Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Nucléaire : passe d'armes entre Marine Le Pen et le gouvernement sur les négociations avec Bruxelles pour les EPR2 d'EDF

Les Échos · 27/10/2026 · ← revue

Ce contenu est hébergé sur X

Pour des raisons de confidentialité, il reste masqué tant que vous n’avez pas accepté les cookies de ce partenaire. Acceptez-les pour y accéder.

Par Amélie Laurin

L'épineux dossier du financement des six réacteurs EPR2 prend un tour politique. Les « exigences de la Commission européenne sont inacceptables », a déclaré lundi soir sur X Marine Le Pen, en retweetant un article de « La Lettre » sur les contreparties demandées par la Commission européenne à la France pour valider les aides publiques aux futurs réacteurs de grande puissance d'EDF. Le nouveau « chantier du siècle » pourrait coûter à l'électricien public et aux finances publiques 153 milliards d'euros au total, avec l'inflation et les frais financiers, selon le projet de budget de l'Etat pour 2027. « Bruxelles n'a rien à dicter à la France, en particulier sur l'électricité. Notre pays sera souverain sur les choix présents et les investissements d'avenir concernant notre production électrique », estime la candidate du RN à l'élection présidentielle. Marine Le Pen n'est pas la seule à monter au front. D'autres politiques ont critiqué également le dossier. La riposte du gouvernement ne s'est pas fait attendre. « Ce que vous dites est faux et masque mal votre détestation obsessionnelle de l'UE, a répondu mardi Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre de l'Energie, à Marine Le Pen. « Il n'y aura ni nouvel Arenh ni imposition par la Commission de nouvelles interconnexions », assure-t-elle sur X. L'Arehn désigne le système, qui s'est éteint fin 2025, qui obligeait EDF à vendre à prix cassé une partie de sa production nucléaire pendant quinze ans. Les interconnexions sont les autoroutes électriques transfrontalières qui permettent aux pays voisins d'importer ou exporter de l'électricité selon leurs besoins. Selon « La Lettre », Bruxelles « réclame davantage d'interconnexions avec les voisins de la France », en particulier l'Espagne, « et des gages concernant la vente d'une partie de la production de ces nouveaux réacteurs à des acteurs tiers ». Des contreparties sont en effet demandées à Paris pour valider l'aide publique aux EPR2, qui comprend un prêt de la Caisse des dépôts garanti par l'Etat pouvant atteindre 60 milliards d'euros, et un « contrat pour différence » (CFD) qui garantirait à EDF un prix de vente de 100 euros le MWh durant quarante ans pour la production des EPR2, dont la mise en service doit s'étaler sur l'ensemble de la décennie 2040. Selon plusieurs sources, ces sujets sont bien sur la table des discussions, mais les interprétations divergent sur l'ampleur des «remèdes» demandés pour préserver la concurrence face au poids dominant d'EDF. Le dossier est d'autant plus complexe qu'il s'agit de la plus grosse aide d'Etat à ce jour en Europe, et qu'elle renforcerait la position du premier producteur européen d'électricité du continent. « Les discussions portent sur la manière dont EDF commercialisera son électricité jusqu'en 2100 et sur comment la France s'intégrera à cet horizon dans le marché européen, y compris grâce à des interconnexions, un sujet auquel tient la Commission européenne », confirme le ministère de l'Energie. « Mais il n'y a pas de chantage exercé par Bruxelles sur la France et notre électricité ne sera pas bradée, assure le cabinet de Maud Bregeon. Les discussions se passent bien et il faut garder le cap : notre souveraineté énergétique. » Pour autant, le temps presse et un accord politique est désormais nécessaire entre Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen, comme sur l'automobile récemment, estiment des sources concordantes. Paris souhaite que les négociations entamées l'an dernier avec Bruxelles aboutissent d'ici à la fin de l'année pour qu'EDF, qui ne fait pas de commentaires, puisse prendre la décision formelle de construire les EPR2. Et honorer ainsi la promesse du président de la République de relancer le nucléaire civil avant son départ de l'Elysée, au printemps prochain. « La Commission est légitime pour s'intéresser à nos objectifs d'interconnexion », estime ainsi le ministère de l'Energie, sans se prononcer sur le cas espagnol. Dans son plan pour les réseaux électriques publié fin 2025, l'exécutif européen cite toutefois huit autoroutes énergétiques prioritaires sur le continent, et en premier lieu la construction de deux interconnexions transpyrénéennes. Avec un objectif de 8 GW de liaisons entre la France et l'Espagne, d'ici à 2040, contre 2,5 GW aujourd'hui, et 5 GW en 2028 avec l'apport de la liaison en construction dans le golfe de Gascogne. « Il n'est pas impossible que les autorités françaises cèdent, mais avec des financements européens pour le renforcement du réseau côté français [nécessaire pour absorber un afflux d'électrons solaires espagnols, NDLR] et il faut que les Espagnols reconnaissent la neutralité technologique » du nucléaire, explique une source proche du dossier. Il faut aussi convaincre l'Espagnole Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission européenne, de la place de l'atome parmi les énergies vertes, alors qu'elle avait obtenu, il y a quelques années l'arrêt progressif des réacteurs de son pays. Emmanuel Macron a tendu la main à l'Espagne lors de sa visite d'Etat à Madrid, fin septembre. « On a des modèles très différents, mais on a besoin, si on veut réussir, de deux choses, a-t-il déclaré sur place. La première, c'est la neutralité technologique et la deuxième, c'est l'interconnexion électrique. » Avant d'ajouter : « Il est clair qu'on doit continuer l'interconnexion électrique transpyrénéenne. » L'autre volet crucial des discussions avec la Commission sur les EPR2 porte sur les modalités de commercialisation de l'électricité. Dans le sillage des récents accords sur le financement des réacteurs tchèques et polonais, qui prévoient un partage à 70/30 entre l'électricité vendue sur les marchés et via des contrats de gré à gré, Paris comme Bruxelles souhaitent un équilibre entre les deux systèmes. Mais avec des objectifs différents. D'un côté, la Commission propose qu'une part de la production des EPR2 soit vendue à un prix inférieur aux 100 euros le MWh du CFD, pour aider les fournisseurs d'électricité concurrents d'EDF, indiquent plusieurs sources. Avec un modèle calqué non pas sur l'Arenh mais sur l'accord de début d'année sur l'hydroélectricité qui prévoit un système d'enchères sur une partie de la production hydraulique d'EDF. De son côté, Paris souhaite sécuriser des contrats de long terme, comme l'avait dévoilé le ministère de l'Energie cet été. Cela donnerait de la visibilité au producteur sur un volume vendu à l'avance qui sécuriserait ses revenus futurs. Et à certains consommateurs sur un prix qui les mettrait à l'abri des fluctuations de la Bourse de l'électricité. Ces contrats pourraient être proposés à des grands industriels et aux pays voisins, en particulier la Belgique et l'Italie, sur le modèle déjà adopté lors de la construction des centrales historiques, dans les années 1970 et 1980, pointe une source.

Amélie Laurin