Manifestation interdite puis autorisée à Rennes, samedi 31 octobre : on vous explique le bras de fer entre la préfecture et les syndicats
« Une journée à haut risque pour Rennes, comme pour d’autres villes de France ». Ce vendredi, à la veille du samedi 31 octobre, la préfète d’Ille-et-Vilaine, Emmanuelle Dubée, affiche son inquiétude. La soirée d’Halloween, propice à des débordements, est d’ordinaire surveillée comme le lait sur le feu par les autorités. S’y ajoute, cette année, l’acte 3 du mouvement contre la vie chère qui pourrait donner lieu à des affrontements, comme les deux précédents. Le premier, celui du 17, avait été marqué par un nombre de pillages inédit dans le centre-ville.
Pour le deuxième, la semaine dernière, un seul syndicat avait déposé un parcours en préfecture et dans un délai trop court selon les services de l’État, qui avaient interdit le défilé. Près de 12 000 personnes y avaient quand même participé. Cette fois, six organisations ont déclaré la manifestation, fixant l’heure de rendez-vous à 14 h. Mais la préfète a d'abord tout même décidé de l’interdire pour éviter des troubles à l’ordre public.
« Des échanges tout au long de la semaine », affirme la préfète
« Malgré des échanges nourris tout au long de la semaine pour permettre l’exercice de la liberté de manifester tout en réduisant les risques pour les commerces et les personnes, aucun accord n’a été trouvé sur le parcours », explique la préfète. La préfecture affirme avoir proposé plusieurs tracés, évitant le centre-ville. La dernière version : un départ du mail François-Mitterrand et une dispersion place Charles-de-Gaulle. Un tracé jugé « suffisamment long pour garantir le droit de manifester ».
Les syndicats, eux, souhaitaient se retrouver place de Bretagne et se disperser à la gare, deux sites jugés trop sensibles pour les autorités. Le premier parce que des commerces y ont déjà été dégradés, le second, choisi la semaine dernière pour la dispersion, parce qu’il avait été le point de départ « d’une foule hostile ». Un défilé dans les quartiers du sud de la ville, du Blosne à la Courrouze, leur a été proposé. Impensable, selon les syndicats, estimant que cela conduisait à invisibiliser leurs revendications.
Pression sur les organisateurs et menaces de poursuites
À la veille de la mobilisation, donc, aucun accord sur le tracé et la zone de dispersion n’a abouti, regrette Emmanuelle Dubée. Cependant, elle laisse la porte ouverte aux syndicats : « Il est encore temps, dans les 24 h qui sont devant nous, de se rallier au parcours que nous avons proposé. Même si des discussions peuvent encore avoir lieu, je répète qu’en l’état, cette manifestation est interdite car elle n’offre pas les garanties de sécurité requises. »
Au passage, la représentante de l’État, qui a signé un arrêté d’interdiction, met la pression sur les syndicats. « Organiser une manifestation qui a été interdite, c’est un délit. Et je ferai ce qui m’appartient de faire auprès de la justice. Rassembler des milliers de personnes dans une manifestation qui est interdite pour de bonnes raisons, c’est s’exposer à des poursuites. » L’organisation d’une manifestation non déclarée ou interdite, précisent ses services, est passible de six mois de prison et de 7 500 € d’amende.
Les syndicats dénoncent une dérive
« Nous ne lâcherons pas sur les manifestations dans le centre-ville », rétorque Mathieu Cocq, secrétaire départemental de la CGT. « Pas seulement pour une question de principe mais parce que le but, c’est d’être visible. Et ce n’est pas à la préfecture de décider où et quand on fait une mobilisation. Nous sommes face à une dérive. » Quant aux menaces de poursuites, il appelle la préfète « à mesurer ses propos ». Et, surtout, il demande au gouvernement d’apporter une réponse politique aux revendications, la seule en mesure de mettre fin au mouvement. « Le pouvoir d’achat, les salaires, les moyens pour vivre… Nous formulons ces demandes depuis des années. Maintenant, c’est l’heure des réponses. »
Fabienne Portanguen, du syndicat Sud, se joint à ces critiques : « On nous menace de ne plus pouvoir défiler dans le centre-ville parce qu’il y a des gens tellement en colère qu’ils vont au-delà de la manifestation. Nous, on n’a rien cassé. Ce n’est pas de notre responsabilité, c’est au pouvoir de répondre avec des mesures à la hauteur. » Et d’ajouter : « Du point de vue du droit de manifester, la situation est gravissime. Pour nous, c’est important de pouvoir le faire de manière sereine sans avoir des menaces et du chantage des autorités ».
Vendredi soir, les syndicats ont déposé un nouveau parcours sur la plateforme de la préfecture. Il prévoit un départ sur le mail Mitterrand à 14 h, puis un passage par le quartier Mabilais et le boulevard de Guînes, direction Charles-de-Gaulle pour la dispersion. La préfecture a répondu, vers 19 h 30, via un communiqué : la manifestation n'est désormais plus interdite.