Bulgarie : la prorusse Iliana Iotova élue présidente malgré une faible participation

Par Guilhem Bernes
La présidente sortante Iliana Iotova, 62 ans, a remporté l'élection présidentielle bulgare, dimanche 1er novembre, obtenant entre 57,4 et 58,2 % des voix selon les premières estimations de plusieurs instituts de sondage. La candidate devance le pro-européen et ancien Premier ministre par intérim Andreï Guiourov. L'ancienne membre du Parti socialiste bulgare, soutenue par l'actuel Premier ministre Roumen Radev, défend une politique conciliante envers la Russie. Comme le chef de l'exécutif, Iliana Iotova plaide pour un rapprochement diplomatique avec Moscou, s'oppose à de nouvelles livraisons d'armes à Kiev et fustige les sanctions européennes sur les hydrocarbures russes. « Iliana Iotova est un copié-collé de Roumen Radev : elle ne nuance, à aucun égard, la position du Premier ministre. Cette présidence ne remplira pas son rôle de contrepoids du gouvernement, ni de voix alternative auprès des instances européennes », décrit Anna Krasteva, professeure de sciences politiques à la New Bulgarian University de Sofia. Bien que son rôle soit principalement honorifique, la présidence bulgare peut siéger au Conseil européen.
Confiance sapée par les résultats économiques
La victoire de la présidente sortante reste toutefois en demi-teinte. La participation a péniblement atteint entre 27 et 29 %, selon les premières estimations, après un premier tour marqué par une abstention record depuis l'élection présidentielle de 1992, avec un taux de participation de 22 %. La déception d'une partie des anciens électeurs de Bulgarie progressiste, la formation de Roumen Radev, semble avoir pesé. Le parti du chef de l'exécutif a obtenu la majorité absolue au Parlement en avril, dans un pays lassé après huit élections législatives en cinq ans. « Mais les citoyens ne voient aucun résultat, notamment sur le plan économique. Ils préfèrent donc se désengager de la politique, même dans les urnes », explique Mariyan Sabev, analyste au Center for the Study of Democracy. Dopée par la flambée des prix de l'énergie, l'inflation a atteint 5,1 % sur un an en Bulgarie en septembre, le troisième taux le plus élevé de l'Union européenne. Les attaques de drones en mer Noire ont pu jouer en faveur de la candidate. Au moins six navires ont été attaqués au large de la Bulgarie ce mois-ci, et près d'une vingtaine de marins ont trouvé la mort. « Ces incidents ont pu convaincre certaines personnes de voter pour Iliana Iotova, qui se présente comme la candidate du dialogue avec la Russie », relève Mariyan Sabev. Si l'origine de ces attaques demeure inconnue, le Premier ministre bulgare, Roumen Radev, a déclaré que certaines d'entre elles semblent profiter à la Russie. Un timide changement de discours du chef du gouvernement, habituellement plus conciliant envers Moscou.
Campagnes de fausses informations
Plusieurs campagnes de désinformation ont suivi les frappes de drones en mer Noire. Quelques heures après les attaques du 6 octobre, des messages publiés sur des chaînes Telegram proches du Kremlin, relayés sur Facebook, ont nié ou justifié la responsabilité de la Russie, arguant que les navires transportaient des armes. L'une des pages compte près de 40.000 abonnés sur Facebook, relève le think tank bulgare Center for the study of democracy. D'autres opérations ont directement visé le candidat Andreï Guiourov. Après sa qualification au second tour, plusieurs sites Internet ont relayé de manière coordonnée une accusation selon laquelle sa campagne aurait été financée par un fabricant ukrainien de drones militaires. Deux jours plus tard, sa rivale reprenait publiquement cette accusation lors d'un déplacement. La même semaine, une autre rumeur a circulé sur Facebook selon laquelle, lors d'un meeting de campagne, le même Andreï Guiourov aurait évoqué le déploiement prochain de soldats bulgares en Ukraine. Son service de presse a démenti ces propos auprès du média Factcheck.bg. Néanmoins, la publication originale a atteint près de 10.000 réactions et 3.700 partages. « Nous avons observé une recrudescence des discours antisystème, anti-UE et anti-Otan sur les réseaux sociaux au cours de la dernière semaine de campagne. Mais nous ne pouvons pas en attribuer directement la responsabilité aux Russes : nous disposons de nos propres réseaux de trolls en Bulgarie », souligne Mariyan Sabev.