Revue de presse

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Présidentielle 2027. Les Français sont-ils en phase avec les propositions des candidats sur la laïcité ?

Ouest-France · 27/10/2026 · ← revue

Interdiction du port du voile ou de la kippa dans l’espace public, abolition de l’interdiction de l’abaya au collège et au lycée… Ils ont multiplié les promesses depuis l’été. Mais les Français sont-ils en phase avec la vision des candidats à l’élection présidentielle en matière de laïcité ? À six mois du scrutin, l’enquête réalisée début septembre par l’Ifop pour Marianne révèle que la plupart des 10 000 personnes interrogées défendent des mesures restrictives, en contradiction même, parfois, avec les états-majors des partis politiques qu’ils soutiennent. Cette étude fait, malgré tout, apparaître une fracture générationnelle et politique très nette sur la question des signes religieux. Les 18-25 ans se déclarent, pour leur part, opposés aux postures de fermeté.

Pour ou contre le voile dans la rue ?

Une majorité de Français dit rejeter le port du voile dans la rue (53 %), alors que 62 % des moins de 25 ans l’approuvent au contraire. Ce rejet continue toutefois à décliner. Il a perdu dix points depuis 2010. Et il varie en fonction de l’affiliation politique des personnes interrogées. Il est massif auprès de celles déclarant vouloir voter Éric Zemmour (88 %), Marine Le Pen (81 %) ou Bruno Retailleau (75 %). L’avis est plus partagé chez les soutiens d’Edouard Philippe (56 %), Gabriel Attal (51 %) et Raphaël Glucksmann (47 %). Il est minoritaire chez les sympathisants de Marine Tondelier (21 %) ou de Jean-Luc Mélenchon (LFI). Parmi les électeurs ayant l’intention de voter pour le candidat insoumis, 62 % ne s’opposent pas au port du voile dans la rue.

Une majorité (75 %) se prononce également contre la levée de l’interdiction de l’abaya à l’école promise par La France insoumise. Ils sont aussi nombreux à se prononcer en faveur de l’interdiction du voile pour les filles de moins de 15 ans (72 %), proposition portée par Gabriel Attal. Enfin, 75 % disent soutenir l’interdiction du port de signes religieux ostensibles en compétition sportive défendue par Bruno Retailleau. La défense du principe d’une école publique laïque recueille, elle, un large consensus (90 %).

Au total, 60 % des sondés disent également soutenir la promesse de Marine Le Pen d’organiser un référendum sur l’interdiction du voile islamique aux femmes de tout âge dans l’espace public. Quant à l’interdiction de la kippa dans la rue, la mesure prônée par Éric Zemmour recueille 58 % de soutien.

Des opinions en phase avec les partis ?

C’est un autre enseignement inattendu de l’étude. L’interdiction des organisations rattachées aux Frères musulmans (80 %) et la création d’un délit d’entrisme islamiste (74 %) recueillent une adhésion massive, y compris chez les sympathisants des partis dont les députés ont voté contre l’adoption de la résolution européenne discutée à l’Assemblée en janvier 2026 : 81 % au PS, 85 % au PCF, 80 % chez les Écologistes. De même, un musulman sur deux (48 %), ainsi qu’une majorité des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (56 %) souhaitent l’interdiction des organisations intégristes affiliées aux Frères musulmans souligne l’Ifop. Si près de la moitié des musulmans (48 %) disent approuver une telle interdiction, ils s’opposent en revanche au délit d’entrisme (35 % seulement l’approuvent) et à l’interdiction des financements (30 %).

Jean-Luc Mélenchon a reconnu en septembre 2026 avoir changé d’avis sur la question du port du voile islamique qu’il qualifiait auparavant de signe de soumission patriarcale. Si le leader de La France insoumise reste toujours perçu comme un danger pour la laïcité s’il accédait au pouvoir par 43 % des sondés, loin devant Marine Le Pen (35 %), ce virage politique pourrait s’avérer profitable à son mouvement à l’avenir. L’étude souligne que 54 % des jeunes et 57 % des musulmans rejettent aujourd’hui les interdictions », liées au port de signes distinctifs dans l’espace public, « y compris celle de l’abaya à l’école.

Philippe Portier avance une explication : « La laïcité est de plus en plus investie de la mission de préserver les valeurs de la République et d’enrayer les entreprises communautaristes »,souligne le politologue, spécialiste des religions, à l’occasion des 120 ans de la loi du 9 décembre 1905. Or, note-t-il, une grande partie de la population musulmane, les jeunes tout particulièrement, s’inquiète de cet usage qu’elle juge discriminatoire »,d’un régime de régulation des cultes, qu’elle estime pourtant légitime dans son principe.

Qui soutient le port du voile dans l’espace public ?

Depuis 2012, l’acceptation du port du voile dans l’espace public a triplé, passant de 7 à 22 % et elle est plus élevée chez les jeunes filles (62 %) que chez les garçons (52 %). C’est aussi, souligne l’Ifop, parmi les personnes les plus féministes que le soutien est le plus fort : 47 % contre 14 % chez les non-féministes. Il est aussi largement accepté par les personnes se déclarant lesbiennes (40 %), bisexuelles (58 %) ou se situant à l’extrême gauche (62 %). Ce qui fait dire à François Kraus, directeur adjoint du département Ifop Opinion que la présidentielle 2027 pourrait être la dernière gagnée sur des enjeux de laïcité de combat. Les suivantes se joueront probablement sur la capacité à redéfinir, pour une France archipélisée, ce que le mot laïcité veut dire.