« L'intra-muros, ce n’est pas un parc d’attractions » : excédés par le comportement des touristes, ces habitants de Saint-Malo montent au créneau
À Saint-Malo, la cohabitation entre touristes et riverains est de plus en plus compliquée dans le quartier d’intra-muros. Face à une fréquentation intense sept mois par an et aux problèmes de circulation, des habitants ont décidé de créer leur propre macaron pour revendiquer leur droit de vivre et de se garer dans la cité corsaire. « J’ai arrêté de compter le nombre de fois où on a donné des coups de pied dans les roues de ma voiture et où je me suis fait insulter » rapporte, quelque peu dépitée, Gaëlle, habitante dans le quartier de l’intra-muros, du côté de la porte de Dinan, depuis une dizaine d’années maintenant. « Il y a aussi les petites réflexions, les gens qui vous fusillent du regard quand vous passez en voiture », ajoute Véronique Deschamps, habitante elle aussi de l’intra-muros, coiffeuse à domicile à Saint-Malo et présidente de l’association « Saint-Malo J’y vis ».
« La forte fréquentation, c’est désormais au moins sept mois par an ! »
L’affluence touristique dans le quartier historique de la cité corsaire, ce n’est pas uniquement durant les deux mois d’été, juillet et août ! « Contrairement à ce qu’on peut nous répondre, les difficultés de stationnement et de circulation, c’est au moins sept mois par an ! Si aux deux mois d’été, j’ajoute les 15 derniers jours d’octobre tous les quatre ans, Route du Rhum oblige, la fête foraine de la Saint-Ouine pendant cinq semaines, les vacances scolaires, les grands week-ends et des événements comme Quai des Bulles ou Étonnants Voyageurs », a compté Gaëlle. « C’est-à-dire que plus de la moitié du temps, il nous faut réfléchir à deux fois avant de déplacer notre voiture dans ou pour sortir de l’intramuros. » Et cette maman de préciser que « pour la prochaine Route du Rhum, je prévois de faire un plein de courses pour les deux semaines et je ne programme aucun rendez-vous en extérieur. Je ferai tous mes déplacements à pied et si possible à l’intérieur des remparts uniquement ! » Fin août, vers 11 h, au niveau de la porte Saint-Louis, une ambulance s’est retrouvée bloquée Pour limiter les conflits d’usage avec les voyageurs qui viennent se promener en intramuros, les habitants du quartier, en plus de limiter leurs déplacements, font appel à des livreurs, aux taxis si besoin. « Mais même eux, quand ils savent qu’il faut venir en intra, déclinent la course ! » se désespèrent Gaëlle et Véronique.
L’intra-muros rejeté par les professionnels
« Le plus grave, c’est quand une ambulance ou les pompiers doivent se déplacer. Fin août, j’ai vu, au niveau de la porte Saint-Louis, une ambulance bloquée à cause des piétons très nombreux à cet endroit-là. Elle a mis je ne sais combien de temps pour aller chercher une personne âgée à son domicile. C’est inadmissible », s’énerve Michel Ganiou, alias « Jules », lui aussi habitant depuis plusieurs années de l’intramuros. « Même les artisans du coin préfèrent éviter les interventions en intra. » « Regardez les camionnettes, vous verrez uniquement les noms d’artisans installés hors Saint-Malo. Si un plombier perd déjà plus d’une heure rien que pour venir et se garer, on comprend que l’intervention ne sera pas rentable pour lui, assène le Malouin. « Quant à nos proches, on ne les invite qu’aux périodes très creuses en termes de fréquentation. »
Priorité aux habitants
Alors faute d’initiative municipale encore cette année et malgré plusieurs demandes, l’association « Saint-Malo J’y vis » a décidé de passer la vitesse supérieure en attendant un geste, une directive, une expérimentation. Elle a, elle-même, fait imprimer « des macarons à coller sur les pare-brises des habitants qui le souhaitent », explique Véronique Deschamps. « Début mai, le maire Gilles Lurton, que j’avais une nouvelle fois interpellé sur les conflits d’usage en intra-muros, m’a répondu que ma demande avait bien été entendue et qu’une concertation était prévue cette année à ce propos. Mais qu’en attendant, rien ne serait possible pour nous aider, petit à petit, à éliminer ces conflits et nous permettre de continuer à nous déplacer au quotidien nous les habitants d’intra-muros. » « Nous savons bien que ces macarons ne nous donnent aucun droit mais une légitimité à continuer à vivre même quand le quartier est censé être en vacances et nous non » a expliqué Véronique Deschamps. « Avec ce macaron, nous espérons que les visiteurs comprendront que le quartier est habité par des actifs qui ont besoin de se déplacer et de se garer si possible près de chez eux et pas de l’autre côté des remparts. » « Nous ne prétendons pas avoir la solution idéale mais nous souhaiterions être visibles, entendus et réfléchir tous ensemble à un moyen pour que les habitants de l’intra-muros soient prioritaires dans leur quartier pour circuler et se stationner ! » s’agacent Gaëlle et Véronique. « Certaines villes y arrivent bien en réservant des stationnements à leurs habitants près de chez eux alors pourquoi pas à Saint-Malo… » « Plus ça va, au fil des ans, et plus on a l’impression de vivre dans une zone de non-droit où il n’y a plus de règles. »
Les Immanquables à Saint-Malo
Le récap hebdomadaire de l’actualité malouine, le vendredi à 12h
« Voir des personnes venir se garer pour aller à la plage de Bon-Secours pendant que vous, cela fait déjà 20 minutes que vous cherchez une place pour décharger vos courses, c’est exaspérant. Et nous dire que nous n’avons qu’à aller habiter ailleurs, ce n’est pas une solution. L’intra-muros de Saint-Malo est un quartier où vivent des habitants, pas un parc d’attractions ou une galerie commerciale à ciel ouvert. »