Présidentielle 2027 : la droite et l’extrême droite réclament que les dates soient changées, mais est-ce possible ?
Depuis les manifestations du 17 octobre 2026, en marge desquelles des violences et des pillages ont éclaté, des voix s’élèvent à droite et à l’extrême droite pour réclamer un changement des dates de la présidentielle. Comme le révélait Ouest-France le 30 juin, le premier tour se tiendra dimanche 18 avril 2027, le second le dimanche 2 mai. Certains responsables politiques pointent notamment le risque de débordements lors des défilés du 1er-Mai, alors que le second tour de l’élection est fixé le lendemain. Voici trois questions pour y voir plus clair.
1. Pourquoi les dates de l’élection font-elles débat ?
Dès l’officialisation des dates du scrutin présidentiel, la date du second tour avait généré une levée de boucliers à droite et à l’extrême droite. « Qu’on ne me fasse pas croire que dans ces cortèges et les prises de position du 1er-Mai, il n’y aura aucun écho politique », avait dénoncé le sénateur et candidat LR Bruno Retailleau. Un constat partagé par le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu. « Il s’agit d’une manœuvre pour voir, le 1er-Mai, les opposants de notre parti défiler bras dessus bras dessous contre notre candidate », avait-il fustigé.
Après les violences du 17 octobre, Bruno Retailleau est revenu à la charge en réclamant au gouvernement de changer le calendrier électoral. « L’expression de la démocratie mérite du calme, mérite de la sérénité », a-t-il insisté sur BFMTV le 20 octobre. Il a dit craindre des « exactions » et a refusé de voir dans cette date un « hasard », accusant le président Emmanuel Macron de vouloir privilégier ainsi la gauche.
Côté RN, Louis Aliot a lui aussi plaidé pour avancer le scrutin. « La neutralité et la sérénité qui doivent prévaloir avant le vote du dimanche seront nécessairement rompues par la tenue partout en France de manifestations du 1er-Mai, dont on sait qu’elles sont l’apanage de la CGT et de toutes les organisations syndicales et militantes de gauche », a-t-il défendu sur BFMTV le 25 octobre.
Un participant à la réunion des partis à Matignon jeudi dernier a aussi confié à l’Agence France-Presse (AFP) que plusieurs personnes présentes ont évoqué la question auprès du Premier ministre. Elles auraient souligné, selon lui, « que la date du 2 mai n’était pas celle que nous avions exprimée » lors de concertations préalables. « À partir du moment où une partie de la classe politique considère que ça peut pourrir le deuxième tour, peut-être pourrait-on l’écouter », s’interroge également une parlementaire du bloc central auprès de l’AFP.
2. Que répond le gouvernement ?
En vertu de la Constitution française, le scrutin ne peut se faire qu’entre le 35e et le 20e jour précédant l’expiration des pouvoirs du président en exercice. Soit entre le 9 et le 24 avril 2027 pour le premier tour, le second mandat d’Emmanuel Macron prenant fin le 14 mai.
Deux options étaient donc sur la table du gouvernement : les 11 et 25 avril ou les 18 avril et 2 mai. La deuxième a été retenue pour tenir compte des vacances scolaires, qui s’étalent du 3 avril au 2 mai selon les différentes zones. L’option retenue permet que le second tour se tienne un dimanche où deux zones sur trois ne seront plus en congés et où « la troisième reviendra de vacances », avait justifié un proche d’Emmanuel Macron. Il avait aussi laissé entendre qu’elle permettait d’« espérer le plus de participation ».
Quant au risque de débordements, à l’instar de ce qui s’est passé le 17 octobre, un proche du chef de l’État assure que le sujet n’a pas été évoqué par Emmanuel Macron. « Le problème du 17 octobre était lié au manque d’anticipation, le 1er-Mai, la mobilisation sera forcément anticipée », assure-t-il à l’AFP.
Le code électoral prévoit également que la campagne se mette en veille à partir du vendredi précédant le vote à minuit. Propagande officielle, réunion électorale, distribution de tracts, sondage ou encore entretien de candidat dans les médias sont strictement interdits. Cette règle ne semble pas incompatible avec les défilés du 1er-Mai pour le gouvernement. Maud Bregeon avait affirmé que « les règles seront les mêmes qu’à l’habitude » et avait appelé à « faire confiance aux Français ».
3. Est-il possible de modifier ces dates ?
La loi prévoit que le « décret de convocation » des électeurs soit publié au plus tard dix semaines avant la date du scrutin, soit le 31 janvier si le gouvernement voulait finalement choisir les 11 et 25 avril. « Aujourd’hui, il n’y a pas eu de décret paru. Donc il n’y a pas de problème à décaler les dates du scrutin à ce stade », relève le constitutionnaliste Benjamin Morel auprès du Parisien .
En revanche, décaler les dates de l’élection une fois ce fameux décret paru est-il possible en cas de risque à l’ordre public ? La question est juridiquement épineuse. Le gouvernement « se trouverait en contradiction avec la loi du 2 novembre 1962 qui impose que ce décret intervienne au moins dix semaines avant le premier tour. Le Conseil constitutionnel n’ayant jamais eu à contrôler un décret de convocation des électeurs pour ce motif, la solution du juge demeure incertaine », souligne Robin Delcourt, doctorant à l’Université Paris Panthéon Assas, sur le Club des juristes.
« Cette modification du calendrier électoral ne serait donc possible que dans le cas où, conformément à la jurisprudence du Conseil d’État, surviendraient des circonstances “de nature, notamment, à entraver le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, à compromettre de manière immédiate la santé de la population ou son accès aux services essentiels, ou à porter atteinte à l’ordre public, dans des conditions d’une particulière gravité”. » Un scénario qui semble, aux yeux du juriste, « improbable ».