Revue de presse

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« C'est une machine infernale » : à six mois de la présidentielle, le boom inquiétant des vidéos politiques manipulées sur YouTube

Les Échos · 26/10/2026 · ← revue

Le Point de Rupture, K News, Actu France… Depuis quelques mois, une nouvelle génération de faux médias inonde YouTube avec des milliers de vidéos qui souvent manipulent ou détournent les plateaux politiques des chaînes de télévision. Selon une étude Blue Efficience, que « Les Echos » ont eu la primeur de consulter, une vingtaine de chaînes, dont les créateurs sont pour la plupart anonymes, sont apparues depuis 2025 sur la plateforme de Google. « Il s'agit de pseudo-médias à l'aspect assez artisanal et qui réutilisent massivement des morceaux d'interviews repris ailleurs », analyse Thierry Chevillard, fondateur et directeur général de ce spécialiste de la veille numérique.

180 millions de visionnages

Blue Efficience, qui compte notamment France Télévisions et TF1 comme clients, a comptabilisé plus de 3.600 vidéos problématiques ayant généré 180 millions de visionnages sur deux ans, avec une accélération récente. Très actifs, ces faux médias tirent la quasi-totalité de leurs contenus des chaînes TNT (BFMTV, France Info, LCI, CNews, Public Sénat, etc.). « Ce type de phénomène n'est pas nouveau, le détournement d'images est sans doute aussi ancien que YouTube, mais sa massification a de quoi interpeller, décrypte un connaisseur qui préfère garder l'anonymat. Lorsque l'audience accroche, l'algorithme pousse ces contenus qui ensuite se répandent très vite. C'est une machine infernale. » A six mois de l'élection présidentielle, et alors que des violences et des pillages secouent le pays depuis quelques jours, l'émergence de ces faux médias est d'autant plus inquiétante. « Souvent les montages ou les morceaux choisis aboutissent à une orientation politique du débat ou ils montrent une personnalité qui en démolit une autre », remarque Thierry Chevillard.

Droit d'auteur à protéger

Floutage des logos et bandeaux des chaînes d'origine, ajout de titres racoleurs, images inversées ou montages opportunistes… Les techniques utilisées restent assez artisanales. Mais l'intelligence artificielle prend une part croissante dans la fabrication de ces vidéos. Ainsi, la chaîne Cnateur propose un montage avec, à gauche les images originales retouchées, et à droite une main créée par IA qui dessine et écrit des commentaires. Une autre chaîne (L'info du réel) intègre un commentateur généré par IA. « Ce n'est pas juste l'éditorialisation d'images, estime Thierry Chevillard. Il y a une volonté de retoucher le contenu qui semble contraire au droit d'auteur. » Face à ces pratiques qui flirtent avec le piratage, les chaînes de TV et YouTube sont sur le qui-vive. Mais en tant qu'hébergeur de contenus et pas éditeur, la plateforme américaine n'est pas responsable des contenus publiés. Certes, la filiale de Google peut intervenir directement dans certains cas illicites (usurpation d'identité, contenus à caractère sexuel, désinformation liée à des élections…). Mais elle ne peut pas s'autosaisir sur des questions de droit d'auteur. Charge aux éditeurs, comme tout ayant droit, de demander à YouTube de bloquer un contenu ou faire des demandes de retrait.

Vidéo supprimée

Démonstration : vendredi, YouTube a supprimé en quelques heures une vidéo à contenu problématique tirée d'une interview de Sarah Knafo diffusée à l'origine sur LCI (groupe TF1). Interrogée, la filiale de Bouygues indique qu'« une équipe dédiée à la lutte contre le piratage est chargée d'engager les démarches nécessaires pour faire supprimer les contenus piratés issus de nos antennes ». France TV dispose aussi d'une cellule antipiratage. Sollicité, le groupe public ne fait pas de commentaire. Mais, selon nos informations, il travaille avec les différentes plateformes pour faire supprimer les posts qui posent problème et fait remonter les sujets à Viginum, le service créé en 2021 par l'Etat pour lutter contre les ingérences étrangères et la désinformation. Quant à BFMTV, la chaîne « condamne fermement toute utilisation, reproduction ou manipulation non consentie de ses contenus ». « Des procédures sont déjà en cours » pour protéger ses droits, assure la chaîne. Se disant elle aussi « soucieuse et vigilante » sur la défense de ses contenus, CNews indique agir « contre les sites piratant ou détournant nos contenus » et ce « dès [qu'elle] en a connaissance ».

Fabio Benedetti Valentini