« L’avenir m’inquiète, mais pas pour les mêmes raisons » : dans ce lycée agricole, les jeunes loin des mobilisations
Devant un petit groupe de collégiens, Zoé Lecointre et Louis Pestel, 16 ans, racontent leur parcours au lycée agricole du Robillard, à Saint-Pierre-en-Auge (Calvados). Ce mardi 3 novembre 2026, une journée de découverte des métiers de l’agriculture et de l’agroalimentaire est organisée par l’agglomération Lisieux Normandie, pour six collèges des environs. Une douzaine de stands sont présents, dont celui du lycée.
On n’a jamais de trous dans notre emploi du temps et quand un prof est absent, il est vite remplacé, expliquent les deux jeunes apprentis. Il y a des formations bac et post-bac, on peut se projeter, disent-ils encore. Loin des témoignages des lycéens mobilisés dans la rue depuis des semaines.
Au Robillard, ni blocus ni manifestation. En décembre dernier pourtant, 200 élèves avaient bloqué l’accès du lycée, pour protester contre l’abattage des troupeaux touchés par la dermatose bovine, alors que des manifestations avaient lieu dans tout le pays. Cette fois, des élèves ont eu l’idée d’un blocus sur les réseaux sociaux mais elle n’a pas été suivie. Moi, je ne voyais pas l’intérêt, commente Zoé, fille d’agriculteurs.
Mercosur et prix du fioul
Comme elle, 600 personnes sont formées au Robillard, ouvert depuis 1963 sur le site d’un ancien domaine médiéval. On n’a pas à se plaindre, ici, quand on voit des bâtiments ailleurs. Au pire, l’internat est un peu vieux mais ils sont en train d’en construire un autre. Le plus dur pour nous, c’est de trouver un patron, estime Louis, apprenti en Bac pro agroéquipement et passionné par les tracteurs.
Maxence Frigout, élève de terminale en Conduite et gestion de l’entreprise agricole, ne se sent pas non plus concerné par les revendications ».Ses préoccupations sont ailleurs. L’avenir m’inquiète aussi, mais ce n’est pas pour les mêmes raisons. C’est plutôt ce qui se passe à l’extérieur. On est menacés par le Mercosur, par exemple, souligne le jeune homme de 18 ans.
Quand on voit le prix du fioul qui augmente, celui du blé qui baisse…, enchaîne Zoé. L’une de ses amies est au lycée Malherbe, à Caen. Elle n’a pas pu aller en classe. Les dégradations, c’était n’importe quoi, même si notre prof nous a expliqué que les casseurs et les revendications, c’étaient deux sujets différents.
Des jeunes avec « des projets bien construits »
Abordé en classe, le sujet était également sur la table lors du conseil des délégués, avant les vacances. Saïdi Lawal, directeur de l’établissement et président du réseau de l’enseignement public agricole en Normandie, observe : Ce sont des instances de dialogue qu’il faut conserver. Ces jeunes ont des projets déjà bien construits, avec des établissements à taille humaine et des infrastructures. Sur les neuf établissements de la région, aucun n’a été impacté.
Franck Gréard, le responsable adjoint du CFA, complète : Je pensais qu’il y aurait une petite mobilisation avec quelques pancartes mais finalement, rien du tout. Certains ne comprennent pas, d’ailleurs. Ce sont de futurs professionnels qui vont plutôt s’inquiéter pour leur métier. Un métier et une filière agricoles frappés par les crises successives, ils le savent.
On est conscient de tout ça et c’est vrai que ça peut faire peur, en tant que jeune agriculteur, souligne Zoé, qui veut devenir conseillère en élevage, puis salariée agricole et pourquoi pas un jour, s’installer.