Le choc Union européenne-Chine

Par Christian Saint-Etienne (universitaire membre du Cercle des économistes)
La Commission européenne avait dénoncé, déjà avant 2019, la politique exportatrice prédatrice de la Chine mais sans corriger sa « doctrine d'ouverture au commerce mondial sans réciprocité », à l'oeuvre depuis le traité de Rome. Rien de systémique n'a été fait pour corriger les relations commerciales de l'Union avec la Chine hormis quelques contingents tarifaires et des droits de douane limités sur quelques produits comme l'acier ou les voitures électriques, contrairement à la politique américaine très appuyée. Les Etats-Unis ont commencé à mettre en place des mesures contre la prédation chinoise sous le premier mandat de Trump, mais surtout sous Biden. Dès 2022, il fait passer un certain nombre de textes, dont l'Inflation Reduction Act (IRA), qui contrôlent très étroitement les importations venant de Chine et préparent une stratégie industrielle de rebond. Les Etats-Unis mettent des droits de douane de 100 % sur les voitures électriques et taxent très fortement les panneaux photovoltaïques et les éoliennes chinois. Trump remet en cause la politique intelligente de Biden, sans parvenir à tout détricoter. L'Europe et son « Buy China Act » ! Le problème de l'UE avec la Chine a été aggravé par le Green Deal de 2019 réalisé sans étude d'impact et sans stratégie. Au lieu de faire la transition climatique en produisant sur le sol européen les technologies nécessaires à cette transition, elle s'opère à base de technologies chinoises : panneaux photovoltaïques, voitures électriques, pompes à chaleur, etc. La politique climatique européenne s'est transformée en gigantesque Buy China Act alors que toutes les tentatives de proposer un Buy European Act échouent depuis cinquante ans. La conséquence de la politique européenne, qui est dogmatique et réglementaire plutôt que stratégique et industrielle, est l'aggravation permanente des déficits commerciaux de l'Union avec la Chine, un déficit qui a atteint 360 milliards l'année dernière et qui continue de se creuser en 2026. L'Europe est, de fait, une masse inorganisée en puissance. Elle est la dernière entité majeure qui est attachée à un système commercial fondé uniquement sur des règles. L'Europe est, de fait, une masse inorganisée en puissance. Elle est la dernière entité majeure qui est attachée à un système commercial fondé uniquement sur des règles, alors que maintenant les grands acteurs comme la Chine ou les Etats-Unis agissent par une politique de puissance, avec des actions à effet immédiat, comme les interdictions d'exportation de terres rares ou d'hélium par la Chine ou d'interdiction d'utilisation de modèles d'intelligence artificielle par les Etats-Unis. Alors qu'en Europe, quand on veut élaborer ou modifier une règle, il faut des mois au mieux et parfois des années, pour construire des coalitions qui s'entendent finalement sur des actions limitées. L'Union européenne est corsetée par la vision qui s'est imposée dans le monde fermé lors de la négociation du traité de Rome (mars 1957), dominé par l'Union soviétique et les Etats-Unis avec un vaste Tiers-monde sous-développé. Il fallait interdire l'émergence d'entités européennes puissantes, qu'il s'agisse de pays ou d'entreprises, pour éviter le retour de la guerre. Le principe de concurrence dans un monde ouvert, qui se limitait à quelques pays démocratiques, devait servir de colonne vertébrale au traité. Depuis, la Commission tirant son pouvoir contre les Etats et les entreprises du maniement du droit de la concurrence, toute politique stratégique réellement offensive est exclue, alors même que le monde de 2026-2027 n'a rien à voir avec celui qui régnait sept décennies plus tôt. Sous les coups de boutoir chinois, les mentalités changent doucement après un long hiver de congélation doctrinale pendant lequel le consommateur européen primait sur le producteur. Mais c'est une révolution stratégique, rétablissant le primat de la production en Europe, qui s'impose.
VIDEO - Pourquoi Stellantis va fabriquer des voitures chinoises en France
Christian Saint-Etienne est universitaire économiste, membre du Cercle des économistes.