement sur le site, avec parfois une trentaine lors des chantiers. Des centres de formation en maçonnerie, des écoles d’architecture de Rennes et de Nantes (Ille-et-Vilaine), des étudiants en design ou encore des professionnels de l’immobilier sont venus se former à la Grande-Frinière. Nathan voit dans cet intérêt grandissant la preuve que l’écoconstruction progresse, mais il estime qu’il faut encore montrer l’exemple. On manque cruellement de constructions publiques en terre. Mais je garde l’espoir que ces techniques se répandent !