"On est solidaires comme jamais" : à Rennes, les commerçants passent à l'action et interpellent Nathalie Appéré

Les images des dégradations commises dans le centre-ville et les commerces de Rennes, samedi 17 octobre 2026, resteront sans nul doute gravées dans les mémoires. Mais après la stupeur et l’émotion, les commerçants passent à l’action. Pétition, courrier à la mairie, propositions pour dynamiser l’économie locale… Les idées fusent pour « sauver nos commerces », affirme avec conviction Sophie Keriel Regnard, propriétaire des boutiques Louisette, Dress Code et Up.
Un groupe de 450 commerçants
Tout remonte donc au 17 octobre, lorsque la situation dégénère en marge de la manifestation lancée par les Gilets jaunes. D’un côté, un cortège et des milliers de personnes qui marchent dans le calme. De l’autre, des individus qui s’en prennent aux forces de l’ordre et au mobilier urbain. Cette triste séquence s’achève par le saccage et le pillage de nombreuses boutiques de Sainte-Anne au Colombier. Les jours qui suivent, l’heure est aux constatations, appels aux assurances et rafistolage. En quelques heures, nombre de vitrines laissent place aux panneaux de bois. Un groupe WhatsApp utilisé par une quinzaine de boutiques du centre-ville pour échanger atteint les 250 membres en une semaine. Mercredi 28 octobre, ils étaient 450. « Ça n’arrête pas, ça échange en permanence », glisse Sophie Keriel Regnard en montrant son téléphone.
Entre encouragements et organisation
Après la manifestation des Gilets jaunes, la question qui revient dans cette boucle est de savoir si oui ou non il faut ouvrir le samedi 24 octobre alors qu’un nouveau rassemblement est annoncé. Chacun annonce son organisation et les mesures mises en place : palissades, retraits des prix des vitrines, fermeture imposée par les sièges… Mais cette conversation révèle une autre réalité, celle de la menace qui pèse sur les commerçants. « On voyait des bandes traîner dans les rues, faire des photos des commerces et prendre des notes pendant la semaine », se souvient Sophie Keriel Regnard. C’est donc la boule au ventre que les commerçants ouvrent le 24 octobre. Les samedis autrefois tant attendus, provoquent désormais de l’appréhension.
« Un traumatisme »
Finalement, cette journée s’apparente à un fiasco. « Le 17 octobre, on a senti un réel traumatisme. Le 24 octobre, c’était désertique dans les rues », se remémore Sophie Keriel Regnard. Beaucoup ferment bien plus tôt qu’à l’accoutumée, la caisse vide ou presque. Désabusée, Sophie Keriel Regnard décide d’écrire une lettre intitulée « Une manifestation d’amour ». Dans ces quelques lignes, elle résume la situation dramatique pour l’avenir de certains commerces, mais aussi un souhait : voir les commerçants et les clients main dans la main pour former une chaîne devant les magasins. En bref, une « manifestation d’amour » pour soutenir le commerce local. J'ai cette image. C'est assez naïf, mais face à cette violence, aux gens masqués et habillés tout en noir, ce serait un petit miracle avant Noël. Est-ce qu'on ne ferait pas mieux de se faire des câlins au lieu de se jeter des cailloux à la figure ?
Une pétition pour un plan d’urgence
En parallèle, Sophie Juban, gérante d’instituts de beauté, a lancé une pétition sur le site change.org, en concertation avec plus de 400 autres commerçants. À l’heure où nous publions ces lignes, elle affiche 9 839 signatures. Adressée, entre autres, à Emmanuelle Dubée, préfète d’Ille-et-Vilaine ; Nathalie Appéré, maire de Rennes et présidente de la Métropole ; mais aussi aux parlementaires bretilliens, cette pétition demande la mise en place d’un « plan d’urgence pour les commerçants de Rennes ». Reconnaissance du préjudice économique subi, dispositif de soutien et d’accompagnement, mesures fiscales exceptionnelles, plan d’attractivité… Telles sont les demandes.
Pour « un renouveau du centre-ville »
Mardi 27 octobre, sept commerçants – parmi les 450 du collectif – se sont rencontrés pour convenir d’une « ligne commune ». « Il y avait un boulanger, un représentant pour les métiers de bouche, pour le prêt-à-porter, la décoration, l’esthétique…, liste Sophie Keriel Regnard. Ce qu’il en est ressorti c’est qu’on n’a pas tous les mêmes problèmes, mais on a une réalité commune : un problème de trafic et la peur des prochains samedis. » Les manifestations successives sont en effet « la goutte d’eau », mais elles mettent aussi en lumière un fait qui dure depuis plusieurs années : la baisse de la fréquentation du centre-ville de Rennes. Alors, lors de cette réunion, les commerçants ont établi un certain nombre de mesures qu’ils souhaitent voir adopter pour « un renouveau du centre-ville ». Gratuité des transports, manifestation en dehors du centre… Concrètement, « on est hyper contents de la sécurisation du centre-ville le week-end dernier. Maintenant, on veut rester positif et redonner du pouvoir d’achat aux clients ». Pour retrouver un flux connu jadis, ils demandent notamment à ce que les manifestations se déroulent « en dehors du cœur commerçant de Rennes ». Les commerçants souhaitent également la gratuité des transports en commun toute l’année, ainsi que deux heures de stationnement gratuites chaque jour dans les parkings du centre-ville. On est combatifs. On a des idées et on est solidaires comme jamais. Un courrier détaillant ce plan d’action a été adressé à la Ville. « On leur laisse 72 heures pour répondre. Si on n’a pas de nouvelles, nous irons directement devant la mairie ou la préfecture », assure Sophie Keriel Regnard. Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.