Présidentielle 2027 : à Tourcoing, Édouard Philippe enrôle Gérald Darmanin dans sa campagne et se projette sur une future « majorité absolue »

Présidentielle 2027 : à Tourcoing, Édouard Philippe enrôle Gérald Darmanin dans sa campagne et se projette sur une future « majorité absolue » REPORTAGE - Le candidat à l’élection présidentielle assure qu’il a « entendu » les attentes du garde des Sceaux, tenant d’une droite sociale. Sans aucunement préciser les curseurs d’un programme encore très flou.
La pluie a failli gâcher la fête, mais les discours ont été très élogieux. Non, ce n’est pas un mariage qui se tenait ce dimanche au Jardin botanique de Tourcoing : cela ressemblait plutôt à des fiançailles politiques. L’hôte des lieux, Gérald Darmanin, y a mis en scène son soutien à Édouard Philippe, officialisé à la mi-août, en présence de l’intéressé. Même si sur le fond, le candidat à l’élection présidentielle n’a pas spécialement donné de gage à la ligne de droite sociale revendiquée par le garde des Sceaux. Restant flou sur les curseurs de son programme, Philippe s’est surtout projeté vers la construction d’une future « majorité absolue » en cas de victoire. C’est après le déjeuner saucisses-frites-bières, marque de fabrique de cette rentrée politique que Gérald Darmanin organise depuis trois ans dans sa ville du Nord, que les discours commencent et que les amabilités fusent. « J’ai pensé en toute modestie que l’heure était grave et qu’on ne pouvait pas se diviser », pose devant les quelques centaines de militants le ministre de la Justice, qui se serait bien vu sur la ligne de départ pour l’Élysée. À ses yeux, Édouard Philippe est « la seule personne » capable de gagner la présidentielle, mais aussi « d’avoir une majorité » à l’Assemblée nationale. Et de vanter un candidat « pugnace », qui ne « cherche pas à être démagogue » et ferait « un très grand président de la République ». Comparant le maire du Havre à « un marin, un grand capitaine de bateau », il file la métaphore : « On est très fiers d’être ton équipage et je serai très heureux d’être ton premier matelot. »
«Un soutien n’est pas un alignement»
Édouard Philippe renvoie les compliments, en vantant longuement l’action de Gérald Darmanin dans ses différents postes gouvernementaux, du prélèvement à la source lorsqu’il était ministre des Comptes publics à la sécurisation des Jeux olympiques de Paris au ministère de l’Intérieur. « Avoir des avis différents, c’est sain dans une équipe », estime le candidat, alors que Gérald Darmanin ne manque pas de souligner ses désaccords avec la ligne philippiste, trop libérale à son goût. À la tribune, le rallié a de nouveau revendiqué son « gaullisme social » et alerté sur les « frustrations sociales ». Il faut certes faire « des efforts », mais « en écoutant les émotions populaires », a-t-il prévenu. D’autant qu’il juge « possible », et même « probable », un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Gérald Darmanin étrenne ainsi le rôle d’« aiguillon » qu’il se voit tenir dans la campagne d’Édouard Philippe. « Un soutien n’est pas un alignement », admet-on volontiers en écho dans l’entourage du candidat. Au micro, ce dernier assure lui prêter une oreille attentive : « J’ai entendu tes attentes, Gérald. J’entends ce que me disent ceux que je rencontre. » Mais l’ex-premier ministre n’entend pas pour autant préciser dès maintenant les axes de son programme. Darmanin est contre la retraite à 67 ans ? « Mon projet sur les retraites sera responsable pour tous et juste pour chacun », se contente de lui répondre vaguement Philippe. Le garde des Sceaux est favorable à un « moratoire » sur l’immigration ? « Je ne promets pas l’immigration zéro » mais « je veux qu’on choisisse notre immigration », louvoie le candidat. » LIRE AUSSI - Immigration : ce que prépare Édouard Philippe pour la présidentielle 2027
Consolider la place d’Édouard Philippe
Dans son discours, Édouard Philippe ne se concentre pas tant sur le fond de son programme que sur la méthode. D’abord en souhaitant un rassemblement « de la droite et du centre », répète-t-il, un terme que ses troupes préfèrent à celui de « bloc central », trop connoté macroniste. Ensuite, en insistant sur la construction d’une « majorité absolue » en 2027. Il imagine à voix haute « le nouveau parti ou la nouvelle confédération de partis qui permettra à tous ceux qui veulent unir leurs forces au service du pays de gouverner ensemble ». « Il ne s’agit pas de refaire l’UMP », prévient celui qui fut, en 2002, le premier directeur général du parti créé par Jacques Chirac et Alain Juppé. Une réponse à la nouvelle pique de son concurrent Gabriel Attal, qui a estimé juste avant, depuis la foire de Châlons-en-Champagne, que « l’enjeu de cette élection, ce n’est pas de recréer les partis d’il y a vingt ans avec ceux d’il y a vingt ans et les idées d’il y a vingt ans ». Cet impératif de rassemblement va monter en puissance dans les semaines qui viennent
Christophe Béchu, secrétaire général d’Horizons
« Ton rôle dans la préparation de cette recomposition sera central », assure Édouard Philippe à Gérald Darmanin, une mission dont les contours restent flous. Dans les rangs philippistes, on compte en tout cas sur « l’expérience de Gérald, la capacité qu’il a de parler avec tout le monde ». « On cherche à démontrer un élargissement du spectre, vante l’ex-ministre Marie Guévenoux, codirectrice de la campagne. Cette addition est possible et puissante. » L’objectif : consolider la place d’Édouard Philippe comme le moins mal placé pour accéder au second tour et éviter un duel Le Pen-Mélenchon. À condition de neutraliser les candidatures de Gabriel Attal sur sa gauche et de Bruno Retailleau sur sa droite. « Cet impératif de rassemblement va monter en puissance dans les semaines qui viennent », assure le maire d’Angers, Christophe Béchu, secrétaire général d’Horizons. Mais alors que les sondages restent les seuls faiseurs de roi, ne faut-il pas fixer une échéance ? Édouard Philippe se contente de croire à « une dynamique qu’il faudra percevoir et respecter le moment venu, c’est-à-dire ni trop tôt ni trop tard ». Là encore, le flou est de mise.