Ciotti, Estrosi, Lisnard et les Tabarot : l’Orly-Nice, le vol qui fait l’union et la désunion des droites

Ciotti, Estrosi, Lisnard et les Tabarot : l’Orly-Nice, le vol qui fait l’union et la désunion des droites Les élus des Alpes-Maritimes empruntent régulièrement le vol « navette » pour Paris et se croisent souvent dans les premières rangées. Et ce, malgré certaines inimitiés.
Les chemins du pouvoir
Les responsables politiques empruntent, pas vraiment comme tout le monde, les transports. Certains n’ont d’autre choix que de se croiser dans le train ou dans l’avion chaque semaine. D’autres essayent de passer incognito dans le métro ou à vélo. L’exécutif peut, lui, utiliser la flotte officielle pour rallier des destinations en des temps record. Le service politique du Figaro vous raconte les habitudes des uns et des autres, avec son lot d’anecdotes.
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En cours de lectureCiotti, Estrosi, Lisnard et les Tabarot : l’Orly-Nice, le vol qui fait l’union et la désunion des droites Il a beau emprunter ce vol toutes les semaines depuis de nombreuses années, Éric Ciotti prend toujours plaisir à admirer par le hublot l’atterrissage à Nice (Alpes-Maritimes), au-dessus de la baie des Anges. Parfois, il lui arrive même de prendre une photo avec son téléphone, comme le ferait un touriste américain découvrant pour la première fois cette piste avancée sur la mer, avec les montagnes en toile de fond. Une arrivée réputée et spectaculaire, d’autant plus prisée aux premières lueurs du jour et aux derniers rayons du soleil. Le nouveau maire de la cinquième ville de France est un habitué de cette «navette» Orly-Nice en tant que député depuis 2007. Même si la loi lui interdit de cumuler ses deux mandats, il continuera de se rendre à Paris, au siège de l’UDR, son jeune parti allié du Rassemblement national. Comme lui, tous les élus azuréens se retrouvent dans ce vol pour rallier la capitale chaque semaine : le lundi soir ou mardi matin pour l’aller ; le mercredi soir ou jeudi matin pour le retour. Neuf députés et cinq sénateurs s’y croisent avec, quelques fois, les édiles des grandes villes du département, à l’instar de celui de Cannes, David Lisnard, mais aussi certains parlementaires du Var. Un trajet d’un peu moins de 1 h 30 devenu très politique avec ces figures de la droite comme passagers anonymes. Dans l’avion, chacun a ses habitudes : Éric Ciotti aime lire la presse version papier, Christian Estrosi préfère sortir sa tablette Les premières rangées leur sont souvent réservées et deviennent alors propices aux conciliabules. Et malgré des inimitiés tenaces, certains élus ne peuvent pas vraiment s’éviter. Turbulences ? En pleine campagne des municipales, les deux frères ennemis Christian Estrosi et Éric Ciotti se sont ainsi retrouvés assis côte à côte dans l’avion, ce qui n’a pas manqué de faire sourire les autres voyageurs. Comme à l’accoutumée, les deux élus, séparés seulement par un accoudoir, ne se sont pas adressé la parole. Le vol était matinal, les deux ont préféré s’ignorer... en piquant du nez. Et même lorsque Christian Estrosi a attrapé la veste de son ancien protégé dans le compartiment supérieur, après l’atterrissage, celui-ci ne l’a même pas remercié, a un jour confié, amer, l’ancien édile.
Échanges informels, partage du taxi
En connaissance de cette coriace rivalité, le personnel d’Air France essayait pourtant de faire en sorte que les deux barons azuréens ne soient jamais assis à côté. Quitte à ce qu’un passager hors du milieu politique se retrouve, bien malgré lui, à la place embarrassante du milieu. Tous les deux jouissent en tout cas de ne pas passer par les contrôles habituels de sécurité, leur permettant d’arriver quasiment au dernier moment à l’aéroport. Avec un vol presque toutes les heures, il leur arrive de changer leur billet en dernière minute, peu importe le prix. Dans l’avion, chacun a ses habitudes : Éric Ciotti aime lire la presse version papier, Christian Estrosi préfère sortir sa tablette. Mais désormais, le maire déchu de Nice n’emprunte plus aussi régulièrement ce vol et a donc moins de chance de tomber sur son plus grand rival. Il y a bien d’autres élus qui espèrent ne pas se retrouver côte à côte ou se croiser dans le salon avant d’embarquer : la sénatrice LR Dominique Estrosi-Sassone n’a pas que des amis sur la Côte d’Azur et certains préfèrent l’éviter sur ces vols hebdomadaires, comme la députée UDR Christelle D’Intorni. C’est aussi le cas de David Lisnard et des Tabarot, Michèle (la députée LR) et Philippe (le sénateur et actuel ministre des Transports), en conflit de longue date. Lors d’un embarquement, ce dernier en a d’ailleurs déjà profité pour régler un petit contentieux avec, cette fois, le député ciottiste Bernard Chaix, les deux s’échangeant alors quelques viriles amabilités. Pas loin de s’empoigner et de se froisser le costume ! » LIRE AUSSI - «La seule décision que vous pouvez prendre» : Éric Ciotti appelle Renaud Muselier à démissionner de l’organisation des Jeux d’hiver Pendant longtemps, tous ces élus azuréens partageaient la même famille politique, ce vol se transformant alors en une sorte de « préréunion » du groupe LR. Mais désormais se trouvent aussi à bord des députés UDR et RN. En jean et tee-shirt, l’élu nationaliste Lionel Tivoli (2e circonscription) peut ainsi passer inaperçu... et étendre ses jambes au premier rang. Ces nouvelles nuances politiques n’empêchent pas quelques discussions informelles et même, à l’occasion, le partage d’un taxi pour rejoindre l’Assemblée nationale et ainsi, prolonger l’échange.
Jus de tomate
Au-delà des étiquettes, tous ces élus se sont au moins entendus sur une chose : la défense de cette historique « navette » Orly-Nice lorsque Air France a annoncé, en octobre 2023, la céder à sa filiale low cost Transavia. Ils avaient même cosigné un courrier au premier ministre Gabriel Attal, laissant derrière eux leurs inimitiés afin de sauver cette desserte par la compagnie tricolore qu’ils empruntent chaque semaine. Éric Ciotti ira jusqu’à dénoncer une décision « honteuse et scandaleuse » de la direction d’Air France, qui, dans le même temps, discutait avec Christian Estrosi pour conserver la fréquence des vols et la qualité du service. Malgré cette pression commune, Transavia a bien récupéré cette liaison domestique, l’une des plus empruntées du pays, avec environ 1 million de passagers par an. Tant pis pour le café ou le jus de tomate ainsi que les deux bagages à main gratuits en cabine, des services forcément appréciés par les élus. L’avion reste bien la solution privilégiée pour « monter » à Paris, faute d’une alternative rapide en train, Nice étant encore, par sa géographie, une ville enclavée. Outre les parlementaires, il n’est pas rare de croiser d’autres personnalités politiques. Éric Dupond-Moretti, qui dispose d’une villégiature niçoise, est un habitué du vol. Le néo-Mentonnais Louis Sarkozy devient également un usager régulier de la ligne. Il est aussi arrivé à Jordan Bardella, avec sa compagne Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, d’emprunter cette navette aérienne avec d’autres personnalités politiques locales. Difficile de passer inaperçu dans le très politique Orly-Nice.