Cesson-Sévigné. Elsa Tomkowiak propose une exposition qui mêle couleur et musique
Entretien
Elsa Tomkowiak, artiste plasticienne. Le thème central choisi pour la saison culturelle est Flâner. En quoi votre expo y satisfait-elle ? L’idée de déplacement du spectateur est très présente dans mon travail. Car c’est lui qui active finalement l’œuvre en se déplaçant. J’ai eu envie de proposer une espèce de balade, avec une succession d’espaces à traverser. On peut accélérer ou ralentir, embrasser l’ensemble du regard puis aller dans le détail, laisser son œil divaguer. La couleur frappe immédiatement, avec des teintes très intenses. Est-ce votre signature ? C’est ma façon d’aborder la couleur. Je dis très grossièrement que je travaille avec les couleurs qui composent l’arc-en-ciel, mais je recherche plutôt des couleurs extra-saturées. Elles peuvent être stimulantes pour certains et agressives pour d’autres. Le titre de l’exposition évoque la musique. Quel lien faites-vous entre peinture et musique ? J’ai eu une pratique musicale qui tient toujours une place importante dans mon quotidien. Je me rends compte que la façon dont je fais de la peinture est assez proche de la façon dont je ferais de la musique. Je recherche les mêmes choses : des stridences, des saturations, des relations à l’espace. Dans mes installations, je cherche aussi un rapport au corps, aux mouvements et aux déplacements. Vous parlez de « partitions » pour vos installations. Comment les utilisez-vous ? Je fais des petits dessins préparatoires que j’appelle mes petites partitions. Cela ressemble un peu à des cartes de géographie, avec des taches colorées qui indiquent comment la couleur va se déployer, se déplacer et entrer en interaction. Elles me servent à travailler en grand format. Ensuite, quand je lance la peinture, je ne peux plus m’arrêter. Elle devient un résultat, mais ce résultat ne compte pas plus que l’expérience vécue. S’il y a des accidents, ils font partie de l’expérience. Et ces blocs de mousse, qui semblent presque minéraux, comment sont-ils travaillés ? Je cherchais un matériau capable d’accueillir le même degré d’énergie que lorsque je me déploie sur 60/70 m² pour peindre au balai. Je voulais retrouver la même implication corporelle et j’ai trouvé ce répondant dans la mousse à matelas. Je prends la peinture dans les mains et je malaxe la mousse pour réaliser les dégradés. La peinture pénètre alors à l’intérieur du matériau. J’aime travailler avec des outils très simples : un cutter, une paire de ciseaux, un balai. Jusqu’au16 octobre, exposition à la galerie Pictura du Pont des Arts. Gratuit.