Budget, sécurité, propreté… Au cœur du bassin minier, les premiers pas des nouveaux maires RN

Budget, sécurité, propreté… Au cœur du bassin minier, les premiers pas des nouveaux maires RN REPORTAGE - Les édiles du parti nationaliste dans le Pas-de-Calais cherchent à faire valoir leur action, ce qui n’empêche pas certaines polémiques.
C’est le début d’une nouvelle ère politique pour la petite ville de Harnes. Après plus d’un siècle à gauche (PC puis PS), cette commune de 12 000 habitants près de Lens et Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, a choisi lors des municipales Anthony Garénaux-Glinkowski, élu du Rassemblement national, pour les six prochaines années. Juste en face de l’Hôtel de ville, sur la place du marché, très animée cet été, cette bascule fait toujours parler. « Pour l’instant, c’est très bien, commentent Raphaël et Mélanie, un couple trentenaire qui a toujours habité ici. L’idée de renforcer la police municipale, c’est important, comme la création d’un nouveau marché aux puces. Il ne peut pas tout changer en trois mois mais il est très présent. » Antonio, retraité, est moins enthousiaste : « La propreté de la ville a l’air de s’améliorer, la police municipale est plus présente mais il faudra voir par la suite. Ça reste le RN… » Anthony Garénaux-Glinkowski, 35 ans, l’a emporté en mars dernier dès le premier tour avec 50,29 % des voix. Quasiment le même score que ses voisins François Vial à Oignies ou encore Raphaël Eraldi à Lillers. Douze villes du secteur ancrées à gauche depuis des dizaines d’années ont basculé RN lors des dernières municipales. Un bastion RN au cœur du bassin minier. Point commun de la plupart de ces nouveaux maires : ils ont un lien avec la ville d’Hénin-Beaumont ou l’appareil du parti. Ils sont ou étaient agents municipaux, membres de cabinet ou assistants parlementaires. Raphaël Eraldi, 27 ans, maire de Lillers (près de Béthune), était par exemple l’un des collaborateurs de la députée RN Caroline Parmentier, proche de longue date de Marine Le Pen : « Cela m’a permis d’acquérir de l’expérience, assure-t-il. Car nous avons déjà eu l’occasion de monter des projets avec les mairies. Du coup, on est allés très vite dès le début du mandat. Propreté et sécurité. Ce sont nos deux priorités. On a dégagé des crédits pour embaucher dans ces deux secteurs et on a déjà des résultats. » Même stratégie dans la grande majorité des nouvelles villes RN, les effectifs de la police municipale ont été revus à la hausse et les agents chargés de la propreté sont plus visibles. Des gardes champêtres, gages de proximité selon les nouveaux élus, seront aussi recrutés dans plusieurs communes.
Des audits financiers pour agir sur le budget
« Ils font la même chose dans toutes les mairies RN, analyse Sébastien Lysik, chef de l’opposition divers gauche à Harnes. Recruter des policiers municipaux, mener des actions coup de poing, prendre des mesures symboliques… Toujours des actions très visibles mais qui sont juste superficielles. Ce n’est que de la communication. Quand on commence à poser des questions sur les sujets de fond, c’est vide. Et surtout, je suis inquiet de leur gestion. Ici, ils ont déjà voté près d’un million d’euros de dépenses supplémentaires : policiers municipaux, fête du 14 Juillet, alors qu’ils disent que la ville est en ruine à cause de nous. » C’est un autre point commun des nouveaux maires RN. Dans toutes les villes, ils posent un diagnostic sévère sur les finances pour justifier de difficultés à appliquer leur programme. « On a une forte dette et des bâtiments municipaux en mauvais état, affirme Raphaël Eraldi à Lillers. On a demandé un audit financier pour y voir plus clair. Du coup, je suis très prudent sur ce que j’avance pour l’instant. » « Tout se passe bien, mais c’est surtout l’année prochaine que nos maires vont pouvoir agir en profondeur, en préparant leur budget, confirme Christopher Szczurek, délégué départemental RN du Pas-de-Calais. Nos maires sont pragmatiques et très présents sur le terrain. On ne cherche pas la radicalité, on cherche plutôt à rompre avec des systèmes usés. » Naturellement, le parti de Jordan Bardella appuie cette stratégie. Il assure les nouveaux élus de tout son soutien. Mais pas de groupe formel, juste une aide au coup par coup et des projets de collaboration quand c’est possible. « Il n’y a pas de tutelle, rien de formalisé, pas de réunions régulières, assure Christopher Szczurek. Mais les nouveaux maires sollicitent notre expérience. En fait, on reproduit ce qui a marché à Bruay-la-Buissière (où le maire, Ludovic Pajot, a été réélu dès le premier tour avec 81 % des voix, NDLR) et surtout à Hénin-Beaumont. Je rappelle que Steeve Briois y a été réélu pour un troisième mandat avec 78 % des voix. »
Des débuts émaillés de polémiques
À Harnes, cette méthode Briois est très critiquée par l’opposition. « C’est toujours la même chose avec le RN, estime Sébastien Lysik. Ils sont sournois et méprisants. Récemment, ils ont tronqué le procès-verbal d’un conseil municipal. Sur les réseaux sociaux, ils font des erreurs dans les noms des associations. Ils ne connaissent pas bien la ville. On sent de l’amateurisme. » Dans toutes les villes passées au RN, la tension avec l’opposition est palpable, notamment au cours des conseils municipaux. Un peu partout, le début de mandat a été émaillé de polémiques… À Lillers, la ville a refusé d’octroyer des subventions à quatre associations en pointant leur « posture politique ». À Courcelles-les-Lens, la nouvelle majorité RN a réduit l’espace d’expression des oppositions dans le bulletin municipal. Et à Harnes, le drapeau européen a été retiré devant l’Hôtel de ville et une statue de Robespierre a également été enlevée. » LIRE AUSSI - Jérôme Fourquet : La Flèche ou le symbole d’un Rassemblement national à la conquête de l’Ouest Face à la puissance politique nouvelle du Rassemblement national, une résistance politique et citoyenne s’organise timidement. Dans les intercommunalités, les maires de gauche et du centre s’accordent pour ne laisser aucune place aux élus RN dans les exécutifs. Une association intercommunale de développement culturel, qui travaille avec quatre des communes qui ont basculé au RN, a affirmé dans la presse locale son intention de ne nouer « aucune relation avec les élus des nouvelles majorités ». « Nos maires n’ont peur ni de faire ce pour quoi ils ont été élus, ni de déplaire, notamment aux médias locaux, assure Christopher Szczurek. Il y a des choses à remettre d’équerre. » Pour l’année qui vient, l’objectif est clair. Éviter, en pleine année présidentielle, les « couacs » qui ont parfois pénalisé le parti lors de victoires passées dans des élections locales.