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Plus gros fabricant d'obus français, Les Forges de Tarbes en redressement judiciaire

Les Échos · 27/10/2026 · ← revue

Principal fabricant français de corps d'obus des canons Caesar, Les Forges de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, viennent d'être placées en redressement judiciaire. Elles appartiennent au groupe Europlasma en difficulté, qui cherche un repreneur pour le métallurgiste Valdunes et dont La Fonderie de Bretagne est mise en liquidation. Il a déposé le bilan de cette PME de 63 salariés dont l'activité est stratégique car les canons Caesar sont utilisés par l'Ukraine contre la Russie. Les Forges de Tarbes produisent les corps creux de 155 millimètres de diamètre utilisés par KNDS pour fabriquer les obus. Europlasma avait annoncé en avril sa volonté de céder ses activités de défense et être en discussion avec un industriel français. Le rachat n'a pas eu lieu mais les acteurs du dossier restent optimistes. « On a déjà trois ou quatre candidats pour la reprise », a assuré Pascal Gilbert, directeur général des Forges de Tarbes, à « La Dépêche du Midi » : « C'est pour cela qu'on sollicite ce placement en redressement judiciaire, puis l'ouverture d'un appel d'offres public pour que les repreneurs se positionnent. » Deux industriels européens et un régional seraient intéressés. L'entreprise tarbaise n'a qu'un client et souffre des variations de charges. « Ça désorganise tout le plan industriel quand vous passez de 6 à 20 millions d'euros d'activités (par an) pour retomber à 14 millions », a déploré Pascal Gilbert.

30.000 corps d'obus par an

Le dépôt de bilan d'une entreprise d'armement est paradoxal au moment où les conflits se multiplient. Les commandes ont augmenté depuis la guerre en Ukraine mais restent insuffisantes. L'entreprise produit 30.000 corps d'obus par an actuellement alors que son point d'équilibre est de 60.000 et elle devrait retomber à 20.000 en 2027 et 10.000 en 2028. « Il faut redonner confiance à KNDS pour qu'il fournisse du travail, dit Olivier Comet, secrétaire général de fédération de la métallurgie CFDT des Hautes-Pyrénées. Nous voulons un repreneur industriel qui relance la machine, pas un financier comme Europlasma. Le savoir-faire est là et l'entreprise peut être rentable en l'état. » La gestion par Europlasma n'est pas exempte de reproches. Le groupe a repris en 2021 Les Forges de Tarbes qui n'employaient plus que 20 salariés après la fermeture de l'arsenal de Tarbes (ex-Giat). Il promettait de moderniser l'usine vieillissante pour diversifier la production mais le personnel n'a rien vu venir. Plus grave, la Direction générale de l'armement (DGA) a fait un signalement au procureur de Tarbes pour « des décisions de gestion récentes de l'entreprise qui semblent avoir précipité la dégradation rapide » de sa situation financière. Europlasma a vendu les murs de l'usine pour plus de 2 millions d'euros mais n'aurait pas versé la somme dans les comptes des Forges de Tarbes. La préfecture a aussi ordonné en octobre à l'entreprise de mettre en conformité des équipements des presses à forger d'ici à la fin de l'année, sous peine d'arrêter l'usine.

Laurent Marcaillou (Correspondant à Toulouse)