Présidentielle au Brésil : Lula crée la surprise et triomphe, Bolsonaro demande l'annulation du scrutin

Par Thierry Ogier
Des dizaines de milliers d'électeurs de Luiz Inácio Lula da Silva ont pris d'assaut la grande avenue Paulista dès que la nouvelle victoire de l'icône de la gauche brésilienne s'est dessinée dimanche soir. Brandissant un drapeau vert et jaune, Lula est ensuite venu savourer son triomphe au milieu de la foule, le poing levé, sur l'air de l'hymne de l'indépendance du Brésil. Le président sortant a réalisé un véritable exploit. Après avoir été devancé au premier tour par Flavio Bolsonaro, il est parvenu à renverser la vapeur et à remporter le second tour avec près de quatre points d'avance. Autre fait inédit et historique : Lula, qui soufflera ses 81 bougies demain [mardi] a conquis la présidence brésilienne pour la quatrième fois.
Contre l'autoritarisme
Le taux d'abstention, lui, a été le plus faible en 20 ans, fruit d'une intense mobilisation sur les réseaux sociaux. « Au-delà de la chute de l'abstention, Lula a recueilli plus de 11 millions de voix qu'au premier tour », souligne le politologue Creomar de Souza, selon lequel l'électorat a rejeté « l'autoritarisme » incarné par le fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro. Le candidat de l'opposition, quant à lui, s'est refusé à reconnaître sa défaite et a immédiatement appelé à l'annulation du scrutin en raison de la décision d'un juge de la Cour suprême de retarder la fermeture des bureaux de vote de deux heures, en raison de problèmes dans les transports en commun de certaines villes. Toutefois, le Tribunal électoral a officiellement entériné la victoire de Lula dimanche soir.
Panique en bourse
Les marchés financiers, qui avaient tablé sur le favoritisme de Flavio Bolsonaro après sa performance du 4 octobre, ont été pris à contrepieds. Selon les premiers indicateurs sur les marchés à terme, la Bourse de São Paulo devrait chuter de plus de 10 % lundi matin et le real pourrait céder 9 % par rapport au dollar. « Le problème est que l'on s'attendait à un programme de rigueur budgétaire avec un nouveau gouvernement de Flavio Bolsonaro, relève Marcelo Allain, coordinateur de l'Observatoire économique de la Chambre de commerce France Brésil. Et comme Lula envisage uniquement d'améliorer la relation dette/PIB à travers la croissance économique, le déficit public pourrait encore s'aggraver en raison des promesses électorales formulées au cours des dernières semaines ». Reste à savoir si le président réélu va faire preuve de pragmatisme durant son dernier mandat et va infléchir sa politique budgétaire, ou s'il va appliquer des promesses difficiles à tenir.