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« Ça n’arrive pas qu’aux "vieux" » : ces jeunes Bretons témoignent de leur AVC

Le Télégramme · 29/10/2026 · ← revue

« J’ai l’âge de mes artères », a-t-on coutume de dire. L’expression est imagée. Mais ne doit pas conduire à croire qu’une artère bouchée, ça n’arrive qu’au grand âge.

« C’est un peu ce que je pensais. En tout cas, quand ça m’est tombé dessus, l’idée que ça pouvait être un AVC ne m’a pas traversé l’esprit », lâche Marina, une Rennaise de 39 ans, à qui « l’impensable » est arrivé, il y a trois ans.

« J’étais couchée. Je n’ai pas entendu mon mari partir au travail. Je pense que j’étais dans un état un peu comateux. Quand mes enfants sont venus me réveiller vers 8 h, je n’ai pas réussi à me lever, j’ai re-sombré. Une demi-heure plus tard, ils sont revenus à la charge. J’ai bien senti qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. J’avais une diplopie, je voyais mais j’avais un œil bloqué, qui ne fonctionnait plus, et une paralysie était en train de s’installer du côté droit. Il m’était difficile de marcher, de lever mon bras, de parler. J’avais typiquement tous les symptômes d’une personne qui fait un AVC. C’était désagréable mais je n’avais mal nulle part…. »

Marina s’évertue à frotter son œil devant le miroir, convaincue qu’il y a une saleté dedans. « Ma fille de 6 ans me dit : "Il est bizarre ton œil, il ne bouge pas". Mais ça ne m’interpelle pas. » Près d’1 heure 30 s’écoule avant que la jeune mère ne se décide à appeler son mari, incapable de prendre le volant pour conduire son fils de 2 ans chez sa nourrice. « Mais comment tu parles ? », a-t-il dit car j’ânonnais comme une personne ivre.

Nouveau métier et marche active

Sur la route des urgences, Marina ne réalise toujours pas qu’elle est victime d’un AVC. « J’étais dans le déni total, en train de conclure une vente sur Vinted, sur le siège passager, un œil fermé et les bras tendus pour essayer de déchiffrer le message sur mon téléphone. Mais arrivée à l’hôpital, je ne pouvais plus marcher. »

Dans son malheur, Marina a eu beaucoup de chance. Malgré le temps perdu - car il s’est bien écoulé trois heures avant qu’elle ne reçoive les soins d’urgence requis - elle garde assez peu de séquelles.

« J’ai gardé la diplopie pendant quelques semaines. Je ne voyais plus qu’en 2D. Et j’ai mis du temps à retrouver une parole fluide. Mais j’ai rapidement retrouvé 98 % de mes capacités. Il reste les troubles de la tension, les problèmes de mémoire. J’ai été opérée du cœur pour refermer un fop, un petit orifice dans la cloison entre les deux oreillettes. Peut-être ou peut-être pas la cause de mon AVC. En tout cas, si j’en refais un, ça ne viendra pas de ça ! »

L’AVC a incité Marina à changer de métier pour créer sa petite entreprise de fresques murales. « Et je me suis mise à la marche active et commence à courir », expose-t-elle.

Rééducation acharnée

Nicolas, qui réside à Betton (35), a conscience de revenir de loin. À 28 ans, à la suite de deux épisodes brefs de perte de parole, on lui a découvert une malformation artérioveineuse cérébrale. « J’ai été opéré à Limoges et c’est à la suite de ça que j’ai fait un premier AVC postopératoire suivi, trois jours plus tard, d’une hémorragie cérébrale, rembobine le Bretillien depuis onze ans. Au réveil après l’opération, j’étais aphasique et ne savais même plus parler. Je ne voyais pas grand-chose et j’étais paralysé tout le côté droit. »

Ça fera six ans, en février. À force d’exercices et de persévérance, Nicolas a récupéré la parole et pu reprendre son travail en magasin de bricolage, en mi-temps thérapeutique. Plus, il ne peut pas. « J’ai des séquelles d’hémiparésie, côté droit. Ça ne m’empêche pas de marcher mais je boite un peu et j’ai du mal à utiliser ma main droite. Je ne sais plus écrire. J’ai du mal à couper ma viande et suis devenu gaucher par la force des choses », relate le jeune homme de 34 ans qui, les trois premières années, s’est acharné dans les séances de rééducation. « Matin, après-midi, dès que c’était possible. Kiné, orthophoniste… J’ai voulu mettre toutes les chances de mon côté pour rebondir. »

Patients partenaires

Depuis trois ans, Nicolas intervient comme patient partenaire au sein des ateliers d’éducation thérapeutique proposés par le CHU de Rennes, en lien avec le neurologue Stéphane Vannier, sur le thème de la fatigue neurologique. « Le handicap commun à toutes les personnes victimes d’un AVC, c’est vraiment la grosse fatigue, persistante, dont on ne se défait pas mais qui, si on la gère bien, permet quand même de vivre heureux », dit-il, ravi d’aider d’autres patients à remonter la pente.

Marina a, elle aussi, entrepris de se former pour accompagner ces sessions où il est question d’une attention et capacité à se concentrer parfois amoindrie et d’une rage de vivre qui, elle, est intacte !