Présidentielle 2027 : les crispations montent entre Edouard Philippe et Gabriel Attal sur la primaire

Entre Gabriel Attal et Edouard Philippe, plus le temps passe, plus c'est l'impasse. Les deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron et candidats à la présidentielle s'opposent frontalement sur la question d'une primaire pour les départager. Proposée la semaine dernière par le candidat Renaissance - en grande difficulté dans les sondages - elle a été refusée net par son concurrent Horizons dimanche soir au « 20 Heures » de TF1.
« Une primaire de la confusion »
« C'est une primaire de la division, parce que le principe même d'une primaire, c'est d'appuyer sur les différences entre les candidats. Or, je pense que nous avons à créer du commun beaucoup plus qu'à appuyer sur nos divisions », a-t-il déclaré. Autre argument évoqué par le maire du Havre, lui aussi en manque criant de dynamique dans les sondages, la confusion sur le périmètre d'une telle primaire, sur lequel personne ne s'accorde. « C'est une primaire de la confusion parce qu'elle rassemble des gens qui sont les continuateurs du macronisme pour Monsieur Attal et d'autres qui tendent la main à l'union des droites », a ajouté Edouard Philippe. Celui-ci donne rendez-vous en février quand « chacun devra prendre ses responsabilités ». Pas de quoi décourager Gabriel Attal. « Il faut rassembler », a-t-il martelé à son tour ce lundi matin sur TF1. Faute d'un candidat de la droite et du centre qui s'impose naturellement, une primaire « aura lieu et sera inéluctable », selon le candidat Renaissance. « Si la force ne fait pas l'union, c'est l'union qui doit faire la force, donc en rassemblant différents candidats, on crée cette dynamique. Je ne vois pas d'autre moyen que la primaire pour y arriver », a-t-il déclaré. Pour le candidat Renaissance, dont l'entourage ne manque pas de souligner la « fébrilité » d'Edouard Philippe, cette primaire n'est ni plus ni moins la dernière chance pour éviter un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon au second tour de la présidentielle. Il voit même dans les violences et pillages du 17 octobre un tournant. « Il ne faut pas ignorer la bascule de cet automne. S'il ne se passe rien, on aura un second tour entre les candidats des deux extrêmes », assure-t-il. Même si la primaire pose des difficultés, je ne vois pour l'instant pas d'autre solution pour faire émerger un candidat
Marc Fesneau, Modem
La primaire a ses partisans, comme Gabriel Attal, récemment converti faute de s'imposer naturellement dans l'espace macroniste, François Bayrou, qui a plaidé en ce sens en septembre lors de la rentrée du Modem ou encore David Lisnard, le maire de Cannes, qui connaît une embellie sondagière. Valérie Pécresse, candidate malheureuse à la présidentielle de 2022 est, elle aussi, en faveur de cette option. Elle la souhaitait même avant l'été. « Le meilleur système quand on a plein de candidats qui représentent des sensibilités différentes de la droite, le mieux c'est une primaire la plus ouverte possible [pour le corps électoral, NDLR] », a-t-elle de nouveau plaidé dimanche soir sur LCI. Certains la soutiennent faute d'autres options. « Même si la primaire pose des difficultés, je ne vois pour l'instant pas d'autre solution pour faire émerger un candidat », a estimé dans « La Tribune dimanche » Marc Fesneau, président du groupe Modem à l'Assemblée nationale.
Question sans fin du périmètre
D'autres y sont farouchement opposés. Parmi eux, outre Edouard Philippe, on retrouve Xavier Bertrand. Echaudé par son échec de fin 2021, le président de la région Hauts-de-France, qui réfléchit à une candidature à la présidentielle, ne veut plus entendre parler de primaire. Mais la seule question du périmètre suscite des débats sans fin. Faut-il aller jusqu'à la gauche sociale-démocrate, comme le plaide François Bayrou ? Raphaël Glucksmann, qui vient de remporter la primaire du PS-Place Publique, ne veut pas en entendre parler. « C'est la primaire de ceux qui assument le bilan du macronisme, de ceux qui ont été Premiers ministres et ministres d'Emmanuel Macron, donc ce n'est pas mon histoire », a-t-il lâché sur BFMTV. Et, de l'autre côté, jusqu'à David Lisnard, comme le soutient Aurore Bergé, elle aussi fervente partisane d'une primaire qui pourrait lui permettre de se positionner pour la présidentielle ? Compte tenu des prises de position de David Lisnard pendant sa campagne - ses attaques contre le bilan d'Emmanuel Macron sont violentes - on l'imagine mal soutenir Gabriel Attal ou Edouard Philippe si l'un des deux gagnait cette primaire. Certes, les divergences entre candidats potentiellement intéressés par cette primaire sont majeures, mais, selon un proche de Gabriel Attal, c'est un moindre mal. L'engagement minimal des perdants serait de ne pas se porter candidat. Le débat est sans fin et il y a autant de scénarios que de partisans de la primaire, ou presque. Il y a même l'idée d'un sondage géant. « Un sondage géant, c'est une primaire », raille l'entourage de Gabriel Attal. Aucun consensus ne se fait sur le périmètre de cette primaire, ce qui rend son organisation de plus en plus improbable. Il n'empêche, l'équipe de Renaissance assure qu'elle est vue d'un très bon oeil du côté des Républicains, dont le candidat, Bruno Retailleau, patine. « Si la primaire s'organise, aucun candidat de notre espace politique ne pourra rester à l'extérieur », assure un proche de Gabriel Attal. Suite au prochain numéro.