Revue de presse

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L'idée de Macron pour déjouer le match Le Pen-Mélenchon

Les Échos · 04/11/2026 · ← revue

Par Cécile Cornudet

On peut à la fois vouloir se tenir en retrait de la campagne présidentielle - pas de petites phrases sur Philippe, Attal ou Retailleau -, et avoir des fourmis dans les jambes. Ainsi va Emmanuel Macron, lucide sur son impossibilité à jouer un rôle, et incapable de rester sans rien faire face au désastre que serait selon lui un second tour Le Pen-Mélenchon. Puisqu'il ne peut parler, que fait-il ? Il délivre des « messages ». Il dit à ses interlocuteurs sa consternation face à l'esprit de défaite qui semble avoir atteint les candidats du bloc central. Il regarde en pestant ces candidats tirer la cartouche d'un « 20 Heures » pour de la « tambouille » politique, comme l'est ce débat nombriliste sur la primaire. Les électeurs détestent les scénarios écrits d'avance, dit-il, en appelant au sursaut, aux idées innovantes, à la prise de risque. Les Français ne peuvent pas avoir adoré les films sur de Gaulle et laisser l'inéluctable arriver ! Puisque la perspective d'une primaire semble ne mettre personne d'accord, lui a une idée.

« Je les affranchis »

Si au 15 décembre, aucun candidat actuel n'a engagé de vraie dynamique sondagière, alors tous, de Raphaël Glucksmann à David Lisnard, devraient s'asseoir autour d'une table pour parler propositions, tenter de trouver des points d'accord (il en existe), travailler à élaborer une coalition et s'entendre sur un nom pour la conduire. Le scénario permettrait d'enclencher enfin une campagne qui n'existe pas, hors des extrêmes du moins. De parler idées, de s'adresser aux Français, de préparer les législatives et de répondre sur le long terme à la tripartition de la vie politique française. Il faudra être forts, et donc unis, pour relever les défis qui se posent aux Français. Il voit au moins trois transitions à mener, climatique, démographique et technologique. « Entendez-vous ! », en déduit-il. Ces adresses disent évidemment beaucoup d'Emmanuel Macron, de sa difficulté à rester spectateur, après neuf ans au pouvoir ; de sa volonté de laisser un héritage au « dépassement », fût-il sous la forme d'une coalition. Il est conscient, pour autant, que toute initiative venant de lui est aussitôt compromise par son impopularité et qu'il ne peut en être l'organisateur direct. Ses anciens ministres et Premiers ministres ne souffrent-ils pas déjà de l'étiquette macroniste ? « Je les affranchis, je suis le seul responsable du bilan », dit-il alors. S'il se dit comptable du passé, à eux désormais, Edouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau notamment, de dessiner un horizon et un espoir pour le pays. Doit-on dès lors comprendre qu'eux seuls seraient comptables de l'avenir si Marine Le Pen venait à emporter l'élection présidentielle ? Cela va sans dire. Lui aurait fait tout ce qui était en son pouvoir. Envoyer des « messages », secouer les acteurs, mettre de premières pistes sur la table. Les messages sont rarement désintéressés.

Cécile Cornudet