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Mégafeu en Gironde : après la polémique, les maires du Porge et du Cap Ferret se confient au Figaro

Le Figaro · 11/08/2026 · ← revue

Mégafeu en Gironde : après la polémique, les maires du Porge et du Cap Ferret se confient au Figaro ENTRETIEN CROISÉ - Les communes du Porge et de Lège-Cap-Ferret ont été prises au piège par le mégafeu de Saumos et son pyrocumulonimbus, qui ont ravagé 22 000 hectares.

Leurs communes se sont retrouvées prises au piège du pyrocumulonimbus, un orage de feu qui a ravagé la Gironde. Neuf jours après la fin du mégafeu de Saumos, fixé le 1er août, les maires du Porge et de Lège-Cap-Ferret, Martial Zaninetti (sans étiquette) et Philippe de Gonneville (divers droite), ont accepté de se confier au Figaro. Le premier effectue son premier mandat dans la commune la plus touchée par les flammes, qui ont brûlé 42 000 hectares en onze jours. Le second, réélu en mars dernier, a vu la presqu’île qu’il administre échapper de justesse à la progression du feu, dans ce territoire en cul-de-sac. LE FIGARO. - Au Porge, 183 habitations ont été ravagées par les flammes. Bien que les autorités s’en défendent, de nombreux habitants ont eu le sentiment d’avoir été abandonnés par les pompiers au profit du Cap Ferret... Martial ZANINETTI. - Je ne suis ni pompier ni spécialiste, mais il est évident que nous avons manqué de moyens aériens rapides et efficaces pour nous attaquer à un feu de cette ampleur. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la commune a été encerclée par les flammes. Le sentiment d’incompréhension des familles qui ont perdu leur maison est légitime, nous nous devons de leur apporter des réponses. Mais les pompiers ont fait tout leur possible. Des enquêtes sont en cours, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Philippe DE GONNEVILLE. - J’ai vécu les premiers jours de cet incendie sans dormir, au cœur du réacteur avec le commandement et je peux vous assurer que c’est inexact (de dire que le Cap Ferret a été privilégié, NDLR). À Lège, 25 familles ont vu leurs maisons entièrement réduites en cendres et au moins une centaine d’autres habitations ont été détériorées par les flammes. Les pompiers ont arrêté le feu à Lège dans le pare-feu 83 (qui est limitrophe au Porge). Quand le cimetière près de la mairie s’est enflammé avec des sautes de feu terribles, tous les habitants du bourg de Lège n’avaient pas encore évacué. J’ai eu très peur. Les hélicoptères allemands ont fait un travail exceptionnel avec 147 largages en une seule journée. C’est absolument énorme. Vingt jours après le départ de l’incendie, le 22 juillet, comment vous sentez-vous ? M.Z - Je suis soulagé que le feu soit éteint, mais la crise continue au Porge. Nos finances sont à genoux, 183 habitations ont été détruites et 50% de la forêt domaniale a brûlé. Pour les Porgeais, qui ont un attachement particulier à leurs bois, le paysage dévasté est un crève-cœur. Nous devons aider les familles sinistrées et commencer la reconstruction de la commune avec l’aide des fonctionnaires et des artisans. Nous avons aussi besoin d’une aide financière de l’État. P.D.G - Durant la lutte contre le feu, les maîtres mots étaient combativité et responsabilité. Il faut garder en tête que c’est la première fois en Europe que nous faisons face à un incendie d’une telle vigueur (aux centaines de kilomètres de lisières). C’était fou et très compliqué de prendre des décisions. Même les logiciels de prévision des pompiers étaient débordés. Avez-vous des regrets sur la gestion de cette crise sans précédent ? M.Z - Aucun élu ne peut être prêt à un tel drame. Nous avons fait front de notre mieux et nous ne nous sommes pas trop mal débrouillés au vu de la situation... Il n’y a eu aucun décès et, même si c’est l’horreur pour les familles concernées, les dégâts ne sont que matériels. Désormais, il va falloir penser à demain et adapter le matériel mis à la disposition des pompiers, car ils seront amenés à affronter des feux similaires dans les années à venir à cause du réchauffement climatique. Plusieurs habitants ont dénoncé un dispositif d’alerte inefficace pour les prévenir d’une évacuation. Au Porge, on reproche par exemple aux autorités de ne pas avoir fait retentir la sirène d’alarme. Certains pompiers, eux, ont regretté que les habitants n’aient pas sécurisé leurs bouteilles de gaz... M.Z - La sirène d’alarme sert à annoncer un confinement, c’est pour cela que nous ne l’avons pas déclenchée. Pour une évacuation, la procédure veut que ce soit le système FR-Alert qui contacte les habitants par SMS. Nous sommes quand même parvenus à évacuer 7 000 personnes à trois heures du matin. P.D.G - À Lège, la population du bourg qui n’avait pas encore évacué, a pu l’être entre 1 h 30 et 6 heures du matin grâce au travail exceptionnel de la gendarmerie. J’avais fait passer le mot de demander aux habitants de mettre leur bouteille de gaz dans leur piscine ou dans l’eau, mais, à 2 heures du matin, tous n’ont pas eu ce réflexe. Un pompier, en effet, a été grièvement blessé par l’explosion de l’une d’entre elles. Une solidarité exceptionnelle s’est rapidement mise en place localement, mais l’aide est aussi arrivée de toute la France et même d’Europe... M.Z - Nous avons été très touchés par la solidarité, la bienveillance et l’humanité entre les Porgeais et les Français. C’était important pour nous et cela nous a permis de tenir au plus fort de la crise. P.D.G - La solidarité était remarquable, je crois même que l’on peut dire qu’une fraternité merveilleuse s’est exprimée.