L’«open bar des arrêts de travail»: Édouard Philippe relance le débat sur un sujet explosif de la rentrée sociale

L’«open bar des arrêts de travail»: Édouard Philippe relance le débat sur un sujet explosif de la rentrée sociale Le candidat à l’élection présidentielle alerte sur un dossier qui figure parmi les priorités du gouvernement pour réduire les dépenses sociales. Les arrêts maladie seront au cœur de la discussion sur le budget de la Sécurité sociale.
Il faut «mettre fin à l’open bar des arrêts de travail». La formule claque. Quelques heures avant de débattre ce jeudi avec six autres candidats à la présidentielle lors des Rencontres des entrepreneurs de France (REF) du Medef, Édouard Philippe a mis les pieds dans le plat. «L’évolution actuelle des arrêts de travail liés à la maladie, c’est, en valeur, une augmentation de presque 40% entre 2019 et 2025», a-t-il précisé à l’AFP. «Une dérive préoccupante», «pas simplement pour les comptes - ça l’est, de l’ordre de 17 milliards d’euros (annuels) -» mais aussi «pour l’activité des entreprises et des administrations» et «pour l’ambiance au travail», a jugé Édouard Philippe. Freiner la hausse des arrêts de travail, et donc réduire leur coût, est une ambition affichée par tous les derniers gouvernements, celui d’Edouard Philippe donc, et celui de Sébastien Lecornu. Il faut dire que le gain potentiel est pharaonique. Entre 2019 et 2024, le nombre d’arrêts de travail augmenté d’environ 10 %, pour atteindre 9,1 millions d’arrêts par an indemnisés par la Caisse nationale d’Assurance-maladie (Cnam). En 2025, les indemnités journalières versées par la Cnam s’élèvent, comme l’indique à juste titre le maire du Havre, à 17,9 milliards d’euros, soit 7 milliards de plus qu’en 2016. Une augmentation toutefois difficile à endiguer, car elle implique d’améliorer les conditions de travail, de faire de la prévention et de lutter contre la fraude. Le gouvernement de Sébastien Lecornu, jugeant la trajectoire « explosive et insoutenable », a déjà dévoilé en avril plusieurs mesures pour y faire face, mais nombre d’entre elles sont pour l’instant restées lettre morte. Ainsi, l’exécutif affirme vouloir faire de la prévention pour « réduire les arrêts évitables », en visant notamment les troubles musculosquelettiques et les risques psychosociaux. Ces deux causes sont en effet celles qui sont le plus souvent avancées pour justifier les arrêts de travail de plus de deux mois. La santé mentale représente 38,1 % des motifs d’arrêts longs et les troubles musculosquelettiques 27,1 %, selon une étude comparative récente d’Axa. Cette étude dénonce d’ailleurs une véritable « dérive » des arrêts longs, qui sont ceux qui coûtent le plus cher à l’Assurance-maladie et aux employeurs. » LIRE AUSSI - Les Français ne s’en inquiétaient plus, mais il est de retour : comment le chômage est redevenu un point sensible de notre économie
Un «bouton d’alerte» pour les employeurs
Une étude publiée en 2024 par la Drees, le service de la statistique rattaché au ministère de la Santé, établissait à cet égard que les arrêts de moins de huit jours, bien qu’ils forment près de la moitié des arrêts, ne représentent en réalité que 4 % des sommes versées par l’Assurance-maladie, alors que les arrêts de plus de six mois (7 % du total) constituent à eux seuls 45 % des dépenses sociales en indemnités journalières (IJ). La Drees tord en outre le cou à une certaine idée reçue : les plus jeunes - dont les salaires et donc les IJ sont plus bas - sont en arrêt moins longtemps que leurs aînés, dont les salaires sont plus élevés. Ainsi, « les arrêts maladie des personnes de 50 ans ou plus ne représentent que 29 % des arrêts mais 42 % des dépenses, alors que ceux des moins de 35 ans, qui représentent un peu plus d’un tiers des arrêts maladie ne pèsent que pour 22 % de la dépense totale ». Le gouvernement a toutefois voulu répondre concrètement à l’image d’Épinal du travailleur qui profiterait d’un arrêt pour partir quelques jours au bord de la mer. Mesure emblématique et toujours bloquée à l’état d’annonce, un « bouton d’alerte » pour les chefs d’entreprise devrait ainsi être opérationnel avant la fin de l’année, selon le ministère du Travail. Celui-ci permettra à l’employeur de solliciter l’Assurance-maladie en cas de doute sur les causes de l’absence d’un salarié, pour déclencher un contrôle en cas de suspicion d’abus. Le gouvernement veut également « favoriser le maintien dans l’emploi » grâce à un suivi médical plus régulier et « des dispositifs qui facilitent le retour à l’activité lorsque cela est possible ». Face aux potentiels abus, l’exécutif veut enfin renforcer les contrôles « avec une sécurisation des prescriptions et un meilleur ciblage des situations atypiques, qu’elles concernent les assurés, les prescripteurs ou certaines entreprises ». » LIRE AUSSI - Arrêts de travail, fraude, tabac… Les propositions de l’Assurance-maladie pour faire économiser 3,9 milliards d’euros en 2027
La durée des arrêts de travail limitée à partir de septembre
Alors que le budget de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 va être examiné par le Parlement dans les prochaines semaines, certaines mesures votées dans le cadre du PLFSS 2026 vont par ailleurs bientôt entrer en application. Un décret publié en juin précise qu’à partir du 1er septembre, la première prescription d’un arrêt de travail ne pourra désormais pas durer plus d’un mois, et deux mois en cas de renouvellement, sauf exception justifiée par l’état de santé du patient. Des centaines de millions d’euros pourraient ainsi être économisés par la Sécurité sociale. À partir de 2027, la durée maximale de versement d’IJ dans le cadre d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle ne pourra en outre plus dépasser quatre ans. Ces nouvelles modalités ne suffiront toutefois pas, à elles seules, à freiner la hausse des arrêts de travail. La fraude sociale est également un enjeu à prendre en compte dans la lutte contre les arrêts maladie. En 2025, l’Assurance-maladie a stoppé 723 millions d’euros de fraudes, une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. Des mesures mises en place à la demande de la Cnam expliquent cette hausse, comme le déploiement d’un formulaire sécurisé de déclaration d’un arrêt de travail depuis le 1er juillet 2025. Bien plus difficile à falsifier que les anciens formulaires, ce document avec sept points d’authentification est désormais obligatoire lorsque l’utilisation d’un formulaire numérique n’est pas possible. Dans son rapport Charges et produits pour 2027, qui préfigure le prochain PLFSS, l’Assurance-maladie préconise d’aller plus loin dans la sécurisation du système de facturation et de prescription, « en poursuivant la dématérialisation des flux », pour lutter contre les faux arrêts de travail.