À Limoges, un comité de soutien au tribunal pour les suspects de l’incendie de la mairie

À Limoges, un comité de soutien au tribunal pour les suspects de l’incendie de la mairie COMPTE RENDU D’AUDIENCE - Les deux hommes mis en examen et écroués après l’incendie de l’hôtel de ville, le 17 octobre, contestaient mardi leur détention devant la cour d’appel de Limoges.
À quelques centaines de mètres de l’hôtel de ville ravagé par le feu, la salle de la cour d’appel de Limoges affiche complet. Ce mardi matin, une quarantaine de soutiens « aux inculpés du 17 octobre » ont pris place sur les bancs, mêlés à quelques Limougeauds venus en curieux. Beaucoup patientent dehors, faute de place. Le tout sous l’œil d’une vingtaine de gendarmes et de policiers. Avant même l’ouverture des débats, le ton monte entre une partie de l’assistance et des journalistes, plusieurs personnes refusant d’être filmées. Le comité de soutien des suspects avait appelé à se rassembler ce jour. Car devant la chambre de l’instruction, les deux hommes écroués après l’incendie de la mairie, survenu en marge de la mobilisation nationale contre la vie chère, contestent leur détention provisoire. Quand le premier entre dans le box, la salle l’applaudit longuement. L’homme âgé de 34 ans adresse un sourire à ses soutiens quelques heures après avoir été extrait de sa cellule de Poitiers. Originaire de la Creuse, cet ouvrier, qui perçoit un complément de RSA, avait été arrêté par le Raid, le 20 octobre à Bussière-Boffy. Trois jours plus tard, il était mis en examen, notamment pour « tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique », destruction en bande organisée par un moyen dangereux et association de malfaiteurs. Présent dans l’assistance, son père a lui-même été condamné en avril à de la prison avec sursis pour, notamment, l’incendie d’une antenne-relais aux Cars, en Haute-Vienne. Pour sa défense, le principal suspect de l’incendie s’appuie sur deux avocats. Le premier, Me Guillaume Laverdure, dénonce « une forme de justice d’exception et une procédure qui a été absorbée par la sphère politique » Sur les vidéos exploitées, les enquêteurs ont isolé un individu baptisé « HX1 » qui serait le suspect. En garde à vue, ce dernier a refusé de répondre. Invité à s’exprimer à la barre, il ne se montre guère plus disert dans un premier temps. « Non, je n’ai rien à dire », indique-t-il, avec un léger accent espagnol. La représentante du parquet général, elle, a beaucoup à dire. « Ce n’est pas un lycéen, attaque-t-elle. Pas davantage un manifestant, puisque la manifestation était interdite. » Fiché S, l’homme présent dans le box appartient selon elle aux « casseurs », dont il aurait été le « meneur le plus actif et acharné ». Avant d’ajouter : « On ne se rend pas à la mairie par hasard. » » LIRE AUSSI - « C’était notre deuxième maison » : à Limoges, les agents de la mairie entre traumatisme et résilience Le ministère public écarte la thèse du « bouc émissaire » et rappelle que le suspect « se débarrasse aussitôt de son téléphone » en voyant arriver les policiers venus l’interpeller. « On est passé des paroles aux actes », assène la magistrate, avant une pique qui fait réagir les bancs : « Il touche le RSA et bizarrement ce ne sont pas les CAF qui ont été incendiées. » Le jeune Limousin aurait également fait preuve de « beaucoup de cynisme » au moment de qualifier les faits de « terribles » devant les enquêteurs. Des faits dont « le renouvellement est à craindre », ce qui justifie, selon l’accusation, un maintien en détention.
