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Présidentielle 2027 : la polarisation des électorats fragilise le front républicain anti-RN

Les Échos · 02/09/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

Quelle que soit la configuration du second tour, Marine Le Pen emporterait l'élection présidentielle de 2027, avec 52 % face à Edouard Philippe et 61 % face à Jean-Luc Mélenchon : issu d'une vaste étude réalisée par le laboratoire d'études de l'opinion Cluster17, et publiée ce mercredi par le think tank Terra Nova, ce résultat rejoint plusieurs sondages effectués au cours de l'été. Or selon Cluster17, cela s'explique largement par la structure de l'électorat français, qui a évolué au cours des cinq dernières années. « Il serait risqué pour tout le monde de raisonner selon les schémas des élections précédentes », avertit Jean-Yves Dormagen, président de Cluster17.

Cinq grands « bassins »

Réalisée fin juillet auprès d'un échantillon représentatif de 1.506 personnes, cette étude démonte l'idée d'un électorat devenu « gazeux ». Selon elle, 81 % des électeurs affichent des préférences partisanes, qui se répartissent en cinq grands « bassins », tous minoritaires : gauche radicale (18 %), gauche sociale et écologiste (17 %), centre (18 %), droite libérale conservatrice (18 %), droite nationaliste (27 %). Or, si 30 % d'entre eux ont déjà choisi leur parti (essentiellement le RN et LFI, à hauteur de 10 % chacun), ceux qui pourraient bouger (51 %) hésitent pour des formations « proches » : entre LFI et les Ecologistes, les Ecologistes et le PS, le PS et le centre, le centre et LR, LR et le RN, le RN et Reconquête. « Les hésitations n'enjambent pas les bassins, il s'agit essentiellement d'une concurrence de voisinage. Un électeur qui hésite entre le RN et LFI, ça n'existe pas », assure Jean-Yves Dormagen. VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ?

Deux clivages

Une autre dimension peut aussi expliquer les porosités entre partis, soulignant les difficultés que devront affronter les candidats, hors extrêmes. Cluster17 a ainsi identifié deux clivages, qui structurent aussi l'électorat selon une géographie de valeurs : progressistes contre conservateurs, d'une part, et adeptes de la stabilité contre partisans d'une rupture (antisystème), d'autre part.

Il n'y a plus de logique gauche/droite, mais des rejets croisés très forts

Jean-Yves Dormagen, président de Cluster17

Or ces clivages sont plus marqués aux confins de l'échiquier politique. Les électeurs du bassin « gauche radicale » sont plus nettement progressistes et dégagistes, tandis que ceux du bassin « droite nationaliste » sont plus conservateurs et, eux aussi, en majorité « rupturistes ». A l'inverse, les trois bassins intermédiaires sont plus hétérogènes - donc plus concurrentiels : leurs candidats doivent commencer par susciter l'adhésion dans leur espace, tandis que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, qui ont déjà converti leurs bassins, peuvent, eux, travailler à élargir leur électorat.

Reports difficiles au second tour

C'est aussi cette polarisation qui rend les reports difficiles au second tour. « Il n'y a plus de logique gauche/droite, mais des rejets croisés très forts », souligne Jean-Yves Dormagen. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon ne choisissent pas Raphaël Glucksmann face à Marine Le Pen, par exemple. De même, un électeur centriste n'arriverait pas à voter Jean-Luc Mélenchon contre Marine Le Pen : une fraction choisirait la candidate du RN et une majorité refuserait de choisir. « Compte tenu de ces rejets croisés, la logique d'un front républicain spontané de barrage au RN a disparu », poursuit le spécialiste. Les sondages donnent Marine Le Pen gagnante de l'élection, car aujourd'hui, le bassin naturel du RN est le plus large, et la frontière avec les autres partis plus ouverte : seuls 22 % des électeurs de la droite libérale conservatrice et 57 % des centristes jugent impossible de voter pour elle. « Mais cette situation n'a rien d'irréversible », veut croire Jean-Yves Dormagen, pour qui une mobilisation politique et sociale pourrait modifier les comportements observés à ce stade.

Anne Feitz