« C’est le mode “démerdez-vous” ! De l’irrespect total ! » A Rennes, la colère des étudiants et des salariés après l’annonce de la fermeture brutale du campus The Land
« Mon contrat d’alternance est-il encore valide ? Suis-je toujours assuré pour continuer à travailler ? Ai-je validé mon année ? On est dans le flou complet et on est seuls. » Juste avant la rentrée, des étudiants sont partagés entre colère, stress et interrogations multiples après la brutale annonce de la cessation d’activités du campus The Land, à Rennes. Établi sur un site de 7 ha à la Lande du Breil à Rennes, The Land se présente comme un campus « hybride » dédié à la ruralité. Il regroupe une trentaine d’entités, dont une douzaine d’écoles supérieures, une offre en formation continue, des logements, une épicerie fine, un Think tank, un incubateur d’entreprises, des espaces « events »… C’est notamment le cas de Manon (*). En 2e année de Bachelor « conseiller en droit rural et économie agricole », la jeune femme a trouvé un employeur à Bordeaux et l’appartement qui va avec, couplé avec son pied-à-terre à Rennes pour pouvoir se loger lors des sessions de cours. Arrivée dans la capitale girondine récemment, Manon a, comme tous ses camarades, reçu le mail lapidaire signé de la « direction » de The Land, hier, mardi, à 19 h 21, lui annonçant que « son campus cessait immédiatement ses activités pédagogiques ». Sans plus d’explication. Conséquence, elle dispose bien d’un contrat signé par ses soins, ceux de son employeur en alternance et par The Land. Sauf qu’elle n’a plus d’école… Conséquence ? « Je ne sais pas… Le contrat est-il toujours valable ? Vais-je devoir trouver une autre école et déménager ? On a eu aucune explication. Et le campus est injoignable. »
« J’ai dû prévenir mon employeur »
Pierre (*), lui, entame sa quatrième année. Il travaille aussi en alternance en Ille-et-Vilaine. « En recevant le mail hier, j’ai tout de suite envoyé mon préavis pour résilier le bail de mon logement rennais que j’avais conservé cet été sans l’occuper. Bilan j’ai payé deux mois pour rien et je vais aussi payer en septembre, le temps du préavis. » Il énumère ensuite les interrogations qui se bousculent. « Trouver une autre école ? J’ai peut-être une solution à Angers, mais avec l’obligation de recommencer l’année que je viens de finir. Donc, ça veut dire un an de perdu. Sinon, il y a Paris. Mais, là, financièrement, ça va être très très compliqué. » David (*), lui aussi, est en galère. « J’ai déjà eu beaucoup de mal à trouver une entreprise pour l’alternance. Je dois maintenant me retrouver une école. En pleine rentrée. J’en ai appelé deux, mais aucune ne peut donner suite. On n’est pas prioritaire par rapport au BTS. Et puis, c’est nous qui avons dû prévenir notre employeur. Il a appelé le campus. Personne ne lui a répondu. » « Il ne nous disait pas bonjour quand on le croisait dans les couloirs ». Turn-over des équipes, désorganisation, opacité… « On voyait bien que ce n’était pas sérieux, même si les équipes pédagogiques étaient tops », témoigne un étudiant. « Notre planning annuel a dû changer trois fois en deux mois, illustre Pierre. Lors des examens en juin, notre examinateur ne savait même pas sur quoi celui-ci portait. C’est nous qui avons dû lui expliquer. Aujourd’hui, nous n’avons même pas eu nos résultats. Mon année est-elle validée. J’en sais rien. Après, de là à dire que le campus allait fermer, comme ça, du jour au lendemain, je suis quand même surpris. » Les griefs se concentrent sur Jean-Marc Esnault, le directeur général de The Land. « Un politicien qui brasse du vent », estime David. « Il y avait un gros contraste entre son attitude médiatique et ce qu’il faisait au sein du campus », abonde Manon. Tous décrivent une personnalité « fuyante «, « peu disponible » et peu investie sur le pédagogique. « Il ne nous disait pas bonjour quand on le croisait dans les couloirs. » En octobre 2025, face aux difficultés financières rencontrées par The Land rendues publiques par la presse, Jean-Marc Esnault avait néanmoins dû répondre aux inquiétudes de ses étudiants réunis dans un amphi. « L’un d’entre nous a crevé l’abcès en lui demandant directement si The Land pouvait fermer, raconte Manon. Il lui a limite ri au nez en disant “quelle idée”. » « Si on avait été prévenus au printemps ou en début d’été à la limite, mais là… juste avant la rentrée avec juste ce mail. C’est le mode “démerdez-vous” ! De l’irrespect total ! », juge David. Voyages aux Émirats, en Afrique, en Californie… Tous les étudiants interrogés témoignent aussi des absences récurrentes des deux dirigeants du campus. « Ils parcouraient le monde pour trouver des accords avec d’autres écoles à l’étranger. Mais pour le reste, on se demande bien ce qu’ils faisaient. » Peu avant l’été, The Land a annoncé une alliance, baptisée RBA, avec une école belge et une structure d’Abu Dhabi. Ces témoignages sont confirmés par des salariés contactés. « Ils étaient en Inde, en Afrique, aux Émirats, en Californie… », rapporte une cadre, qui précise que « 90 % de l’équipe pédagogique » a démissionné début juillet. « Comme professionnels de l’éducation, on savait que cela ne pouvait pas tenir. Les maquettes pédagogiques étaient incomplètes, les programmes incohérents, les volumes horaires pas respectés. » Au sein des salariés aussi, les questions sont nombreuses. En particulier sur leur devenir. Dans son mail envoyé aux élèves, The Land annonce une « cessation d’activités ». « Cela veut-il dire qu’il a été liquidé par le tribunal de commerce ? Va-t-on être licencié ? », s’interroge une membre de l’équipe. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la direction reste injoignable.