« Nous avons pour consigne d’aller chercher les fauteurs de troubles » : à Rennes, les leaders du mouvement lycéen sont-ils ciblés par la police ?
« Libérez nos camarades ! », scandent la cinquantaine de militants réunie mardi soir devant l’Hôtel de police de Rennes, boulevard de la Tour d’Auvergne. Dans l’assistance, les secrétaires départementaux de la CGT et de Force ouvrière. Mais aussi des professeurs syndiqués, remontés contre ce qu’ils considèrent être une « limite franchie » dans « la répression » du mouvement lycéen. Quelques heures plus tôt, neuf personnes ont été interpellées en marge des blocages du matin et de la manif de la journée. Dont des lycéens qui auraient été personnellement ciblés par les forces de l’ordre.
Parmi les personnes ramenées au commissariat, un élève mineur du lycée Bréquigny, mis en cause pour organisation d’une manifestation interdite et participation à un attroupement non autorisé. Juliette Beigelman, son avocate, dénonce un tour de vis politique : « Ce type d‘interpellation n’est pas du tout anodin. Depuis plusieurs semaines, j’ai été amenée à assister des mineurs et des majeurs en garde à vue qui n’avaient aucun antécédent judiciaire. Certains n’osent plus participer aux manifestations et aux blocages après leur garde à vue, qui est traumatisante. » Elle souligne que d’autres font également l’objet d’interdictions de manifester prises dans le cadre de leur contrôle judiciaire.
Un jeune recherché dans l’enceinte d’un lycée
Les interventions policières ont aussi crispé une partie de la communauté éducative. Mardi, au lycée Joliot-Curie, la brigade anticriminalité (BAC) est entrée dans l’enceinte scolaire afin d’interpeller un élève. D’après nos informations, ce dernier était soupçonné d’avoir incendié des poubelles, la veille, devant son établissement. À la vue des policiers, celui-ci a pris ses jambes à son cou et a finalement été interpellé dans les couloirs du métro. Dans la foulée, le syndicat Force Ouvrière a écrit au rectorat pour questionner la légalité de l’opération au sein même d’un établissement scolaire. Et dénoncer « une chasse à l’élève ».
Autre point sujet de crispation : l’arrestation en centre-ville, à la mi-journée, d’un professeur du lycée Descartes qui accompagnait des jeunes à la manifestation interdite esplanade Charles-de-Gaulle. À cette occasion, de nombreuses verbalisations ont été dressées et du matériel syndical - drapeaux et chasubles - a été saisi, s’indigne FO. Le syndicat se dit « profondément heurté et inquiet ». L’onde de colère gagne le terrain politique : dans un communiqué envoyé ce mercredi, le député d’Ille-et-Vilaine Tristan Lahais (Génération. s) fustige une « répression policière impitoyable qui s’abat sur nos jeunes ».
« Incendier une poubelle est une infraction »
Au commissariat, la réponse est directe et sans détour. Les services s’appuient sur les caméras de surveillance urbaine et les vidéos des réseaux sociaux pour enquêter et cibler les profils identifiés lors des dégradations. « Nous avons pour consigne d’aller chercher les fauteurs de troubles. Incendier des poubelles est une infraction. Jeter des pierres sur les forces de l’ordre en est une autre. Emmener des jeunes à une manifestation interdite, encore une autre. Le professeur incite des jeunes à manifester alors que le défilé est interdit. À partir du moment où il les emmène, il peut être considéré comme l’un des organisateurs. Tout contrevenant s’expose à des sanctions. »
Depuis le début du mouvement, les enquêtes s’enchaînent. « Nous avons de très nombreuses vidéos postées sur les réseaux sociaux où l’on reconnaît des gens qui commettent des méfaits. On verbalise les casseurs ou les incendiaires. » Quant à l’alignement sur les consignes du ministère de l’Intérieur, la position locale ne varie pas : « Rennes n’est pas une terre en dehors des lois de la République. Si la manifestation est interdite, on verbalise. Si la manifestation est autorisée, on l’encadre pour que cela se passe bien. »