Présidentielle 2027 : Sébastien Lecornu, l'art de durer sans convaincre

Par Philippe Besson
Voyez comme le temps file et comme les choses changent. Il y a quelques semaines encore, d'aucuns considéraient Sébastien Lecornu comme un possible recours dans cette campagne présidentielle, comme un homme providentiel qui renoncerait à sa modestie, ainsi qu'à la parole donnée et répétée, pour faire le don de sa personne à la France. Sauf qu'aujourd'hui, le rejet de son action est massif et l'illusion s'est dissipée. C'est ce qu'on appelle voir son étoile pâlir et son destin se fracasser à vitesse grand V. Il faut dire qu'entre l'enlisement dramatique de la discussion budgétaire, l'incapacité fascinante à comprendre les revendications des lycéens, le fiasco sécuritaire du 17 octobre retransmis en mondovision et l'impuissance ébahie devant les ravages de la vie chère, l'homme a récemment multiplié les faux pas. Il faut dire aussi qu'au même titre qu'Edouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau, qui dévissent spectaculairement dans les sondages, il est un grand brûlé du macronisme. Et notez comme c'est drôle : les premiers le doivent à leur déloyauté qui ressemble à un sauve-qui-peut médiocre, lui le doit à sa fidélité qui s'apparente à une soumission.
Un style qui tranche
Pendant longtemps, pourtant, une certaine indulgence a prévalu. Il a ainsi débarqué à Matignon avec une réputation flatteuse acquise au ministère des Armées, due en partie au silence que, durant des années, il s'était imposé - par mimétisme, probablement - à la tête de la Grande Muette (on aurait dû se méfier). D'emblée, son style a tranché avec celui de ses prédécesseurs : il ne serait pas « show off » comme Attal, pas caricaturalement gaullien comme Barnier, pas égocentrique comme Bayrou. Non, humble, presque gris souris. Quelque chose d'un clerc de notaire, aimant à porter un pull sous son veston. À sa place dans un roman de Pessoa. Et avec ça, aucun dogme, pas la moindre idéologie, un certain pragmatisme. Ce qui lui a permis de lancer des clins d'oeil à l'extrême droite, puis de pactiser avec les socialistes en sacrifiant la réforme des retraites, afin d'éviter d'être renversé. Au fond, son seul talent aura été de durer (un peu). Ce qui n'est pas rien, reconnaissons-le, dans cette époque marquée par l'instabilité et la précarité. Mais désormais, le roitelet est nu. On se rend compte que sa discrétion, supposée être sa force, est un effacement, que son goût pour le compromis est un art du renoncement, que son sens présumé du dialogue n'a qu'un résultat : des syndicalistes, des responsables politiques, des étudiants qui, au sortir d'une réunion avec lui, expliquent n'avoir rien appris, rien compris, rien gagné. Il était une armoire fermée et, quand on l'a ouverte, on a découvert qu'elle était vide. On se dit donc que les six prochains mois vont être un chemin de croix. Pour lui comme pour nous. Sauf si une censure, hautement envisageable, l'oblige à quitter la scène prématurément et par la petite porte, ou si la rue vient à bout de lui. Ce qui reviendrait à enfoncer le dernier clou dans le cercueil.