Des éléments « très légers »
Pour sa défense, le principal suspect de l’incendie s’appuie sur deux avocats. Le premier, Me Guillaume Laverdure, dénonce « une forme de justice d’exception et une procédure qui a été absorbée par la sphère politique ». Pour lui, le dossier ne contient « pas assez d’indices graves et concordants ». « On montre un individu avec un gilet jaune sans distinguer son visage, voici le seul fait », présente-t-il. Des éléments « très légers », insiste l’avocat, qui réclame l’annulation de la mise en examen. Le risque de fuite en Espagne, d’où est originaire son père ? Ça « n’a aucun sens ». Son client a un casier judiciaire vierge et ne se dérobera pas, assure-t-il. « Il est tout sauf bête, il sait bien qu’il va devoir s’exprimer, il veut se défendre. » Sur la menace de réitération, le conseil ironise : « Quel est aujourd’hui le risque de mettre le feu à la mairie de Limoges ? » Des rires parcourent l’assistance. Puis cette formule : « Dans ce dossier, la victime, ce sont des murs. » » LIRE AUSSI - La douleur et la colère à Limoges, au pied de l’hôtel de ville en ruines : «J’en ai pleuré, comme si c’était ma maison qui brûlait» Me Henri Braun invite, quant à lui, la cour à « s’abstraire » de l’opinion publique, à laquelle on aurait jeté son client « en pâture ». Il juge « ridicule » la qualification de tentative de meurtre. « Sur les images, on voit seulement une personne qui ressemble vaguement à mon client, qui jette une poubelle enflammée. C’est tout ce qu’on a. » Comme pour détourner le problème, l’avocat s’étonne que les treize agents municipaux n’aient pu circonscrire le sinistre. « Il n’y a pas d’extincteur dans la mairie ? » Sa conclusion tombe, sèche : « La mise en examen n’est pas justifiée, la détention provisoire l’est encore moins. » Le dernier mot revient à celui qui a attentivement suivi les débats depuis son box. Déjà tourné vers la suite, il mentionne une personne qui pourrait l’accueillir : « Si j’ai un bracelet électronique , j’aimerais être hébergé chez lui car il peut aussi me permettre d’avoir un contrat de travail. » Lorsqu’il quitte la salle, des poings se lèvent dans le public en signe de soutien.
« L’incendiaire, c’est le gouvernement »
Le second mis en examen, 66 ans, arrêté le 22 octobre à Gentioux-Pigerolles, dans la Creuse, et détenu à Bordeaux-Gradignan, est lui aussi copieusement applaudi au moment d’apparaître dans le box. Son dossier est plus flou. Les deux hommes se connaissent, c’est indéniable. Le parquet retient un appel passé au premier suspect une minute avant le début de l’incendie, la suppression de son contact dans le téléphone, des éléments « imbibés d’une idéologie » et un masque à gaz trouvés en perquisition. Le ministère public concède pourtant : « On ne sait pas encore quel est son rôle exact. » S’il était bien présent à Limoges au moment de la mobilisation, son implication dans l’attaque de l’hôtel de ville semble difficile à prouver. » LIRE AUSSI - «Nous sommes tous des Limougeauds aujourd’hui» : des milliers de personnes rassemblées après l’incendie de l’hôtel de ville « La blague a assez duré », rétorque Me Emma Ribeiro, son avocate, qui rapporte qu’il a « coopéré ». Me Raphaël Kempf, son autre conseil, présente un élément difficile à contester selon lui : à l’heure de l’incendie, son client « apparaît sur les caméras d’un fast-food limougeaud », à deux kilomètres des lieux. « Il est donc dans le box par erreur. » Et pour justifier le coup de fil à son ami, le concerné évoque un « affreux concours de circonstances. » « Je cherchais à joindre son père après avoir dépanné sa voiture mais il n’a pas de téléphone alors je l’ai appelé lui », avance le Creusois. À sa sortie de l’audience, des spectateurs lui lancent des « Courage ! » Dehors, entre deux chants hostiles à Guillaume Guérin, maire de Limoges, une banderole est déployée : « L’incendiaire, c’est le gouvernement. » La cour rendra sa décision jeudi.