La délinquance explose-t-elle vraiment autour de Rennes ? Ces chiffres qui tordent le cou aux idées reçues [Interactif]
Trois communes de Rennes Métropole qui s’allient pour créer une police municipale. Deux autres qui envisagent de doter les agents d’armes létales. Et d’autres, encore, qui affichent la volonté de continuer d’étendre leur réseau de vidéoprotection. Pour justifier ces efforts, les élus locaux pointent souvent une inquiétude de leurs administrés autour de la montée de la délinquance qui suivrait la même pente que Rennes. Mais que disent vraiment les chiffres ? Ils montrent que cette idée est en bonne partie fausse. Même si le tableau n’est pas tout rose et qu’il doit être apprécié avec beaucoup de prudence, eu égard à de nombreux biais.
Une hausse de la délinquance en dehors de Rennes mais…
En 2025, Rennes avait un taux de délinquance par habitant 2,3 fois supérieur à celui du reste de la Métropole, selon les chiffres du service statistique ministériel de la Sécurité intérieure. Toutefois, en dix ans, la délinquance rapportée à la population a progressé de 40 %, hors Rennes (qui affiche, elle, une hausse de « seulement » 10 %). Cela ne veut pas dire que la périphérie est devenue plus dangereuse que la ville-centre, mais qu’elle la rattrape en termes de dynamique d’insécurité. La densité des infractions demeure bien supérieure dans la capitale bretonne. Et elle ne concerne pas les mêmes nuisances : ces données globales agrègent entre eux des faits très différents, dont la gravité est fortement variable.
Cette rapide augmentation en périphérie concerne notamment les cambriolages (+ 117 %), les vols de véhicules (+ 108 %) et les violences physiques hors cadre familial (+ 66 %). À Rennes, la drogue contribue fortement à la hausse des chiffres de la délinquance, mais c’est loin d’être le cas chez ses voisines. Rennes concentre également l’essentiel des vols violents : 460 vols violents sans arme en 2025 contre 10 recensés dans les autres communes.
Des types d’infraction différents à Rennes
La tendance est également tirée vers le haut par les petites villes. La délinquance y est faible de base, et un nombre limité d’actes malveillants peut vite donner l’impression d’une inexplicable déferlante si on le rapporte en pourcentage. Un exemple : dans la Métropole hors Rennes, la catégorie ayant le plus progressé est celle des violences sexuelles : + 357 %. Derrière cette apparente flambée, on passe en réalité de 58 faits en 2016 à 265 en 2025.
En deuxième position viennent les violences physiques intrafamiliales, puis les cambriolages. L’usage de stupéfiants progresse de 99 % (de 221 à 440 mis en cause).
La typologie de la délinquance varie également. Toujours en périphérie, Thorigné-Fouillard et Cesson-Sévigné sont les plus exposées aux cambriolages. Bruz se distingue par la part la plus élevée d’infractions à la réglementation sur les stupéfiants. Chantepie et Saint-Jacques-de-la-Lande présentent les taux les plus élevés de dégradations volontaires. Cette dernière ville possède également l’un des taux de violences intrafamiliales les plus forts.
Attention aux biais des chiffres de la délinquance
Toutefois, ces chiffres comportent d’importants biais. Le très fort accroissement des violences intrafamiliales et sexuelles trouve en partie sa source dans la libération de la parole et une sensibilisation accrue. Surtout dans des territoires où elles étaient historiquement sous-déclarées. Idem avec la consommation de stupéfiants. Une hausse témoigne plus de l’activité des services de police que d’une augmentation réelle du trafic ou de la consommation.
Enfin, les données du SSMSI ne sont publiées que pour les communes ayant enregistré plus de 5 faits pendant trois années successives. Elles ne sont donc pas comptabilisées.
Le niveau de la délinquance dans la périphérie peut donc être légèrement sous-estimé. Par ailleurs, le « nombre de faits » additionne des indicateurs divers : les victimes (violences), les infractions (cambriolages, dégradations), les véhicules volés et les mis en cause (pour les stupéfiants). Les escroqueries, dont beaucoup sont commises par Internet, sont comptabilisées sur le lieu de résidence de la victime, ce qui déplace mécaniquement certains faits vers les communes résidentielles alors que le coupable peut se trouver à l’autre bout du monde.
Néanmoins, même si on retirait quatre indicateurs sujets à discussion (les violences sexuelles, les violences intrafamiliales, l’usage de stupéfiants et les escroqueries), la délinquance progresserait toujours de 16 % en périphérie sur cette période.