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Cesson-Sévigné. Broadpeak vend moins, mais ses revenus récurrents gagnent du terrain – Unidivers

unidivers.fr · 03/11/2026 · ← revue

À Cesson-Sévigné, Broadpeak vient de publier un curieux bulletin de santé : 10,1 millions d’euros de chiffre d’affaires au troisième trimestre 2026, en hausse de 5,1 %, mais 27,3 millions sur les neuf premiers mois, soit un recul de 12,9 %. Dans le même temps, les recettes qualifiées de récurrentes progressent. Derrière cette apparente contradiction se joue une transformation de l’économie du logiciel : vendre moins de grands projets ponctuels, davantage de services qui rapportent dans la durée. À une condition : que cette régularité finisse aussi par produire des bénéfices. Une année peut être assombrie par un contrat signé l’année précédente. C’est presque toute l’étrangeté du cas Broadpeak. L’entreprise bretonne, dont les logiciels permettent de diffuser des vidéos sans engorger les réseaux, a annoncé le 27 octobre un troisième trimestre encourageant. Le cumul annuel, lui, reste nettement dans le rouge. Les deux chiffres sont exacts. Ils ne racontent simplement pas la même histoire.

Un gros contrat en 2025, un trou dans la photographie de 2026

D’après son communiqué financier du 27 octobre, Broadpeak a réalisé 10,117 millions d’euros de chiffre d’affaires entre juillet et septembre, contre 9,622 millions un an plus tôt. Mais, depuis janvier, le compteur atteint seulement 27,257 millions, contre 31,279 millions sur les neuf premiers mois de 2025. La direction invoque principalement un effet de comparaison : au deuxième trimestre 2025, un important contrat de Cloud PVR — l’enregistrement vidéo à distance, dans le cloud — avait gonflé les ventes de licences et de services. Son absence dans les comptes de 2026 ne signifie pas nécessairement que les clients existants se détournent de Broadpeak. Elle rappelle en revanche à quel point une activité fondée sur des contrats d’infrastructure peut produire des résultats irréguliers. Sur neuf mois, les licences et services ont ainsi reculé de 30,5 %, à 9,6 millions d’euros. Les équipements, que Broadpeak présente comme une activité à faible marge, ont chuté de 36,8 %, à 2,1 millions. À l’inverse, une ligne progresse sans interruption dans ce tableau : la maintenance et le SaaS.

Faire payer le temps, plutôt que seulement le projet

Pendant longtemps, le logiciel professionnel a surtout été vendu sous forme de licences, accompagnées d’installation, d’intégration et de prestations techniques. Puis est venu le Software as a Service, ou SaaS : le client utilise une fonction logicielle hébergée et opérée comme un service, moyennant des paiements liés à la durée, à l’usage ou au contrat. Pour l’éditeur, la promesse est séduisante : une relation commerciale suivie, moins tributaire du calendrier des grands déploiements. Pour le client, moins d’infrastructure à exploiter lui-même, mais aussi une dépendance continue au fournisseur. Broadpeak affiche 15,562 millions d’euros de revenus « maintenance & SaaS » sur neuf mois, soit une progression de 10 % par rapport à 2025. Leur poids est passé de 45 à 57 % du chiffre d’affaires cumulé. Au troisième trimestre, ils représentent 5,120 millions, en hausse de 12,8 %, soit environ 51 % des ventes. Il y a bien une croissance en valeur, et pas seulement une part qui augmente parce que le reste baisse. Mais il faut regarder l’étiquette. Le groupe additionne dans une même rubrique la maintenance de solutions déjà installées et les services SaaS. Les comptes trimestriels ne permettent donc pas d’attribuer à l’abonnement cloud l’intégralité de cette progression. Ni de connaître précisément le revenu annuel récurrent du seul SaaS, le taux de renouvellement des contrats ou la part de clients qui augmentent leurs dépenses. Ce sont pourtant ces indicateurs qui permettraient de mesurer la profondeur du basculement.

