« Un rôle dissuasif » : près de Rennes, ces policiers traquent les incivilités depuis un bureau avec un joystick
En entrant dans la pièce, l’apparition du mur couvert d’écrans convoque immédiatement des images diverses, entre Batcave, yeux d’insectes à facettes, tour de contrôle… Mais on redescend vite sur Terre : malgré la centaine d’images qui s’étalent en mosaïques devant nous et semblent montrer la ville sous toutes ses coutures, on est seulement dans l’Hôtel des Polices de Cesson-Sévigné. Plus précisément, dans le Centre de supervision urbain (CSU) de ce lieu qui regroupe police municipale et Police nationale -une initiative pionnière en France. « Une fois, j’ai vu un accident de moto en direct sur les écrans », se souvient Yannick Le Scornet, chef de la police municipale.
Depuis son bureau, celui qui commence à connaître par cœur l’emplacement de chaque caméra dans la ville fait voler aisément ses yeux d’un endroit à l’autre. Son joystick permet de pivoter les caméras et de zoomer. La vision nocturne les rend efficaces même dans l’obscurité. Les images sont gardées trente jours. Il n’y a pas d’agent en permanence derrière les écrans. « La société qui fournit le système masque manuellement les immeubles privés », précise-t-il. Il n’y a pas de détection des visages ni d’analyse automatisée des images par intelligence artificielle. « On peut suivre un véhicule dans la ville, gérer un dépôt d’ordures sauvage… On a également deux ou trois requêtes d’images de la part de la Police nationale chaque mois. Mais le mieux, ça reste la présence physique de la police. »
Cesson est, en dehors de Rennes, la ville la plus équipée en caméras de la Métropole. Elle a amorcé cette politique en 2008. Elles étaient une quarantaine en 2025 et devraient atteindre cent sous le mandat actuel. Prix : 10 000 € chacune (en comptant les travaux d’implantation, la fibre…)
Un « rôle dissuasif »
La ville ne compte tout de même pas investir dans des technologies de surveillance avancées type drones, même si l’évolution de la législation le lui permettait. « Ça, c’est pour surveiller les mouvements de foule lors des manifestations… » Une problématique absente du paysage cessonnais. La mairie ne dispose pas de chiffres précis sur le nombre de délits résolus grâce aux caméras. Mais elle loue leur « rôle dissuasif ». Elle estime que le nombre de cambriolages a été divisé par trois depuis l’installation du CSU il y a un an. Et si le mur de caméras peut être un vecteur de communication pour le volet « sécurité » municipal, la corbeille n’en sera que plus belle.
Saint-Grégoire suit la même voie depuis deux ans. Ce n’est peut-être pas un hasard, tant les deux villes se ressemblent : continuité urbaine avec Rennes, quartiers pavillonnaires, mairies à droite et toutes deux parmi les cinq villes les plus riches de Bretagne1. Fin octobre, Saint-Grégoire posera sa 47e caméra sur la voie publique, pour atteindre 94 à terme, sous contrôle préfectoral. Budget : 2M€ TTC. Compter 100 000 € annuels pour la maintenance. Un peu cher dans une commune peu citée pour sa criminalité galopante ? La maire Laëtitia Remoissenet (DVD) justifie : « Le rôle d’un élu est de prévoir. Regardez comment la situation de Rennes s’est aggravée en dix ans. »
1. Observatoire des inégalités, rapport publié le 2 juin 2026 portant sur les villes de plus de 5 000 foyers.