Dati, Aulas, Estrosi, Knafo… Que deviennent les candidats médiatiques qui ont échoué aux municipales de 2026 ?

Dati, Aulas, Estrosi, Knafo… Que deviennent les candidats médiatiques qui ont échoué aux municipales de 2026 ? DÉCRYPTAGE - Quatre mois après le second tour des élections municipales, aucun des prétendants défaits à Paris, Lyon et Nice n’a complètement quitté la vie politique.
En plein mois de juillet, à 5895 mètres d’altitude, Christian Estrosi, 71 ans, a planté un drapeau niçois au sommet du Kilimandjaro, le toit de l’Afrique. «Défi relevé !», a écrit sur Instagram l’ancien maire (Horizons) de Nice, qui a réalisé l’un de ses rêves avec sa fille Laura. Pendant ce temps, Sarah Knafo multiplie les allers-retours vers Strasbourg, Rachida Dati s’est repliée sur le 7e arrondissement de Paris, qu’elle dirige depuis 18 ans. À Lyon, fragilisé par les répercussions politiques de l’enquête pour viol aggravé visant son directeur de campagne Roman Abreu, Jean-Michel Aulas prépare une rentrée qu’il annonce offensive. Les figures les plus médiatiques qui ont perdu les municipales, le 22 mars, n’ont pas disparu. Elles ont quitté le devant de la scène pour des terrains moins visibles, où chacune tente de donner un sens différent à sa défaite. C’est à Nice que le retrait du battu est le plus radical. Dominé de plus de dix points par son ancien allié Éric Ciotti après dix-huit ans à la mairie, Christian Estrosi s’est retiré de la vie politique municipale, au point d’avoir renoncé à son mandat de conseiller municipal d’opposition. Depuis les commémorations des 13 et 14 juillet pour les dix ans de l’attentat de Nice, lors desquelles il a rendu hommage à «la résilience d’une ville», il ne s’est presque plus exprimé publiquement. «Après une défaite, on prend du temps pour soi», explique Anthony Borré, son ancien premier adjoint.
Rares apparitions
L’ex-édile va désormais chercher à l’école sa plus jeune fille, Bianca. Ce retrait s’est accompagné d’un jeu de chaises musicales au sein d’Horizons : il a laissé la tête de l’assemblée des maires du parti au profit de la présidence du «conseil national», sorte de mini-Parlement de la formation d’Édouard Philippe. Toujours président délégué de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, il se garde de commenter la vie politique niçoise. Mais il est «triste» de la perte des Jeux olympiques d’hiver pour sa ville, rapporte son ami Anthony Borré, remonté contre Éric Ciotti. Toujours maire du 7e arrondissement, conseillère de Paris et coprésidente du groupe Paris Liberté !, Rachida Dati n’a fait, elle, que de rares apparitions depuis l’installation du nouveau Conseil de Paris, le 29 mars. Sa première prise de parole dans l’hémicycle n’a eu lieu que le 18 juin, lors des débats sur le scandale du périscolaire. «Vous avez recruté, Monsieur Grégoire, un animateur [...] qui était visé par une plainte sur son propre enfant mineur», a-t-elle alors lancé au nouveau maire socialiste. Elle a obtenu la création d’une mission d’information sur le sujet. Ses adversaires lui reprochent de signer les feuilles de présence afin de préserver ses indemnités, sans réellement siéger. Son entourage oppose à cette accusation des activités moins spectaculaires mais jugées tout aussi importantes : présidence des conseils d’arrondissement, chantiers dans les écoles et sur la voirie, réunions de son groupe... La campagne terminée, assure une proche, elle a repris «tout de suite» son travail d’élue. La discrétion de Sarah Knafo cache encore autre chose. Élue conseillère municipale du 16e arrondissement, elle a définitivement enterré l’hypothèse d’une candidature à l’Élysée en 2027, après plusieurs mois de spéculations sur sa capacité à se substituer à Éric Zemmour. Elle indique depuis avoir travaillé «d’arrache-pied» à son premier livre, Le Casse du siècle (Éditions Fayard), attendu le 2 septembre. «Beaucoup de masques vont tomber», prévient-elle, sans vouloir en dévoiler davantage. L’eurodéputée a recentré ses activités sur le Parlement européen, où elle n’a manqué aucune session plénière depuis sa défaite parisienne. Dans l’Hémicycle, elle combat notamment «Chat Control», le projet européen de détection de contenus pédocriminels dans les communications privées, qu’elle juge attentatoire aux libertés numériques. Face aux violences sexuelles dans le périscolaire, elle réclame plutôt des contrôles ciblés.
