« Ma seule limite dans l’écriture des blagues, c’est la méchanceté » : Matthieu Nina a écrit son premier spectacle avec la complicité d’un célèbre humoriste breton
« J’ai tellement de projets que parfois j’en oublie que je suis handicapé. » Affirmer que Matthieu Nina ne chôme pas est presque un euphémisme tant le comédien est proactif. En tournée avec son one-man-show « En bas de l’échelle » qu’il joue, chaque dimanche, au Point-Virgule, à Paris, le natif de Tours tient aussi, depuis 2023, un des rôles-titres de « La p’tite débrouille », une pièce de théâtre contemporaine écrite par Franck Le Hen. Au milieu de ces représentations, il trouve même le temps de passer à la télévision belge pour l’organisation Cap48, équivalent du Téléthon en France. Un emploi du temps chargé qui l’amène en Bretagne, en cette fin d’année 2026 : à Rennes (4 novembre), Carhaix (6 novembre), La Gacilly (7 novembre), puis Loudéac (3 décembre).
Si le lien d’affiliation avec la Bretagne n’était pas instinctif pour le Tourangeau, il est déjà passé à plusieurs reprises dans la région, découvrant les spécialités culinaires qu’il a particulièrement affectionnées. C’est aussi un humoriste né en Bretagne, en la personne de Pierre-Emmanuel Barré, qui l’a épaulé pour son premier seul-en-scène : « J’avais envie d’avoir une personne d’expérience pour l’écrire et je suis particulièrement client de son humour noir et piquant qui est aussi le mien, même si je politise moins mes blagues ».
Du hasard et de l’audace
Ce sont des rencontres comme celle-là et parfois un peu de culot qui ont permis à Matthieu Nina de se lancer. Un des tournants qui lui vient en tête est la soirée au cours de laquelle il croise l’artiste Helmut Fritz - connu pour son tube « Ça m’énerve » : « Il a trouvé que j’étais drôle et que je devrais monter sur scène ». Arrivé à Paris, en 2012, il effectue d’abord des stages dans l’audiovisuel : « Je suis passé par "Secret Story" ou encore la boîte de production de Christophe Dechavanne. À l’époque, je prenais des cours de théâtre en amateur avec la mère d’une amie ». Puis viennent un petit rôle dans le film « Arnaud fait son deuxième film » (2015), un autre dans la pièce comique « Derniers Baisers » (2019), des passages sur les scènes ouvertes de stand-up, avant le coup de projecteur : « La France a un incroyable talent ».
En 2024, il atteint la finale de la célèbre émission télévisée, même si, au départ, « j’y ai réfléchi et je n’y serais pas allé de moi-même », confie Matthieu Nina. « J’en avais discuté avec Pierre-Emmanuel et Gus le magicien qui avait fait l’émission (NDLR en 2015) et je me suis laissé convaincre. » Un choix que le comédien ne regrette absolument pas et dont l’exposition lui offre une sérieuse visibilité : « Au début, je n’ai pas vu trop d’impact et c’est lors de la demi-finale et surtout de la finale que j’ai pris conscience du changement : j’ai pris 20 000 abonnés sur les réseaux sociaux en une soirée ».
De l’humour noir sans être blessant
La recette : un humour noir où il ne s’interdit rien et un spectacle dans lequel Matthieu Nina raconte, notamment, sa vie et ses difficultés. Tombé d’une échelle à 10 ans et réanimé à deux reprises par les médecins, il s’amuse de son handicap et pousse les gens à réfléchir. « Dans les salles, le public est composé principalement de personnes valides et je trouve cet humour efficace pour titiller et sensibiliser les gens. Et puis, j’aime ce côté provocateur. C’est plus intéressant que de raconter des banalités. Ma seule limite, c’est la méchanceté. On vient pour rire et non pour être malveillant. »
Un spectacle ouvert au public de 7 à 77 ans - et plus - à charge aux parents de fournir les explications : « Je pense que certains enfants entendent des horreurs bien plus violentes dans la cour de récréation que ce que je raconte sur scène », estime l’humoriste. Le comédien s’étonne presque de ne pas avoir plus de haters - détracteurs - sur les réseaux sociaux « alors que ça apporte de la visibilité », s’amuse-t-il. Des commentaires auxquels il n’accorde d’ailleurs pas d’importance : « Les retours importants, ce sont ceux des personnes qui nous aiment et qui ont vu le spectacle. Les autres ne me touchent pas ».