« Cela prend du temps » : en phase de dépollution depuis dix ans, cette friche industrielle très convoitée à Rennes franchit un cap
Elle fut l’une des usines les plus emblématiques de Rennes. Et celle sur laquelle les regards sont tournés depuis que le propriétaire du Stade Rennais, François Pinault, l’a ciblé pour y implanter son hypothétique futur grand stade. Le terrain de l’ancienne Barre-Thomas, du nom de l’usine de pièces automobiles montée par Citroën dans les années 1950 sur un site de 40 hectares à l’ouest de Rennes, entre la rocade et la route de Lorient, est en cours de dépollution depuis une dizaine d’années.
La réhabilitation du site, désormais appelé Parc d’activité des Chevrons et pilotée par les sociétés rennaises Mazureau et Lamotte, a déjà bien avancé. Les phases une et deux de l’opération, en 2020 puis 2022-2023, ont permis de dépolluer 25 hectares de la zone, alors que 5 hectares sont toujours occupés par l’usine Continental. Restent 10 hectares à dépolluer, donc, au 194, route de Lorient. Or, le 12 octobre, une étape importante a été franchie. La préfecture d’Ille-et-Vilaine a pris un arrêté pour lancer la troisième, et dernière, phase de dépollution de la zone. La société Cooper Standard, dernier exploitant de ces parcelles, en a la charge.
« Cet arrêté est une très bonne nouvelle »
« Cet arrêté est une très bonne nouvelle, cela veut dire que les deux premières phases ont été validées par l’administration et que l’opération avance bien, se réjouit Philippe Degez, directeur général Métiers de l’exploitation et du tertiaire chez Lamotte. Nous avons encore quasiment deux ans de dépollution devant nous, jusqu’à fin 2028. Cela prend du temps, comme pour tous les sites industriels, mais on est dans le timing fixé ».
Sur les 10 hectares restant de l’ancienne Barre-Thomas, Cooper Standard devra traiter « 27 zones à risques de pollution », précise l’arrêté préfectoral. Les études environnementales sur les sols et dans les eaux souterraines font état de pollutions importantes en hydrocarbures et en solvants chlorés. Ces polluants « présentent des risques cancérigènes incompatibles avec l’usage futur du site ».
La pollution traitée « à 90 % sur place »
« C’est une pollution habituelle liée à la fabrication de pneumatiques de l’époque, précise Philippe Degez. Quant aux pollutions d’hydrocarbures et de gaz, on les retrouve sur tous les sites industriels. À Chaque pollution, on met en place des procédés validés par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Ici, 80 % de la pollution est concentrée sur 25 % du foncier. Elle sera traitée à 90 % sur place. Les derniers éléments non traitables sur le site seront évacués dans des décharges spécialisées ».
Un travail qui devrait s’achever fin 2028. « Ensuite, il faut un permis d’aménager, sur lequel on travaille et qui sera calé en début d’année prochaine. Il sera ensuite présenté aux élus pour être intégré dans le nouveau PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal) qui sera revu en 2027. » Dans les 25 hectares déjà réhabilités, de nouveaux acteurs se sont installés : des restaurants (Dell Arte, KFC, Legend Factory, Brewklyn et plus récemment Ninkasi), des magasins de décoration et de cadeaux (B & M et L’Incroyable), du loisir comme la salle de sport L’Orange Bleue, mais aussi des entreprises, notamment Cailabs, spécialisé dans la lumière laser.
« Aujourd’hui, le PLU ne permet pas d’y faire un stade »
Et dans les 10 hectares restant ? Un nouveau stade pour le Stade Rennais ? Si le sujet semblait tombé aux oubliettes, le président du conseil d’administration du club, Nicolas De Tavernost a, le 1er septembre sur RMC, puis le 2 octobre lors de l’inauguration du nouveau centre d’entraînement, rappelé la nécessité pour le Stade Rennais d’avoir un grand stade. Un projet auquel n’adhère pas la mairie, propriétaire du Roazhon Park, qui table plutôt sur une extension et une rénovation du stade actuel. « Aujourd’hui, le PLU ne permet pas d’y faire un stade, donc on travaille sur ce que l’on peut faire », répond Philippe Degez. Lamotte et Mazureau tablent donc plutôt, aujourd’hui, sur l’implantation d’activités tertiaires et mixtes.