Présidentielle 2027 : l’Église ne « laissera pas l’héritage chrétien être instrumentalisé »
Six mois avant l’élection présidentielle de 2027, l’Église catholique, qui vient de mettre en ligne un site dédié, renouvelle ses mises en garde. Elle veillera à ne pas laisser l’héritage chrétien être instrumentalisé à des fins idéologiques, rappelle Mgr Bruno Valentin, évêque de Carcassonne et Narbonne. Durant la campagne, l’épiscopat veut faire entendre sa voix ». L’Église veut peser dans le débat en établissant un dialogue non complaisant avec les candidats qu’elle indique vouloir rencontrer un à un.
« Nous sentons des clivages, des positions dures »
Aucun parti ne sera exclu, assure l’évêque. Les candidats seront confrontés à ce qui, dans leurs discours, dans les valeurs qu’ils portent ou dans leur programme contrevient à ce que nous lisons dans l’Évangile. Notre responsabilité d’évêque est de défendre un message chrétien intégral.
Mgr Vincent Jordy, vice-président de la Conférence des évêques de France (CEF), le souligne : « Nous sentons des clivages, des prises de parole parfois dures sur certains types de sujets ». L’archevêque de Tours (Indre-et-Loire) appelle ceux qui vont glisser un bulletin dans l’urne à ne pas faire du vote un réflexe d’impulsion mais à privilégier la recherche du bien commun.
Dans les mois qui viennent, l’épiscopat va multiplier les déplacements, les rencontres, les échanges sur le terrain, avec des acteurs de la société détaille Mgr Denis Jachiet, évêque de Belfort-Montbéliard. Neuf temps forts seront évoqués. Le premier rendez-vous, en décembre, concernera l’Europe, la paix et la solidarité entre les nations. Suivront la transition écologique et la justice sociale ; la sécurité et l’ordre public ; la santé, la fin de vie et la dignité des personnes » ; l’immigration, l’intégration et la cohésion nationale ; le pouvoir d’achat et la précarité ; l’éducation et la jeunesse ; la crise démocratique ; l’identité, la culture et la transmission… Un livret devrait également être publié vers février, annonce-t-il. Une vidéo sera réalisée à chaque étape.
Présidentielle, élections législatives, européennes… Les campagnes électorales donnent à l’Église catholique l’occasion d’interpeller les électeurs, croyants ou non, sans déroger aux principes de laïcité . Est-elle à sa place ? Lorsqu’elle aborde des questions de doctrine sociale, nous n’entrons pas dans le domaine politique, nous appliquons l’Évangile à la vie des gens, a justifié le 28 septembre le pape Léon XIV à bord de l’avion qui le ramenait de France vers Rome. Il avait rappelé que l’Église n’encourage ni « la violence, la haine », ou « l’armement », mais qu’elles’efforce au contraire de promouvoir les valeurs de la dignité humaine, de l’importance de la vie, de la possibilité de dépenser peut-être davantage pour la santé et l’éducation et moins pour les armes.
Ni « messie, ni sauveur »
L’Église manquerait dans la société si elle restait à l’écart des grands enjeux souligne Mgr Jordy. Elle se garde, en revanche, d’exprimer des positions partisanes. Suivant ce principe, elle n’avait donné aucune consigne de vote au second tour des présidentielles de 2017 et 2022 opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Nous n’élirons pas un sauveur de la France, ni un messie, ni quelqu’un qui devrait incarner tout le bien à faire. Nous aurons à choisir un responsable politique, homme ou femme, celui ou celle qui aura à conduire notre pays dans les temps toujours incertains où l’humanité avance, avait déclaré l’archevêque de Reims Mgr Eric de Moulins-Beaufort, en 2022, juste avant le second tour.