Primaire, sondage XXL, statu quo… La droite et le bloc central cherchent la méthode pour n’avoir qu’un seul candidat au premier tour de la présidentielle

Le dossier tout en haut de la pile des candidats. En plein automne social, marqué par la mobilisation des lycéens et les manifestations pour dénoncer la vie chère comme ce jeudi, les candidats de la droite et du centre ont les yeux tournés vers l'organisation d'une éventuelle primaire pour les départager. Même Emmanuel Macron, jusqu'ici en retrait de la campagne, met désormais son grain de sel. L'un de ses proches a appelé ce jeudi à trouver "un mode de départage" auprès de l'AFP.
Une primaire? "On n'y coupera pas"
Relativement discret jusqu'ici en la matière, le représentant des Républicains, Bruno Retailleau est sorti du bois ce mardi soir sur BFMTV. "Je pense que tel que se dessinent les choses, il faudra une primaire sans doute en début d'année", a affirmé l'ancien ministre de l’Intérieur. Et d'insister: "si les sondages sont ce qu'ils sont, on n'y coupera pas", a-t-il insisté. La dernière étude d'opinion sur la présidentielle menée par l'IFOP pour LCI a de quoi donner des sueurs froides aux macronistes et à son propre camp. Dans l'hypothèse où le maire de Cannes, David Lisnard, les anciens Premiers ministres Gabriel Attal (Renaissance), Édouard Philippe (Horizons) et Bruno Retailleau étaient tous les quatre sur la ligne de départ, aucun d'entre eux ne serait en mesure de passer la barre du second tour. Le maire du Havre récolterait ainsi 9,5%, talonné par le dirigeant de Nouvelle énergie (7%). Le président du parti macroniste, lui, récolterait 5% des voix. Le numéro un des LR arriverait dernier avec 4%.
Édouard Philippe, le pied sur le frein
En résumé, l'éparpillement de voix du bloc central et de la droite est l'assurance de son échec selon le scénario décrit par les sondages. De quoi donc redonner des couleurs à l'hypothèse d'une compétition pour les départager en amont comme ont pu le faire le Parti socialiste et Place publique, d'autant plus qu'à l'exception d'Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et David Lisnard sont d'accord sur le principe. Mais pour le candidat Horizons, c'est non depuis des mois. Dimanche sur TF1, l'ancien locataire de Matignon a expliqué ne "pas croire que cette primaire aurait lieu". "C'est une primaire de la division parce que le principe même d'une primaire, c'est d'appuyer sur nos divisions". "Je pense que nous avons à créer du commun beaucoup plus qu'à appuyer sur nos divisions", a encore ajouté Édouard Philippe. Surtout, le candidat du bloc central qui reste le mieux placé, et ce malgré un trou d'air dans les sondages, a-t-il vraiment intérêt à prendre le risque de perdre la primaire? "Je ne vois pas ce qu'on irait s'embêter dans une affaire pareille où nous n'avons des coups à prendre, où tout le monde va s'écharper, pour à la fin, la gagner et voir que personne ne fait notre campagne", tranche un député Horizons. David Lisnard a apporté de l'eau au moulin de ce positionnement. "Je ne soutiendrai pas Édouard Philippe s'il gagne la primaire mais je respecterai le résultat", a ainsi expliqué le maire de Cannes sur BFMTV ce mardi soir.
