Revue de presse

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Election à la présidence des maires de France : le sortant David Lisnard sous pression

Le Monde · 04/11/2026 · ← revue

Au moment où la candidature du président de Nouvelle Energie, David Lisnard, à l’Elysée commence à émerger dans la campagne, sa course à la présidence de l’Association des maires de France (AMF) est mise sous tension. Le maire de Cannes (Alpes-Martitimes) y voit d’ailleurs un lien : « Tout cela est lié à un climat politique tendu qui énerve tout le monde », relève-t-il, invoquant « l’époque » et l’approche de la présidentielle. Les 34 000 adhérents de l’AMF, soit la quasi-totalité des maires du pays, doivent désigner leur président par un vote électronique entre le 23 et le 25 novembre, au moment où se tiendra leur congrès annuel, à Paris. Ils devront départager le sortant, maire de Cannes, et celui de Sceaux (Hauts-de-Seine), Philippe Laurent (Union des démocrates et indépendants). Alors que le scrutin approche, les déclarations hostiles à David Lisnard, qui a quitté Les Républicains en mars, se multiplient. Et ce, selon deux angles d’attaque. Le premier tient au caractère jugé inconciliable d’une candidature à l’Elysée pour le président d’une association adepte du consensus. « Tout est bien cloisonné. Comme nous en avons l’habitude et l’usage à l’AMF. Et comme j’y veille », assure David Lisnard. Mais l’ancien ministre Marc Fesneau y voit un « mélange des genres ». Le maire de Cannes joue « sur les deux tableaux. Ça pose un problème éthique », a-t-il déclaré sur Public Sénat, le 28 octobre. « L’AMF ne peut être un instrument de campagne lors d’une présidentielle », ont quant à eux écrit l’ensemble des maires communistes et apparentés de l’AMF dans une lettre ouverte diffusée fin octobre. « Mettez-vous en retrait de la présidence pendant votre campagne présidentielle. A défaut, retirez votre candidature à sa présidence lors du prochain congrès. Si vous la maintenez, nous voterons contre », préviennent-ils. David Lisnard assure de son côté que la question a déjà été discutée en interne et que, s’il est réélu à la tête de l’AMF, il se mettra en retrait « avant la campagne officielle ».

« Très ambigu » sur le RN

Le deuxième angle d’attaque concerne les idées mêmes du candidat Lisnard. Le « je m’en fous » lancé à une militante de La France insoumise qui l’apostrophait sur la manifestation meurtrière du 17 octobre 1961 (au cours de laquelle plusieurs dizaines à plus de 200 manifestants algériens ont été tués) avait motivé le courrier que lui ont envoyé le 21 octobre les maires de gauche de l’AMF. André Laignel, premier vice-président délégué de l’association, et Jean-François Debat, qui devrait lui succéder en novembre, demandaient à David Lisnard de « faire preuve de retenue dans [ses] propos afin que ceux-ci ne puissent pas créer de confusion entre [son] expression de candidat et celle de l’AMF ». Un autre élément anime les détracteurs du maire de Cannes. Le 1er novembre, le maire (Les Républicains) de Meaux, Jean-François Copé, a jugé qu’il n’était « pas très clair » sur son positionnement vis-à-vis de l’extrême droite. « Il y a des signaux qui en disent long sur la réalité des intentions des uns et des autres », a-t-il estimé. Marc Fesneau le trouve « très ambigu ». « J’entends dire qu’il pourrait faire alliance avec Eric Ciotti [maire de Nice et allié du Rassemblement national], voire avec Marine Le Pen, a confié l’ancien ministre. Ça pose une question, quand même. Au second tour, si c’est Marine Le Pen contre X, qu’est-ce qu’il fait ? C’est un sujet pour l’association. » Dimanche 1er novembre, David Lisnard a affirmé sur le réseau X que sa démarche était « indépendante ». Il précise : « Aucun “en même temps’’ pour moi. Je ne gouvernerai ni avec les “macronistes’’ ni avec le Rassemblement national. Cela a toujours été clair et net. » En revanche, le président de Nouvelle Energie n’a jamais caché qu’en cas de second tour Le Pen-Mélenchon à la présidentielle il ne voterait « jamais pour Jean-Luc Mélenchon », fustigeant ses « dérives antisémites », lui préférant « n’importe qui d’autre », y compris Marine Le Pen. Auprès du Monde, il considère que toutes ces déclarations sont « marginales quantitativement » et « sont orientées dans une logique de campagne », tout en regrettant que ses opposants « passent leur temps à [le] dénigrer et à [l’]extrémiser ».

« Du suspense dans le scrutin »

En tout cas, souligne un maire socialiste qui requiert l’anonymat, « alors que David Lisnard allait de manière toute tracée vers sa réélection à la tête de l’AMF, ses déclarations de candidat à la présidentielle introduisent du suspense dans le scrutin ». Ce qui fait les affaires de Philippe Laurent, qui commence à y croire. « Les jeux sont beaucoup plus ouverts qu’il y a un mois », se réjouit le maire de Sceaux. « L’AMF a besoin de quelqu’un à plein temps. Etre candidat à la présidentielle et l’être à l’AMF, ce n’est pas la même chose. Dans le premier cas, il faut cliver. Le second implique de rassembler. Les contradictions commencent à apparaître », assure-t-il en faisant référence à son adversaire. Philippe Laurent se réjouit des déclarations du maire (Parti socialiste, PS) du Mans – Stéphane Le Foll a annoncé, sur X, le 29 octobre, qu’il votera pour lui. Le Canard enchaîné rapporte des propos similaires du maire PS de Paris. « De plus en plus d’élus de gauche n’aiment pas la confusion entre présidentielle et AMF », explique Emmanuel Grégoire. Philippe Laurent revendique même le soutien de François Hollande, qu’il a rencontré fin septembre, dit-il. « Je ne voterai pas, je ne suis pas maire. Mais la présidence de l’AMF me paraît incompatible avec une candidature à la présidentielle », confirme l’ancien président de la République auprès du Monde. Officiellement, cependant, la gauche ne soutient personne. Il y a en réalité trois scrutins. Pour l’élection du bureau et celle du comité directeur, gauche et droite présentent des listes communes. « Je revendique cet accord transpartisan parce que c’est comme cela que l’AMF doit être dirigée », justifie Jean-François Debat. Pour la troisième élection, celle du président, la gauche ne présente pas de candidat et ne soutient ni David Lisnard ni Philippe Laurent. « Chaque maire arbitrera le duel, précise Jean-François Debat, et il est clair que les dernières déclarations de David Lisnard vont détourner de lui de nombreux maires de gauche. » La gauche représente quelque 25 % ou 30 % des votants. Tout dépendra donc de la capacité du maire de Sceaux à mobiliser les modérés de droite et du centre. En 2021, David Lisnard avait obtenu 62,3 % des voix, contre 37,7 % pour, déjà, Philippe Laurent. Une défaite à la tête de l’AMF remettrait-elle en cause sa candidature présidentielle ? « Non », répond David Lisnard.