Revue de presse

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« Un rôle dissuasif » : près de Rennes, ces policiers traquent les incivilités depuis un bureau avec un joystick

Le Télégramme · 01/11/2026 · ← revue

En entrant dans la pièce, l’apparition du mur couvert d’écrans convoque immédiatement des images diverses, entre Batcave, yeux d’insectes à facettes, tour de contrôle… Mais on redescend vite sur Terre : malgré la centaine d’images qui s’étalent en mosaïques devant nous et semblent montrer la ville sous toutes ses coutures, on est seulement dans l’Hôtel des Polices de Cesson-Sévigné. Plus précisément, dans le Centre de supervision urbain (CSU) de ce lieu qui regroupe police municipale et Police nationale -une initiative pionnière en France. « Une fois, j’ai vu un accident de moto en direct sur les écrans », se souvient Yannick Le Scornet, chef de la police municipale.

Depuis son bureau, celui qui commence à connaître par cœur l’emplacement de chaque caméra dans la ville fait voler aisément ses yeux d’un endroit à l’autre. Son joystick permet de pivoter les caméras et de zoomer. La vision nocturne les rend efficaces même dans l’obscurité. Les images sont gardées trente jours. Il n’y a pas d’agent en permanence derrière les écrans. « La société qui fournit le système masque manuellement les immeubles privés », précise-t-il. Il n’y a pas de détection des visages ni d’analyse automatisée des images par intelligence artificielle. « On peut suivre un véhicule dans la ville, gérer un dépôt d’ordures sauvage… On a également deux ou trois requêtes d’images de la part de la Police nationale chaque mois. Mais le mieux, ça reste la présence physique de la police. »

Cesson est, en dehors de Rennes, la ville la plus équipée en caméras de la Métropole. Elle a amorcé cette politique en 2008. Elles étaient une quarantaine en 2025 et devraient atteindre cent sous le mandat actuel. Prix : 10 000 € chacune (en comptant les travaux d’implantation, la fibre…)

Un « rôle dissuasif »

La ville ne compte tout de même pas investir dans des technologies de surveillance avancées type drones, même si l’évolution de la législation le lui permettait. « Ça, c’est pour surveiller les mouvements de foule lors des manifestations… » Une problématique absente du paysage cessonnais. La mairie ne dispose pas de chiffres précis sur le nombre de délits résolus grâce aux caméras. Mais elle loue leur « rôle dissuasif ». Elle estime que le nombre de cambriolages a été divisé par trois depuis l’installation du CSU il y a un an. Et si le mur de caméras peut être un vecteur de communication pour le volet « sécurité » municipal, la corbeille n’en sera que plus belle.

Saint-Grégoire suit la même voie depuis deux ans. Ce n’est peut-être pas un hasard, tant les deux villes se ressemblent : continuité urbaine avec Rennes, quartiers pavillonnaires, mairies à droite et toutes deux parmi les cinq villes les plus riches de Bretagne1. Fin octobre, Saint-Grégoire posera sa 47e caméra sur la voie publique, pour atteindre 94 à terme, sous contrôle préfectoral. Budget : 2M€ TTC. Compter 100 000 € annuels pour la maintenance. Un peu cher dans une commune peu citée pour sa criminalité galopante ? La maire Laëtitia Remoissenet (DVD) justifie : « Le rôle d’un élu est de prévoir. Regardez comment la situation de Rennes s’est aggravée en dix ans. »

1. Observatoire des inégalités, rapport publié le 2 juin 2026 portant sur les villes de plus de 5 000 foyers.