« Un niveau de crise jamais atteint » : le Samu d’Ille-et-Vilaine au bord de l’implosion après la démission d’urgentistes
Un système à deux doigts de rompre. Depuis le 28 septembre, la régulation libérale du Samu d’Ille-et-Vilaine est aux abonnés absents. Réclamant une hausse du montant de leurs indemnités, les médecins généralistes ont déserté le 15 sans préavis. Résultat : une marée d’appels qui déferle directement sur les seuls urgentistes hospitaliers.
Chaque jour, plus de 2 000 coups de téléphone convergent vers la plate-forme de Rennes, soit une augmentation d’activité de 30 % en un an. Pour filtrer ce flux continu, ils ne sont que quatre ou cinq aux manettes. Parfois moins, quand l’un d’eux doit retirer son casque en pleine garde pour sauter dans une ambulance du Smur. « On gère nos urgences absolues et quand on a un petit répit, on prend des appels de médecine générale. »
« En ce moment, il faut attendre entre deux et six heures pour obtenir un conseil de médecine générale », alerte le Dr Rémy Lucas, urgentiste au Samu 35. Dans les couloirs, l’angoisse monte : « Un motif a priori bénin peut rapidement basculer en urgence vitale. »
30 volontaires sur 1 000 médecins
Pour crier leur épuisement, les urgentistes viennent de démissionner de leurs fonctions d’encadrement. Le diagnostic du Dr Lucas est sans appel : « Nous faisons des journées épuisantes face à un niveau de crise jamais atteint. »
Au cœur de la colère : un profond sentiment d’injustice. Sur les 1 000 généralistes libéraux du département, seule une trentaine accepte encore d’assurer les gardes du 15. Les hospitaliers réclament la dissolution immédiate de l’Adops — l’association chargée d’organiser ces permanences —, la création d’un troisième poste de régulateur 7j/7 et le recrutement en urgence d’assistants de régulation médicale.
Soutenus par l’intersyndicale SNPHARE, qui pointe un « risque majeur d’erreur de régulation », les grévistes exigent que l’ARS et l’Ordre des médecins contraignent la médecine de ville à reprendre sa part du service public. En attendant des réponses fermes des autorités sanitaires, le mouvement est maintenu.