Édito. Une élection présidentielle, ce n’est pas la fin du monde
La peur s’est infiltrée partout. Elle a imbibé notre pays tout entier. Nous la fréquentons au quotidien. Nous l’hébergeons au plus profond de nos pensées et de nos passions. Nous prêtons une oreille attentive aux responsables politiques qui l’entretiennent comme si sa présence nous était devenue indispensable. Nous la nourrissons alors qu’elle nous nuit.
À défaut d’autre chose, elle pourrait nous réunir comme on se regroupe sous un abri commun. Elle pourrait constituer un ciment, un bien triste ciment mais un ciment tout de même. Il n’en est rien. Elle nous divise car elle se joue de nous en se démultipliant : la peur de l’immigration incontrôlée, la peur du déclassement social, la peur de Vladimir Poutine ou du dérèglement climatique, la peur de l’intelligence artificielle ou de l’avenir de notre démocratie. À chacun ses peurs qui entrent en compétition avec celles d’autrui.
Le 17 octobre, la France a assisté stupéfaite au saccage de centres-villes et au pillage de commerces. Le 23 octobre, elle a appris pétrifiée qu’un homme a été tué et que sept autres personnes dont une fillette de 12 ans ont été blessées dans un attentat raciste. Ces deux épisodes paroxystiques de notre peur auraient dû nous souder. Il faut craindre malheureusement qu’ils aient participé à nous retrancher dans nos peurs à nous, rivales de celles d’autres Français.
La peur est semblable au joueur de flûte d’une légende allemande qui joue un air ensorcelant et conduit les enfants d’un village à leur mort. Elle nous guide elle aussi. Jusqu’où ? Jusqu’à la peur peut-être la plus dévastatrice de toutes : la peur de son voisin. «Je ressens un climat de guerre civile larvée », constate Ali Rabeh, maire (Génération. s) de Trappes après le drame qui a frappé sa ville (« Le Monde » du 27 octobre 2026).
Il est temps, à moins qu’il ne soit déjà trop tard, de lui résister plutôt que de lui succomber. Il est urgent de refuser l’hystérisation du débat politique. Quelle que soit sa famille politique, il est certain que la femme ou l’homme qui deviendra chef de l’État dans quelques mois va susciter un sentiment de rejet voire d’effroi dans une partie de l’opinion publique. La France n’en devra pas moins poursuivre son chemin. Une élection présidentielle, ce n’est pas la fin du monde.
(LIRE LE PRÉCÉDENT ÉDITO : Une journée sur le fil entre un état d’urgence qui n’a pas dit son nom et une colère qui ne s’éteint pas)