« On reprend l’occupation des ronds-points » : près de Rennes, ces héritiers des gilets jaunes qui se mobilisent chaque samedi
Tandis que certains automobilistes se garent sur le parking du cimetière du Rheu pour déposer des chrysanthèmes sur les tombes de leurs proches, d’autres sortent des palettes et des pancartes de leurs véhicules. Ce samedi 31 octobre 2026, un peu après 9 h 30, moins d’une dizaine de manifestants s’apprêtent à occuper le rond-point de la commune, sur l’axe menant à Rennes. Un barrage filtrant déjà organisé lors des précédentes mobilisations lycéennes et contre la vie chère, amorcées à la mi-octobre.
« Sensibiliser aux prochaines manifestations »
« On est moins nombreux que d’habitude », reconnaît l’un des participants. Qu’importe. Après avoir traversé les fossés, le petit groupe s’active pour installer les palettes. Faute de bras, les manifestants choisissent de se positionner sur une seule entrée du rond-point, afin de toucher le plus grand nombre d’automobilistes possible.
« On arrête les voitures pour leur parler de l’actualité, leur poser des questions et les sensibiliser aux prochaines mobilisations », explique Daphnée. Pour faciliter les échanges, les manifestants ont prévu du café, des viennoiseries et même des bonbons, Halloween oblige. La plupart des automobilistes s’arrêtent pour discuter, tandis que d’autres manifestent leur soutien d’un coup de klaxon.
Mais à peine installés, une voiture de gendarmerie s’arrête à proximité. Les forces de l’ordre procèdent au contrôle de l’ensemble du groupe. Identités, numéros de téléphone et adresses sont relevés. « C’est beaucoup plus tendu que les dernières fois, regrette un manifestant. Les deux fois précédentes, on n’avait eu aucun contrôle d’identité et ils nous laissaient filtrer tranquillement. » Un changement de climat que certains associent aux tensions grandissantes entre forces de l’ordre et manifestants.
Dans l’héritage des Gilets jaunes
Si l’action a été relayée sur le site 17octobregiletsjaunes.net, peu de participants revendiquent toutefois un engagement dans le mouvement des Gilets jaunes de 2018 et 2019. « On en retrouve dans les manifestations, mais il y a peut-être un petit épuisement après tout ce qui s’est passé, avance José. Finalement, c’est un peu un héritage. On reprend l’occupation des ronds-points. C’est très symbolique de retrouver la France des Gilets jaunes. C’est un endroit que tout le monde fréquente, ça permet de toucher une grande diversité de personnes. »
Une manière, aussi, de sortir de son entre-soi et de renouer avec une mobilisation au contact direct de la population. Beaucoup ne sont d’ailleurs pas novices en matière de militantisme et ont rejoint le mouvement lycéen. « C’est hyper enthousiasmant de voir l’engagement de la jeunesse, son inventivité et sa joie. Quand tu milites depuis un moment, ça donne de l’engouement », témoigne l’un des participants.
Une convergence des luttes
Au cours du mois d’octobre, la colère des lycéens a progressivement été rejointe par des personnes issues de différentes catégories professionnelles et sociales, ainsi que par des organisations syndicales. « Il y a une véritable convergence des luttes, un sentiment d’injustice à l’échelle nationale, avec des classes moyennes de plus en plus précaires et d’autres qui s’enrichissent toujours plus », explique Jean.
Pour ce trentenaire, les violences policières à l’encontre des manifestants ne font qu’attiser la colère. « Beaucoup de personnes, de toutes catégories sociales, ont été choquées par les blessures subies par des mineurs. Ça touche tout le monde et ça donne envie de se mobiliser. »
Vers 11 h 30, les manifestants commencent à remballer leur matériel. La journée de mobilisation est loin d’être terminée. À midi, un rassemblement contre le racisme au Rheu, en soutien aux victimes de Trappes, alors qu’à Rennes le début de la manifestation est prévu à 14 h, sur le mail François-Mitterrand.