Bruno Le Maire, un été pour tenter de se faufiler vers la présidentielle

Bruno Le Maire, un été pour tenter de se faufiler vers la présidentielle
RÉCIT - Toujours critiqué pour avoir laissé filer la dette, l’ancien ministre de l’Économie réplique et cherche à s’inviter dans le match de 2027.
Qui se souvient que Bruno Le Maire fut le ministre le plus populaire du gouvernement ? Il venait alors de rejoindre l’aventure macroniste, après des années passées à droite. Près de dix ans après son ralliement, la parenthèse se referme plus amèrement. Ils se comptent sur les doigts d’une main ceux qui l’imaginent encore présidentiable. Les sondeurs n’évaluent pas son potentiel électoral pour 2027. Et lorsqu’il accorde des interviews, le même procès revient sans cesse. « Tu te rends compte, t’es (le) ministre des Finances qui nous (a) fait des trous de mite dans tout le budget », lui a lancé « Sky », l’animateur de Thinkerview - un podcast alternatif et souverainiste parmi les plus influents. L’échange de deux heures a été ponctué d’attaques pour mettre en cause la compétence de l’ancien patron de Bercy, resté en poste sept ans durant. Les internautes ont allègrement relayé certaines des séquences les plus virulentes. Écho au surnom de « M. 1 000 milliards de dettes », brandi à l’automne dernier par Bruno Retailleau (LR), pour justifier son refus de participer au même gouvernement que Bruno Le Maire. » LIRE AUSSI - «Faire tomber la monarchie technocratique» : Bruno Le Maire, le temps de la révolte « Il fait l’objet d’une vague d’attaques indignes. Homme d’expérience, il a su soutenir l’économie et permettre aux entreprises françaises de traverser les pires crises », a réagi le parti Renaissance de Gabriel Attal. « Le voir traité avec cette brutalité et cette vulgarité devrait serrer les tripes de tous ceux qui aiment la politique et respectent ceux qui s’engagent pour la France », a abondé Clément Tonon, l’un des plus proches conseillers d’Édouard Philippe. Des deux anciens premiers ministres, chacun se demande lequel achètera le mieux à la découpe ce qu’il reste du « lemairisme ».
« Une voix qui peut compter »
Déjà, les parlementaires proches de l’homme de 57 ans s’éparpillent dans chacun des camps. Les députés du Bas-Rhin Charles Sitzenstuhl et de Seine-et-Marne Franck Riester, chez Gabriel Attal ; l’édile de Saint-Germain-en-Laye, Arnaud Péricard, chez son homologue du Havre Édouard Philippe. « Bruno a tout à fait un rôle à jouer, c’est une voix qui peut compter dans la campagne », estime le porte-parole d’Horizons, qui prévoit de le voir dans quelques jours sur leur lieu de villégiature, au Pays basque. « Je ne crois pas qu’il soit candidat, je ne crois pas qu’il puisse l’être », ajoute-t-il. Si Bruno Le Maire était candidat à la présidence de la République, ce que je souhaite, je le soutiendrai quoi qu’il arrive
Charles Rodwell, Député Renaissance
En réalité, Bruno Le Maire ne l’entend pas ainsi. Ni Gabriel Attal - qu’il a rencontré récemment -, ni Édouard Philippe - avec lequel les relations sont notoirement mauvaises - ne trouvent grâce à ses yeux. Dans un scrutin présidentiel où il constate que les extrêmes ont une longueur d’avance, il estime être aussi outsider que les deux candidats déjà déclarés. Quant au boulet de la dette, il rappelle que depuis son départ de Bercy, elle a augmenté de 300 milliards d’euros et que les taux n’ont jamais été si hauts. Preuve, estime-t-il, qu’on lui a fait porter un peu trop vite le chapeau du dérapage des comptes publics. » LIRE AUSSI - Bruno Le Maire au Figaro : « Nous devons créer une fédération de six États-nations » Alors entre la « nouvelle France » des Insoumis et le projet de société lepéniste, il souhaite développer son propre concept pour une « autre France ». Le tout avec de premières propositions tranchantes, d’inspiration libérale. « L’État-providence doit laisser la place à l’État-puissance », répète-t-il, en voulant simplifier les strates de gouvernance à trois échelons (État, régions, communes). Il prône la désindexation des retraites et des prestations sociales. Ou encore une fédération européenne de six États-nations pour que le continent se réinvite dans le match États-Unis-Chine. Et advienne que pourra.
Moindre signe
Bruno Le Maire guette le moindre signe de l’opinion. À la rentrée, à l’automne, ou, qui sait, bien plus tard. Une primaire sauvage, à rebours des codes habituels qui ne lui avaient pas été favorables en 2016 (2,38 % lors de la compétition interne à la droite et au centre). « Si Bruno Le Maire était candidat à la présidence de la République, ce que je souhaite, je le soutiendrai quoi qu’il arrive », a indiqué sur CNews le député (Renaissance) Charles Rodwell. « La fidélité, c’est comme l’or, ça prend de la valeur en temps de crise », a poursuivi l’élu des Yvelines et ancien conseiller du ministre à Bercy. Un autre de ses anciens collaborateurs, Sébastien Lecornu, doit rencontrer son ancien mentor en septembre, alors que les spéculations sur sa propre candidature en 2027 alimentent l’été. Bruno Le Maire a récemment rencontré le maire (ex-LR) de Cannes, David Lisnard, et dit du bien des dernières propositions institutionnelles de Jean-Louis Borloo. « Il faut voir quel récit peut accrocher, et ensuite, on trouvera qui prendra le leadership. La règle, c’est de se mettre ensuite derrière lui », répète-t-on dans l’écurie lemairiste, en espérant le bon alignement des planètes.