Revue de presse

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« On a dû intervenir à deux ou trois contre 200 personnes » : à Saint-Grégoire, immersion avec ces policiers municipaux

Le Télégramme · 26/10/2026 · ← revue

- « On est beaucoup plus entraîné »

Partisans et opposants s’affrontent actuellement sur le projet de loi de présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre en cas de tir, texte qui ne concerne pas les policiers municipaux. En France, 62 % des policiers municipaux sont pourtant équipés d’une arme à feu -des Glock semi-automatiques à Saint-Grégoire. « En 32 ans de métier, je n’ai sorti mon arme qu’une seule fois, et c’était dans une cité du 93 », relate Cyrille, chef de service de la police municipale grégorienne. « On est beaucoup plus entraîné qu’un policier national ou un gendarme. On peut tirer 5 fois 50 cartouches par an au stand contre une fois par an dans la nationale. »

- Qui filme les gardiens ?

La policière Mélissa apprécie la caméra piéton qui facilite les interventions. « Ça change le comportement des gens. » Mais les policiers aussi sont filmés, de plus en plus, par des particuliers. « Une fois, on a dû intervenir à deux ou trois contre 200 personnes lors d’un rodéo sauvage. Ils nous ont filmés et diffusé les vidéos sur TikTok. » En septembre, les enregistrements audio d’une caméra piéton ont révélé des propos racistes et misogynes tenus par des policiers municipaux de Carcassonne. Quatre fonctionnaires ont été suspendus. Le parquet a ouvert une enquête. « Tout le monde prend à cause d’une minorité », estime Mélissa. « Ce qui s’est passé là-bas est inadmissible, contraire à la déontologie », abonde Cyrille. « Ça nous a fait du mal. Ces affaires sont l’occasion de purger les mauvais éléments de la police. »

- « La population nous aime bien »

Les policiers de Saint-Grégoire effectuent une mission pédestre et un point de contrôle minimum par jour. Les quartiers à surveiller changent quotidiennement. Ils ne manquent pas de passer par le Carrefour à la fermeture, où des vols à la gazeuse ont déjà eu lieu. Vincent (ci-contre) aime « la proximité avec les commerçants ». « Ici, la population nous aime bien. Il n’y a pas de gestes ou de paroles anti-police comme à Rennes. » « On ne va pas se mentir, note Mélissa, à Saint-Grégoire, on est beaucoup en contact avec des cadres et des médecins. Mais il y a aussi des SDF, des personnes âgées en errance avec Alzheimer, des gens du voyage… On est parfois plus des psys et des assistants sociaux que des policiers. »

- « Rangez-vous sur le bas-côté… »

Conduite sans ceinture, phare défectueux, panneaux stop grillés… C’est aussi ça, le quotidien des policiers municipaux. « Les gens sont souvent étonnés lorsqu’ils comprennent qu’on a le droit de verbaliser », sourient-ils. Les bailleurs sociaux et les syndics leur renouvellent chaque année l’autorisation d’intervenir dans leurs immeubles. En revanche, ils ne sont pas habilités à vérifier directement les fichiers d’un véhicule -un rapide coup de fil à leurs collègues de la Police nationale y remédiera. « On fait surtout de la prévention, décrit Mélissa. Après, si la personne nous parle mal, récidive ou est de mauvaise foi, on passe en mode répression. Après tout, si quelqu’un a un feu stop qui ne marche pas, il ne le remarque pas forcément. »

- « On ne fait pas de chiffre »

Tous le reconnaissent : Saint-Grégoire est une ville « qui n’est pas difficile », « sans point de deal », où prévaut surtout « la délinquance itinérante, le vol avec effraction ». Mais « même si c’est très marginal, il faut anticiper ». Certains lieux sont plus criminogènes, comme la zone commerciale qui brasse beaucoup de passage. Selon l’équipe, « depuis cinq ans, on voit une augmentation des cambriolages et des dégradations de véhicules. Saint-Grégoire a suivi l’évolution de la société. La mairie veut que sa police municipale soit un pare-feu ». Il n’y a pas de politique du chiffre en vigueur, affirme Cyrille. « On n’est pas des fous de la verbalisation. »

- « La police municipale à papa, c’est fini ! »

Saint-Grégoire compte six policiers municipaux, un chef de service et un ASVP -un employé communal assermenté. « L’ASVP est souvent un tremplin avant de rejoindre nos rangs, via concours », explique Cyrille. « La police municipale à papa, c’est fini ! On doit passer un concours depuis 1995. Certains pensent que les policiers municipaux sont des recalés de la Police nationale. Faux ! Chaque corporation a son propre concours organisé par centre de gestion, pas par la ville. Sur le terrain, on fait le même travail que la Police nationale. Parmi mes agents, j’ai deux anciens gendarmes et un ex-policier national. En arrivant, ils ont dû repartir en école. On est la filière la plus stricte, la plus encadrée, la plus structurée. On ne prend que les meilleures notes, alors que chez les gardiens de la paix, la note éliminatoire est 7/20. »

- Premiers sur les lieux

Aucun des policiers municipaux ne loge à Saint-Grégoire. « Ce n’est pas bon d’habiter là où on travaille », affirment-ils. Les fonctionnaires grégoriens sont en contact avec les policiers nationaux du commissariat de la Tour-d’Auvergne de Rennes, avec qui ils travaillent au sein d’un partenariat cadré. Mais ces derniers sont plus loin, moins nombreux. Résultat : les municipaux sont souvent les premiers sur les lieux, même quand il s’agit de figer une situation difficile comme un suicide. « Un jour, j’ai eu un appel d’un Lorientais sans nouvelle de sa mère, se souvient Mélissa. Elle était allongée devant sa baignoire depuis trois jours, victime d’un infarctus. Heureusement, elle respirait encore. » « On fait beaucoup d’interventions sur des violences intrafamiliales, ajoute Cyrille. On arrive, on voit la victime, on interpelle l’auteur et on le remet aux Officiers de police judiciaire. »