«Nouveau costume»
À Lyon, Jean-Michel Aulas rejette le mot «retrait», alors qu’il avait assuré ne pas siéger dans l’opposition en cas de défaite. Quatre mois plus tard, il assume son nouveau rôle d’élu local d’opposition à Lyon. «Je me sens bien dans ce nouveau costume», assure l’ancien patron de l’Olympique Lyonnais, qui dit avoir transmis une grande partie de ses responsabilités économiques à son fils Alexandre pour se consacrer à la chose publique. Il conserve en parallèle ses fonctions de vice-président de la Fédération française de football (FFF) et de président de la Ligue féminine de football professionnel. Malgré ses résultats mitigés - bien que battu de 2.762 voix à la ville, il a vu sa large alliance de droite et du centre remporter la puissante métropole dont il est désormais vice-président -, l’homme d’affaires présente les scrutins comme un «succès plein et entier». Il affirme avoir contraint le maire Les Écologistes de Lyon, Grégory Doucet, à reprendre certains thèmes de sa campagne. «Il n’y a pas eu du tout de ma part de questionnement sur la suite», assure-t-il au Figaro. Entre-temps, son navire a chaviré et l’équipage s’est mutiné. Le 13 mai, une plainte pour viol aggravé a été déposée contre Roman Abreu, son directeur de campagne, qui conteste les accusations. Jean-Michel Aulas est accusé de l’avoir maintenu en poste jusqu’à la fin de la campagne, après avoir pris connaissance des faits allégués à la mi-février, bien avant que l’affaire ne devienne publique en juin.
Crise en interne
L’épisode a provoqué une crise en interne et a isolé Jean-Michel Aulas. La présidente Les Républicains (LR) de la métropole de Lyon, Véronique Sarselli, l’a privé de ses délégations au « rayonnement, à l’innovation et aux grands projets ». Un de ses anciens soutiens juge la campagne «très mal gérée» et a rompu avec lui après cette affaire, à l’image d’une grande partie de ses ex-colistiers. «Sa carrière politique est plus derrière lui que devant lui», juge pour sa part Pierre Oliver, maire LR du 2e arrondissement de Lyon. Selon lui, l’homme d’affaires a bien réussi à fédérer les partis de droite et du centre, mais «malheureusement contre lui». » LIRE AUSSI - Comment Grégory Doucet a importé à Lyon la méthode du maire de New York pour reprendre l’avantage sur Jean-Michel Aulas «On regrette toujours l’attitude des gens qui sont déloyaux», répond de son côté Jean-Michel Aulas, toujours épaulé par la présidente de son comité de soutien, Laure Cédat. Sur l’affaire Abreu, «je pense que j’ai été exemplaire dans tous les domaines», dit-il, en assurant avoir encouragé la victime présumée à déposer plainte. À Lyon, il entend prolonger son aventure politique en se concentrant sur ses mandats locaux, et projette qu’on lui rendra l’ensemble de ses délégations à la rentrée. Pour d’autres battus, l’après-municipales se joue à l’échelle nationale. Présent le 5 juillet au meeting parisien d’Édouard Philippe, Christian Estrosi souhaite aider son candidat à emporter la présidentielle. De la même manière, Sarah Knafo a lancé une plateforme destinée à recueillir les propositions des sympathisants d’Éric Zemmour pour nourrir l’université d’été du mouvement, le 12 septembre. «En ce moment, mon rôle, c’est de préparer le meilleur programme pour la France», résume-t-elle.