En Essonne, Xavier Dugoin, ancien homme fort de la droite locale, rallie l'UDR et soutient Marine Le Pen pour 2027

Par Julien Lec'hvien
À l'approche de l'élection présidentielle, Xavier Dugoin sort du bois. Isolé depuis sa tentative de come-back ratée lors des dernières élections municipales de Mennecy (Essonne), l'ancien baron de la droite locale soufflera prochainement ses 80 bougies entouré de ses nouveaux alliés d'extrême droite. La semaine dernière, celui qui fut tour à tour député, sénateur, président du conseil départemental de l'Essonne sous l'étiquette RPR puis maire de Mennecy, a annoncé sur ses réseaux sociaux son ralliement à l'Union des Droites pour la République, parti présidé par Eric Ciotti et dont l'un des députés vient d'être nommé porte-parole de la campagne de Marine Le Pen. Dans la foulée, Xavier Dugoin postait une vidéo de son escapade au congrès du Rassemblement National, à Orléans, aux côtés de Nathalie Carvalho, députée (RN) de la deuxième circonscription de l'Essonne.
« Faire gagner Marine Le Pen »
Leur « amitié », qu'il revendique désormais haut et fort, ne date pas d'hier. Jean-Philippe Dugoin Clément, son fils et maire (UDI) de Mennecy depuis 2011, accuse son père de trahison pour avoir négocié avec la parlementaire un poste de suppléant pour son autre fils, homonyme, Xavier Dugoin, lors des élections législatives de 2024. Le conseil municipal, où « Dugoin père » siégeait en tant qu'adjoint, lui avait alors retiré toutes ses délégations. L'intéressé a toujours nié ces accusations. Mais lors de la campagne pour les élections municipales de 2026, il s'affiche aux côtés de la députée RN et accueille des élus « de toutes sensibilités » sur sa liste divers droite. Celle-ci échoue dès le premier tour face à celle menée par Jean-Philippe Dugoin Clément, réélu maire avec 62 % des voix. Quelques mois plus tard, le fils succède au père à la tête du Siarce, puissant syndicat de l'eau. Redevenu simple conseiller municipal d'opposition et conseiller communautaire au sein de la Communauté de Communes du Val d'Essonne (CCVE), Xavier Dugoin se réinvente désormais en « militant » désireux de « faire gagner Marine Le Pen ». Estimant assister à « un effacement et une dérive du pays », il explique avoir rejoint l'UDR tant par « conviction gaulliste » que par « souci d'efficacité ». Dans un contexte de bipolarisation de la vie politique où Les Républicains se sont, estime-t-il, dilués dans le macronisme, il entend « choisir son camp » et contribuer à « bâtir ensuite une majorité présidentielle la plus large possible ».
« Naufrage politique »
Pour Jean-Philippe Dugoin Clément, le virage pris par son père signe « l'officialisation d'une fin de vie qui est un naufrage politique ». « Il a toujours joué sur cette ambiguïté en fonction des interlocuteurs qu'il avait en face de lui, tance l'élu. Il a commencé avec Chirac en voulant être un héritier de de Gaulle, il termine dans un parti où il est héritier de Maurras et de Jean-Marie Le Pen. » Du côté de l'appareil départemental du RN, on s'enthousiasme du soutien apporté par un « homme de grande qualité » pendant la campagne nationale. Implanté en Essonne, Philippe Olivier, député européen, beau-frère et conseiller spécial de Marine Le Pen, salue « un ralliement naturel de quelqu'un qui a toujours été bonapartiste et qui sait que LR a renoncé à toutes ses valeurs : l'Etat régalien, la souveraineté, l'attachement aux institutions et à l'ordre, le patriotisme. » Xavier Dugoin, passé par la prison de Fleury-Mérogis, a été condamné à plusieurs reprises à la fin des années 1990 et début 2000, notamment pour emplois fictifs et prise illégale d'intérêts.