Jean-Louis Butré : « Les collectivités soutiennent les éoliennes pour des raisons purement financières »

Jean-Louis Butré : « Les collectivités soutiennent les éoliennes pour des raisons purement financières » ENTRETIEN - La France est sur le point de remplacer une partie de ses 10 000 éoliennes par des modèles de plus grande taille. Une mesure qui ne va pas profiter au consommateur, estime le président de la Fédération Environnement durable.
LE FIGARO. - La France s’apprête, dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), à remplacer une partie de ses 10 000 éoliennes par des modèles plus grands, pour passer de 26,1 à 40 GW d’ici 2035. Ce renouvellement du parc éolien est-il vraiment nécessaire pour parvenir aux objectifs de la PPE3 ? JEAN-LOUIS BUTRÉ. - Le problème de fond, c’est qu’on est déjà en surproduction d’électricité. La PPE3 lance un programme colossal de renouvellement du parc terrestre par des machines plus grandes. Le programme comporte aussi un volet offshore, dont l’appel d’offres Arvedis, qui mobilise à lui seul 22 GW. Or on ne consomme pas plus d’électricité qu’avant - et même plutôt moins -, mais on continue de développer une énergie intermittente. La France - et l’Europe par moments - se retrouve donc en surproduction, ce qui dérègle les marchés avec des prix négatifs. C’est le consommateur qui paie au final. Le parc nucléaire, laissé à l’abandon depuis vingt ans, est pourtant ce qui maintient le système en équilibre. Sans vent ni soleil, c’est lui qui fournit la France, l’Allemagne et l’Espagne. Si l’on ne traite pas d’abord la question du nucléaire, on ne résout rien. On fait de belles promesses, mais on ne prend aucune décision d’investissement, alors que nos centrales ont déjà 40 ans. Plus on ajoute d’éoliennes et de solaire, plus on fragilise le système, selon les analyses sévères d’André Merlin, ancien président de RTE. La ministre allemande de l’Économie a mis fin à l’essentiel des subventions au renouvelable, quand la France accélère en sens inverse. C’est une aberration qu’on paiera cher. Ces décrets ont été pris sans passage devant le Parlement. Notre collectif a donc attaqué la PPE3 devant le Conseil d’État. Craignant cela, le gouvernement a précipité l’appel d’offres Arvedis, pour que le contrat signé soit difficile à défaire même en cas d’annulation. Nous avons porté plainte contre l’Agence de la transition écologique, dont les chiffres varient du simple au triple d’un jour à l’autre
Jean-Louis Butré
L’État affirme que les éoliennes retirées pourront être recyclées. Est-ce vraiment possible ? Le socle en béton ne peut pas être maintenu sur le sol où il se trouvait. Les pales, elles, sont en matériaux composites quasi indécomposables. Il s’agit de polymères haut de gamme, de fibres de carbone. On prétend recycler tout cela, mais on retombe sur des matériaux toxiques. C’est un problème jamais vraiment résolu. La nacelle pose les mêmes difficultés. Il est nécessaire de séparer le générateur, les aimants et les composites, ce qui coûte cher. Or les sommes provisionnées pour le démantèlement sont dérisoires : 56 euros par mégawatt. Nous demandons que la somme nécessaire soit séquestrée dès l’octroi du permis et indexée dans le temps. Les partisans de l’éolien affirment que des installations plus grandes ne causeront pas plus de nuisances esthétiques. Est-ce exact ? Une éolienne mesurant 140 à 150 mètres de haut et située à 500 mètres d’une maison a un impact visuel évident. Certains propriétaires vendent d’ailleurs leur bien à l’arrivée des promoteurs. Une éolienne plus haute de 50 % a nécessairement plus d’impact, notamment en termes d’ombre, de vibrations, de bruit et de dégradation du paysage. Les promoteurs disposent pourtant de moyens considérables pour présenter ce changement comme étant sans conséquence. Le public reste donc mal informé, notamment sur les économies de CO2 promises. Notre fédération a interrogé l’Agence de la transition écologique à ce sujet. Les réponses obtenues sont si incohérentes qu’on penche vers une absence d’économie de CO2, l’éolien ne représentant que 8 % du parc énergétique. » LIRE AUSSI - Nucléaire, hydraulique, éolien... EDF paye le prix de la multiplication des vagues de chaleur L’un des arguments pour la construction de nouvelles éoliennes tient à ce que celles-ci rapporteraient davantage aux collectivités. Est-ce la raison pour laquelle ces dernières ne s’y opposent pas ? Une éolienne plus puissante a un meilleur rendement, surtout en mer. Mais, pour les collectivités, l’argument est purement financier : un agriculteur touche entre 10 000 et 100 000 euros par an, une commune entre 30 000 et 50 000 euros de taxes par parc. Même réticents sur le fond, peu d’élus refusent cet argent. Par ailleurs, c’est une forme de privatisation de l’électricité : EDF, TotalEnergies et des acteurs étrangers - tels que des sociétés coréennes, allemandes et des fonds financiers - prennent progressivement le contrôle d’une partie du réseau français, région par région. Est-ce vraiment ce que l’on souhaite ?