Revue de presse

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REPORTAGE. Présidentielle 2027 : Gabriel Attal face aux réalités quotidiennes des Français dans les Côtes d’Armor

Ouest-France · 31/10/2026 · ← revue

Renoncer n’est ni dans sa culture, ni dans sa nature. Même si le bloc central traverse un gros trou d’air depuis le début de la contestation lycéenne, la résurgence des Gilets jaunes et les violences du samedi 17 octobre, Gabriel Attal reste candidat à l’élection présidentielle. À moins de six mois du scrutin national, le patron du parti Renaissance continue de labourer le pays. « Il demeure motivé et combatif », témoigne son entourage.

Un flot de questions

En cette fin octobre 2026, il séjourne quelques heures en Bretagne, en Côtes-d’Armor et Ille-et-Vilaine. À son programme : des visites d’entreprises, un échange avec un agriculteur et des élus locaux, et puis un déplacement dans le village de la 13e Route du Rhum à Saint-Malo ce samedi, à la veille du départ de cette course à la voile transatlantique en solitaire vers la Guadeloupe. Une centaine de bateaux y sont inscrits.

Vendredi 30 octobre, entre 20 h et plus de 22 h, le trentenaire a animé une réunion publique dans la salle des fêtes de Meslin (Côtes-d’Armor), une commune déléguée d’un millier d’habitants de la commune nouvelle de Lamballe-Armor. Face à lui, quelque deux cents personnes, avec un flot de questions à poser.

Même si tous ne sont pas décidés à le soutenir en avril 2027, rencontrer un candidat à la présidentielle, un soir d’automne, ne se refuse pas. « Ce n’est pas tous les jours qu’un ancien Premier ministre vient nous voir », reconnaissent Manu, 39 ans, et Yannick, de dix-sept ans son aîné, plutôt enclins à glisser un bulletin Marine Le Pen dans l’urne pour le premier ou blanc pour le second…

La primaire en tête de liste

Debout sur la scène, un carnet de notes en main et une bouteille d’eau à portée de regard, Gabriel Attal a mouillé la chemise. Après s’être d’abord efforcé de décliner rapidement les principales lignes de son programme, il a ensuite laissé longuement la salle l’interroger. Quarante-huit heures après avoir réitéré sa proposition d’une primaire de la droite et du centre pour essayer d’enrayer la progression du Rassemblement national et de la France insoumise, c’est cette possible sélection interne qui a d’abord intéressé les Costarmoricains.

« Un second tour Marine Le Pen-Jean-Luc Mélenchon serait catastrophique pour le pays, estime le trentenaire. La première alimente les fractures contre les immigrés, le second contre les riches. Ce n’est pas l’idée que je me fais de la République. Il nous faut donc nous rassembler. Comme aucun candidat du bloc central et de la droite républicaine n’est en dynamique de l’emporter, une primaire s’impose et je suis persuadé qu’elle aura lieu. Nous n’avons pas le choix. Ceux qui la refusent porteront la responsabilité de la défaite ». Le patron du parti Renaissance milite pour un scrutin largement ouvert aux électeurs - « soit l’inverse de ce qu’a fait le Parti socialiste avec son ticket d’entrée à 15 € » - et se dit convaincu que les Français viendront voter très nombreux.

« Mais pourquoi êtes-vous resté au gouvernement ? »

Alors que les vacances de la Toussaint s’achèvent et que la rentrée lycéenne pourrait, de nouveau, être perturbée dès ce lundi, l’ancien ministre de l’Éducation nationale a, évidemment, été sondé sur l’avenir de Parcoursup, la plateforme de vœux pour l’enseignement supérieur ; sur la sélection à l’entrée de l’université ; sur le manque d’enseignants… C’est d’abord un ex-chef d’établissement qui a pris la parole, avant une étudiante et une lycéenne. « Dire, comme La France insoumise, qu’il faut bannir toute sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur, c’est dément. Ce n’est pas rendre service aux jeunes, qui se retrouveront avec des diplômes sans valeur et qui, de toute façon, se heurteront à une sélection dans les concours qu’ils passeront et pour l’accès au monde du travail », insiste Gabriel Attal, partisan, par ailleurs, d’une valorisation des métiers manuels et des formations plus courtes et professionnalisantes ; d’un « vrai travail de fond » pour améliorer l’orientation des jeunes ; d’un recrutement plus important de professeurs « avec une meilleure rémunération ».

Les bas salaires, l’avenir du système des retraites, la santé, le soutien au monde agricole, la poursuite de l’appui à l’Ukraine… ont aussi alimenté bien des conversations à Meslin. Durant la soirée, un Gilet jaune a également interrogé l’ex-Premier ministre sur le climat social ambiant - « nous vivons un désastre, la vie est de plus en plus chère » -, sur son parcours ministériel et sa proximité - passée - avec Emmanuel Macron. « Pourquoi êtes-vous resté au gouvernement aussi longtemps » ? En froid avec le chef de l’État depuis la dissolution de 2024, le candidat Renaissance confesse n’avoir pas quitté l’exécutif « parce que je m’y sentais utile ».

Il ne retient, en revanche, pas ses coups à l’encontre du président de la République. « Entre 2017 et 2024, oui nous avons raté des choses. Je ne peux pas dire le contraire. Sur l’agriculture, nous n’avons pas toujours été bons. La dissolution a été une erreur monumentale. Sur le logement, c’est même un plantage, alors que les Français continuent de rêver de devenir propriétaires d’un petit pavillon avec jardin. Mais on ne peut pas passer notre vie à regarder en arrière. Dans six mois, Emmanuel Macron ne sera plus à l’Élysée. Il faut plutôt se tourner vers l’avenir », martèle le trentenaire.

« Arrivera-t-on à recoller les morceaux ? »

À la sortie de la salle vers 22 h, alors que le froid et le brouillard commençaient à saisir la campagne lamballe-armoricaine, plusieurs habitants se sont dits « convaincus » par les propos de l’ancien Premier ministre. D’autres moins… « Moi, ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est comment en dix ans, on est passé de l’euphorie d’En marche en 2017 à une telle situation économique et sociale déplorable en 2026. Vraiment je ne comprends pas », s’alarme un « vieux » costarmoricain « modéré », à quelques heures d’une nouvelle journée de contestation nationale. « Je suis vraiment inquiet pour l’avenir. Arrivera-t-on à recoller les morceaux de la société, à rassurer la jeunesse ? Cette présidentielle sera-t-elle utile ou catastrophique ? Oui, j’ai peur et ne pense pas être le seul », avoue-t-il, avant de repartir dans la nuit frisquette éclairée par la lune.