« Il y a des fuites » : malgré de gros travaux, ce lycée breton parmi les 200 établissements à « rénover en priorité »
Bâtiments décrits comme moisis, humides, avec des plaques de toit en moins ou un plafond qui s’est effondré : la rénovation du lycée Henri-Avril, à Lamballe (Côtes-d’Armor), est au cœur des revendications lors des mobilisations d’octobre 2026.
Une volonté qui aurait été entendue. Lundi 2 novembre, le gouvernement a établi une liste de 200 établissements publics à rénover en priorité, parmi lesquels figurent deux établissements costarmoricains : le site scolaire de la capitale du Penthièvre, en 40e position, et le lycée Chaptal, à Saint-Brieuc, en 155e position.
« On ne se sent toujours pas écoutés »
Pour établir ce classement, le gouvernement s’est appuyé sur la concertation lycéenne lancée en octobre, via la plateforme Agora . Sur les 87 signalements émis pour Henri-Avril – où sont scolarisés 1 080 élèves – 65 concernent la vétusté, 6 les sanitaires, 30 le chauffage, 24 la chaleur, 12 le mobilier, 17 les espaces de vie et un le sport.
Rencontrée devant l’établissement, cette élève de 16 ans (1), en classe de seconde, réfléchit un instant à l’annonce des travaux avant de lâcher, défaitiste : S’ils font les rénovations c’est bien, c’est qu’on nous a écoutés. Mais si ça reste en plan comme notre lycée, ça ne sert à rien.
L’état des bâtiments et la plateforme Parcoursup sont les raisons pour lesquelles elle a participé aux mobilisations. Elle déplore l’état du bâtiment B : Il y a des fuites et ça coule partout. Elle ajoute, lasse : On a l’impression qu’ils annoncent ça pour que les blocus s’arrêtent pour, au final, ne rien faire. Je n’y crois pas trop.
Ils ont pris en compte nos revendications mais il y a encore des efforts à faire, assène un élève de terminale, évoquant notamment le manque de professeurs et les problèmes d’emploi du temps. Même son de cloche du côté d’une élève de première : Je n’ai pas l’impression que ça va vraiment changer. On ne se sent toujours pas écoutés.
« Il ne s’agit pas d’un classement objectif et complet »
Du côté de la Région Bretagne, sollicitée par Ouest-France, cette liste nationale n’a pas de sens, martèle Isabelle Pellerin, vice-présidente chargée des lycées. Elle ne repose que sur 3 000 contributions de lycéens. Il ne s’agit donc pas d’un classement objectif et complet sur l’état bâtimentaire des lycées publics français.
La méthode de la collectivité, qualifiée de plus rigoureuse, permet de disposer d’une banque de données pour connaître l’état de vétusté de chaque lycée, bâtiment par bâtiment.
On fonctionne avec un plan d’actions triannuel pour programmer nos rénovations. Tous les trois ans, on mène une concertation avec chaque lycée pour prioriser ce qui doit être fait, expose l’élue.
« Le lycée Henri-Avril n’est pas notre priorité par rapport à d’autres sites »
Pour Isabelle Pellerin, la présence du lycée Henri-Avril dans ce classement est d’autant plus surprenante que près de 20 millions d’euros y ont été investis, en onze ans. Ce n’est pas notre priorité par rapport à d’autres sites qui n’ont pas encore eu d’investissements à cette hauteur et qui nécessitent des interventions prioritaires, souligne-t-elle.Un beau lycée, neuf, coûte 40 millions d’euros.
Quant aux doléances exprimées par les lycéens, elle indique que des travaux sont programmés et échelonnés car il est impossible de rénover entièrement un site en même temps. On est obligé de maintenir des bâtiments pour que les élèves continuent à aller en cours.
Contacté, le proviseur du lycée Henri-Avril n’a pas souhaité donner suite à notre demande.
Quels sont les travaux réalisés et à venir à Henri-Avril ?
En charge de la gestion des lycées, la Région a investi 17 millions d’euros pour des travaux au lycée Henri-Avril au cours de la période 2017-2025. Ces derniers ont notamment concerné la restructuration du bâtiment E, y compris le service de restauration (15 942 950 €) ; la sécurisation de la rue de Dinard (326 757 €), qui passe devant l’établissement ; des travaux de désamiantage dans les bâtiments B, C et N (293 000 €) ; la réfection des chaudières (200 000 €) ou encore la rénovation de la piste d’athlétisme (80 000 €).
Et cela se poursuit pour l’établissement public de Lamballe, ajoute Isabelle Pellerin, puisque 2,5 millions d’euros sont fléchés dans le plan actuel 2026-2028. Des projets qui s’attaqueront à la démolition du bâtiment D d’externat et la végétalisation des espaces (300 000 €) ; les toitures des bâtiments A, B et C (1,5 million d’euros), des travaux de remédiation d’amiante dans différents bâtiments (500 000 €) et le remplacement des compresseurs dans les ateliers (70 000 €).
La Région n’a pas attendu la mobilisation lycéenne pour identifier les besoins et engager les rénovations, ajoute la collectivité, précisant « investir 1 978 € par lycéen et par an», ce qui la place « au premier rang des régions françaises en matière d’investissement par élève ».
(1) Ces lycéens à Henri-Avril ont souhaité témoigner de façon anonyme.