L'hypothèse d'un retrait des candidats les moins bien placés
Pour éviter la dispersion des voix, Édouard Philippe renvoie la balle à ses concurrents. "Au mois de février, chacun prendra ses responsabilités, j'ai l'habitude de prendre les miennes", a-t-il assuré sur TF1 dimanche soir, semblant donc suggérer que les candidats les moins bien placés devront alors se retirer. Le calcul semble pour l'instant audacieux. Certes, Gabriel Attal a déjà prévenu qu'il "faudrait se rassembler à un moment" sur France info à la fin de l'été, laissant entendre qu'il se retirerait si besoin pour ne pas faire perdre le bloc central. Mais ni David Lisnard ni Bruno Retailleau ne comptent, eux, s'arrêter. "Ou bien on est départagés par un vote démocratique, ou bien moi j'irai jusqu'au bout", a déjà prévenu le candidat de LR sur BFMTV. Au-delà de l'opportunité d'organiser ou non une primaire, la question même de son périmètre se pose. David Lisnard et Laurent Wauquiez ont ainsi proposé d'ouvrir cette compétition interne à Éric Zemmour. L'ancienne Première ministre Élisabeth Borne, elle, refuse une primaire qui irait "du bloc central jusqu'à David Lisnard, qui, lui, veut l'union des droites et éliminer le centre", dans une interview au Parisien ce mercredi. L'entourage d'Emmanuel Macron plaide, lui, pour une primaire qui irait de David Lisnard à Raphaël Glucksmann. On imagine cependant mal le fondateur de Place publique, qui a largement emporté la primaire de la gauche sociale-démocrate, se plier à nouveau à l'exercice. Et même en cas d'accord sur les contours de la primaire, il resterait encore à choisir un calendrier à moins de 6 mois du premier tour. Sur le papier, les délais tiennent encore largement. La primaire des socialistes pour la présidentielle de 2017 avait été lancée début décembre 2016 et avait eu lieu deux mois plus tard. Celle organisée par le PS et Place publique a été actée en juillet dernier et s'est déroulée en octobre. "Si on ne fait pas de primaire, ce ne sera pas à cause de difficultés d'organisation, simplement parce qu'on n'aura pas réussi à se mettre d'accord", tranche un député Modem, favorable comme François Bayrou à la manœuvre.
50.000 Français pour plier le match
Autre possibilité sur la table révélée par La Tribune dimanche: celle d'un mode de désignation basé sur un sondage XXL avec 50.000 Français. Concrètement, seuls les candidats du bloc central et de la droite seraient testés avec l'espoir qu'un échantillon de personnes interrogées bien plus larges qu'habituellement - autour de 1.000 personnes - permette de sortir des marges d'erreur. L'idée vise également à mettre une sorte de point final aux sondages de l'automne tant ils sont désormais nombreux, parfois contradictoires et testant de nombreuses hypothèses. Même si la méthode était retenue, elle serait cependant loin de régler tous les sujets. Quid par exemple de la date retenue pour faire ce sondage? Un sondage effectué en novembre ou en février ne donnerait pas forcément les mêmes résultats. "Cette question serait à faire trancher par les candidats", défend auprès de BFM le député macroniste Sylvain Maillard, l'une des personnalités qui soutient cette option. Que faire si des candidats sont très proches dans cette étude d'opinion? Faut-il également considérer les dynamiques ou s'arrêter aux intentions de vote à l'instant T? Quant au coût de ce sondage - relativement important - "il serait intégré aux comptes de campagne de la personne qui sort gagnant du sondage", assure encore l'élu parisien.
"Personne n'aura su mettre son ego dans la poche"
Pour l'instant, l'idée n'a guère suscité l'enthousiasme. Évoqué en réunion de groupe mardi, Gabriel Attal a "moyennement été séduit" par ce principe, poursuit Sylvain Maillard. La primaire "aura bien lieu", a d'ailleurs avancé l'ancien Premier ministre sur notre antenne mercredi soir. Dernière possibilité sur la table: l'organisation de trois "grands débats" "en attendant" l'éventuelle organisation d'une primaire comme l'a demandé Bruno Retailleau. Le candidat LR appelle de ses vœux des temps d'échange sur un plateau de télévision qui permettrait à chaque fois de parler de pouvoir d'achat, du régalien ou encore de l'écologie. "Au moins qu'on éclaire les Français, et qu'on organise ces débats pour qu'ils voient nos différences", a poursuivi l'ancien ministre de l'Intérieur, avec l'espoir que ces échanges permettent peut-être de les distinguer, enfin, dans les sondages. Là encore, la possibilité n'a pas été reprise par les autres candidats. Conclusion d'une figure de la macronie: "on ne sera peut-être même pas au second tour parce que personne n'aura su mettre son ego dans la poche".