Revue de presse

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Midterms : après la claque infligée à Trump, règlements de comptes et inquiétudes pour la présidentielle 2028 chez les républicains

Les Échos · 04/11/2026 · ← revue

Par Solveig Godeluck

« J'ai hâte de travailler avec eux. » Mardi, pendant une soirée de cuisante défaite électorale aux élections de mi-mandat, Donald Trump a tendu la main aux démocrates - tout en signalant qu'il n'hésiterait pas à user de son droit de veto législatif. Il les a félicités pour leur campagne réussie. Il a échangé avec Chuck Schumer et Hakeem Jeffries, les deux leaders de l'opposition parlementaire, qui prendra les manettes du Congrès en janvier. Doux comme un agneau, ou presque. L'irascible président des Etats-Unis a préféré diriger son courroux contre son propre camp, accusant tour à tour la chaîne de télévision Fox News de faire trop de publicité à la gauche, le gouverneur du Texas d'être « un républicain sur le papier seulement », et assurant que lui-même aurait « largement gagné » s'il avait été candidat. Pour le président, le virage des midterms va être difficile à négocier. Il va certes pouvoir continuer à gouverner par décret, en piétinant les prérogatives du Congrès si nécessaire. Mais lui et son administration vont être asticotés par la majorité parlementaire démocrate. Il ne pourra même plus tenir son parti comme il l'avait fait jusqu'à présent. Bref, ses deux dernières années aux commandes risquent de s'effilocher plus vite que prévu. Et le coup de balai démocrate est de mauvais augure pour la présidentielle de 2028.

Coup de projecteur sur Ron DeSantis en Floride

Un président qui ne peut plus être réélu parce qu'il arrive au bout de son second mandat, un « canard boiteux », comme disent les Américains, pèse forcément moins lourd dans le paysage politique. Mais c'est pire s'il est républicain et qu'il a fait perdre à son camp des sièges sénatoriaux aussi emblématiques que le Kansas (presque un siècle sans sénateur démocrate jusqu'à ce mardi), la Caroline du Sud (28 ans), la Caroline du Nord et l'Iowa (16 ans). Donald Trump est aussi montré du doigt comme celui qui a provoqué la bascule démocrate du Texas, gouverneur, sénateur et toute la vallée du Rio Grande côté députés. Avec ses 30 millions d'habitants, ce fief est aussi indispensable à la droite pour remporter l'élection présidentielle que la Californie l'est à la gauche. Les républicains ont aussi eu très chaud en Floride, le refuge du clan Trump avec la villa de Mar-a-Lago. La victoire du fidèle du président Byron Donalds s'est jouée à un cheveu. Il va succéder au gouverneur républicain Ron DeSantis, qui avait gagné avec 19 points de marge en 2023 et tenait son Etat d'une main de fer. Humilié par Donald Trump, son rival à la présidentielle de 2024, Ron DeSantis pourrait décider de concourir à nouveau en 2028.

Prendre ses distances avec Trump

En d'autres mots, le charme est rompu. En dix ans, Donald Trump a complètement pris le pouvoir sur le Grand Old Party. Il a purgé ou réduit au silence les conservateurs rétifs à la dépense publique, hostiles au flirt avec Moscou, choqués par les conflits d'intérêts, et il a construit un vrai parti populiste, resserré et conquérant. Les élus républicains qui l'avaient rejeté après le sac du Capitole en janvier 2021 sont revenus à la soupe parce que Donald Trump détenait la clé du vote populaire. VIDEO - Donald Trump a-t-il enrichi les Etats-Unis ? Ce n'est plus le cas. Pour sauver sa peau lors des prochaines élections, mieux vaudra au contraire prendre ses distances avec le tribun populiste, parient les républicains. La guerre en Iran, les purges du Pentagone, la confirmation sénatoriale de ministres sans qualités évidentes, les dérapages de la police des migrants… maintenant, une dissidence va pouvoir s'exprimer. Certes, le leader charismatique n'a cessé de renaître de ses cendres après diverses catastrophes - procédures en destitution, condamnation pénale… Mais à 80 ans et avec deux ans devant lui, il manque de temps pour remonter la pente.

J. D. Vance incrimine la guerre en Iran

D'où la question de l'héritier. Mercredi, le vice-président J. D. Vance a expliqué sur X que « la raison pour laquelle nous avons perdu est la guerre (en Iran). Tout le monde le sait. Le président l'a dit lui-même hier soir ». Cet isolationniste aurait préféré que son pays n'intervienne pas en Iran, mais il s'est rangé derrière le chef. Et règle ses comptes aujourd'hui. Le jeune favori de Donald Trump avait dit attendre l'après-midterms pour déclarer ou non sa candidature à la présidentielle en 2028. Mais ses chances ont brutalement diminué mardi soir. La plateforme prédictive Kalshi lui donne 27 % de probabilité de remporter la primaire républicaine dans deux ans, en baisse de huit points. L'ex-sénateur de l'Ohio a fait campagne jusqu'au dernier jour dans son Etat… pour finalement voir le siège sénatorial et le poste de gouverneur virer au bleu démocrate. Le secrétaire d'Etat Marco Rubio, lui-même crédité d'un appétit pour la fonction suprême, a pour l'instant laissé la préséance à J. D. Vance. Mais avec son passé de « faucon » conservateur, il est un peu moins identifié aux politiques populistes de cette administration, à tort ou à raison. Sur Kalshi, ses chances sont remontées à 22 % et celles de Ron DeSantis ont bondi de 15 points à 19 %. Sachant que le démocrate Jon Ossoff les devance tous pour le match final.

Solveig Godeluck (Bureau de New York)