Un spécialiste rennais derrière les images de millions d’écrans

Fondée en 2010 par Jacques Le Mancq et cinq associés issus de l’environnement Technicolor, Broadpeak a longtemps avancé loin des regards du grand public. Ses technologies travaillent là où le téléspectateur ne regarde jamais : dans les réseaux, les serveurs, les mécanismes qui distribuent un match en direct, réduisent les embouteillages numériques ou insèrent une publicité dans un flux vidéo. Sa clientèle n’est pas l’abonné devant son écran, mais l’opérateur télécoms, le diffuseur ou la plateforme qui lui fournit les images. La société a franchi deux étapes en 2022 : son introduction sur Euronext Growth et le lancement de broadpeak.io, sa plateforme de services cloud. Elle a ensuite installé son siège, baptisé The Peak, boulevard des Alliés à Cesson-Sévigné en 2024. Le changement de bâtiments accompagne un autre déplacement, moins visible : de la vente de technologies de diffusion à la fourniture permanente de fonctions comme l’insertion publicitaire, l’analyse des flux ou la distribution vidéo à la demande. Cette histoire bretonne a une géographie mondiale. Sur les neuf premiers mois de 2026, les Amériques progressent de 23,2 %, à 10,7 millions d’euros. La zone Europe–Moyen-Orient–Afrique, premier marché du groupe, recule de 25,4 %, à 14,3 millions, notamment sous l’effet du grand contrat de 2025. L’Asie-Pacifique baisse de 34,6 %, à 2,2 millions. Une entreprise de Cesson-Sévigné peut donc voir sa trajectoire bouleversée par des cycles d’investissement décidés à plusieurs milliers de kilomètres.

Les abonnements ne paient pas encore toutes les factures

Une part croissante de recettes régulières ne rend pas automatiquement une entreprise plus rentable. C’est le contrechamp indispensable du dossier. Après un exercice 2025 à 44,4 millions d’euros de chiffre d’affaires et à 3,7 millions d’EBITDA positif, Broadpeak a enregistré au premier semestre 2026 un EBITDA négatif de 2,3 millions. Le résultat net s’établissait à −4,3 millions, contre −1,5 million un an plus tôt. Plus révélateur encore : le taux de marge brute est passé de 78,6 à 74,3 % entre les premiers semestres 2025 et 2026. Broadpeak l’explique par la baisse des licences et services, activités particulièrement contributrices à sa marge. Autrement dit, le recul des grands contrats ne disparaît pas comme par enchantement lorsqu’un abonnement prend leur place. Pendant la transition, les deux modèles coexistent, avec leurs coûts et leurs fragilités. Le groupe a aussi réduit ses frais de personnel de 9 % au premier semestre. Fin 2025, il indiquait être passé de 332 collaborateurs internes et externes fin 2023 à 282, notamment grâce à un moindre recours aux prestataires. Ce redressement recherché par les coûts mérite autant d’attention que la progression du SaaS : une société peut devenir plus prévisible commercialement tout en traversant une période de contraction économique. Tout n’est pas dégradé pour autant. Le flux de trésorerie disponible s’est amélioré au premier semestre, de −2,2 à −1,2 million d’euros, grâce notamment à une meilleure collecte des créances clients. Au 30 juin, la dette nette ressortait à 6,8 millions. Ces indicateurs attestent d’un effort de gestion ; ils ne compensent pas, à eux seuls, la perte du semestre. L’objectif 2027 : ambition ou prochaine épreuve de vérité ? Broadpeak maintient son objectif de plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2027, avec la moitié de revenus récurrents et une marge d’EBITDA d’environ 15 %. Le seuil des 50 % de récurrence est déjà dépassé dans les neuf premiers mois de 2026, mais dans un ensemble de ventes qui se contracte. La question n’est donc plus seulement celle de la proportion : il faut agrandir le gâteau et restaurer sa rentabilité. Le dernier trimestre doit peser lourd. Pour simplement égaler les 44,4 millions d’euros réalisés sur l’ensemble de 2025, Broadpeak devrait engranger environ 17,1 millions d’octobre à décembre 2026, contre 13,1 millions sur la même période l’an dernier. Ce calcul n’est pas une prévision ; il mesure l’écart à combler. La direction prévoit pour sa part une croissance soutenue au second semestre et un EBITDA largement positif sur l’année, sans que le troisième trimestre suffise à démontrer que ces perspectives seront tenues. L’enjeu se joue désormais dans le renouvellement des contrats, la fidélité des clients, le poids réel des abonnements SaaS et les marges dégagées par chaque activité. La société ne détaillera son chiffre d’affaires annuel 2026 que le 9 février 2027, selon son calendrier financier. D’ici là, une leçon demeure : dans le numérique aussi, la croissance du chiffre d’affaires est une mesure imparfaite de la solidité. Mais la belle régularité d’une facture mensuelle ne vaut preuve qu’une fois les coûts, la trésorerie et les risques placés en face. Vidéo institutionnelle de Broadpeak : quinze ans d’histoire et de technologies de diffusion vidéo (2025).