Revue de presse

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« C’est aussi l’avenir de nos enfants qui est en jeu » : à Rennes, les familles défilent malgré la peur des violences

Le Télégramme · 31/10/2026 · ← revue

Depuis plusieurs semaines, les vidéos d’affrontements, de violences et de blessés se multiplient sur les réseaux sociaux comme sur les chaînes de télévision. Des images qui peuvent susciter de l’inquiétude et faire hésiter certains à rejoindre les cortèges.

Pourtant, pour le troisième samedi consécutif, les manifestants étaient nombreux dans les rues de Rennes, ce 31 octobre 2026. Entre 13 500 personnes, selon la préfecture, et 20 000, selon les syndicats, ont défilé. Parmi elles, de nombreuses familles, venues avec leurs enfants, parfois âgés de moins de 10 ans.

« J’ai un peu peur des CRS »

Sur le mail François-Mitterrand, quelques minutes avant le départ du cortège, Rose, 16 ans, est bien entourée. À ses côtés : son père, sa mère, ses sœurs, mais aussi son grand-père. « J’ai un peu peur des CRS, explique l’adolescente. Mais je me dis qu’ils font exprès pour que le mouvement s’arrête, alors il faut continuer. »

Scolarisée au lycée René-Descartes, elle a participé au blocage de son établissement pendant deux semaines et elle compte bien poursuivre la mobilisation à la rentrée. « On voit bien qu’on a réussi à faire réagir le gouvernement puisqu’ils nous reçoivent, mais leurs propositions ne sont pas suffisantes. »

À ses côtés, son père, Alex, soutient son engagement. « C’est super que les jeunes se mobilisent. Bien sûr, je m’en voudrais énormément si elle était blessée, mais je ne peux pas l’empêcher d’y aller, car c’est important qu’elle puisse s’exprimer. »

Pour l’avenir de leurs enfants

Quelques mètres plus loin, Anne tient ses deux garçons, Maroan et Eamon, par la main. Pour Halloween, les enfants ont revêtu leurs costumes de pirate et de squelette.

« Ce n’est pas notre première manifestation familiale, insiste fièrement cette travailleuse culturelle. À la base, les manifestations, c’est quelque chose de familial, avec une bonne ambiance. Bien sûr qu’il arrive qu’il y ait de la lacrymo, mais les manifs, ce n’est pas que ça, contrairement à ce qu’on peut voir dans certains JT. »

Pour Élodie et son fils Éliot, 6 ans, c’est en revanche une grande première. « On s’est vraiment posé la question avant de venir, explique-t-elle. Mais on voulait participer au mouvement, car c’est aussi l’avenir de mes enfants qui est en jeu. On aimerait qu’ils puissent continuer leur scolarité dans le public. »

Un sentiment partagé par Aziliz et Hugo, qui porte sur ses épaules leur fils Malo, 8 ans. « Avec un enfant, ce n’est pas forcément simple de se positionner, car il s’agit de sa sécurité, reconnaît la trentenaire. À la télé, on ne voit que des images de violence. »

Une fois dans le cortège, la famille est plus rassurée. « Il apprend à lire en déchiffrant les pancartes, s’amuse le couple d’agriculteurs, installé dans le Pays de Dol. On veut qu’il garde un bon souvenir pour qu’il ait envie de revenir en manif. »

« Pour que ma fille n’y aille pas seule »

Plus haut dans le cortège, David est marche avec sa fille, Olivia. Le 17 octobre, c’était la première fois qu’il participait à une manifestation. « C’était pour que ma fille n’y aille pas seule et plus globalement pour soutenir la jeunesse. »

Olivia est en première au lycée Bréquigny. Comme beaucoup de ses camarades, elle a assisté à des affrontements entre élèves et forces de l’ordre. « C’était choquant. Ils ont voulu nous intimider en envoyant les CRS, mais ça ne nous a pas arrêtés. » Des scènes qui ont également changé le regard de son père. « Avant, lorsque je regardais les vidéos dans les journaux télévisés, je me disais que si les policiers intervenaient de cette manière, c’est qu’il y avait une raison. Maintenant, j’ai juste l’impression que c’est du déchaînement. »

Après plus d’une heure et demie de marche, le cortège s’arrête sur l’esplanade Charles de Gaulle. Étienne et sa fille Luce, 11 ans, arrivent tout sourire. Ils n’ont pas quitté la fanfare de toute l’après-midi. « On a chanté, c’était super, conclut le quadragénaire. Finalement, c’est ça aussi, une manifestation ! » Le duo a déjà prévu de remettre ça jeudi prochain, à l’occasion d’une nouvelle journée de mobilisation.