Attaque dans les Yvelines : un mort dans « un attentat terroriste, raciste », des propos d'Emmanuel Macron font polémique

Par Les Echos
Il avait « manifestement » envie de « faire un carnage » et est soupçonné d'avoir voulu s'en prendre à des personnes issues de l'immigration : un homme a tiré en rafale vendredi, vers 10h30, depuis une voiture à Trappes et La Verrière, deux villes de la banlieue parisienne, dans les Yvelines. Une personne a été tuée et cinq autres, dont une enfant, ont été blessées. D'après les informations du « Monde », le tireur présumé aurait « voulu venger les commerçants pillés le 17 octobre. » Le Parquet national antiterroriste (Pnat) s'est rapidement saisi de ces faits et a annoncé avoir ouvert une enquête. Le Pnat indique que la garde à vue du suspect a été prolongée samedi matin après une première audition, et que trois personnes de son entourage, dont sa mère, sont entendues par les enquêteurs. Emmanuel Macron, qui s'est rendu sur place vendredi soir, a parlé du « premier » acte terroriste en raison de la « couleur de peau ou de la religion », malgré des précédents. Des propos qui ont choqué toute la classe politique et déclenché de vives critiques.
Pistolet-mitrailleur et grenades de gaz lacrymogène
Le ministre de l'Intérieur s'est rendu sur place en début d'après-midi, accompagné de la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé. « C'est clairement un crime terroriste, c'est un acte extrêmement grave », a dénoncé Laurent Nuñez. Le suspect, âgé de 39 ans selon une source proche du dossier, a été rapidement interpellé à Coignières, une ville à proximité des lieux des faits, par cinq policiers de la brigade anticriminalité (Bac). Ils « ont, très probablement - l'enquête le confirmera ou pas - interrompu ce périple meurtrier en cours », qui « aura duré un petit quart d'heure », a ajouté le ministre. Il a été arrêté en possession d'un pistolet-mitrailleur, de grenades de gaz lacrymogène et est inscrit dans le fichier du traitement d'antécédents judiciaires (TAJ), mais est inconnu du renseignement territorial, selon une source policière. Le tireur avait piégé son appartement avec trois bouteilles de gaz et des fils électriques. Selon le « Monde », un exemplaire de « Mein Kampf » aurait été retrouvé à son domicile.
« Un attentat à connotation raciste »
Le maire de Trappes, Ali Rabeh, a estimé que la tuerie était « objectivement un attentat, à connotation raciste, probablement islamophobe ». « C'est probablement l'un des premiers, une première tentative de crime de masse à connotation islamophobe et raciste », a déclaré l'édile, appelant à la « concorde républicaine ». « C'est un miracle qu'on n'ait pas davantage de victimes », a ajouté le maire de Trappes. Nicolas Dainville, maire de La Verrière, a indiqué qu'une fille de 12 ans avait été grièvement blessée par huit impacts de balle. D'abord décrite comme dans un état « stabilisée », elle serait « en urgence absolue », d'après les dernières informations du parquet national antiterroriste. Le maire de La Verrière a ajouté que deux hommes de ménage, « de type africain », avaient été blessés alors qu'ils nettoyaient une école par le suspect, qui serait « sorti de son véhicule pour tirer ». Selon « L'Equipe », l'homme tué au cours de l'attaque s'appelle Pengo Bossio Wangi, un jeune Français de 26 ans amoureux de MMA (arts martiaux mixtes), dont il était un combattant amateur de niveau régional.
Les propos d'Emmanuel Macron choquent
Face à l'émotion de ce qu'il a qualifié « d'attentat terroriste, raciste », le président de la République s'est rendu vendredi soir sur place. « C'est un tournant parce que c'est la première fois qu'il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu'on leur donne », a déclaré Emmanuel Macron. Des propos qui ont aussitôt été condamnés par la classe politique et par des associations. « Contrairement à ce que vous déclarez, ce n'est pas 'la première fois' que des Français sont visés et tués, dans le cadre d'une opération terroriste planifiée, 'en raison de leur couleur de peau ou de leur religion' », a lancé sur X Jordan Bardella, rappelant les précédents des 15 dernières années. « Cette déclaration du président de la République est factuellement fausse donc politiquement problématique », a abondé le député PS de l'Essonne Jérôme Guedj. Remontant jusqu'à la rue des Rosiers en 1982, le député européen et membre LR François-Xavier Bellamy appelle Emmanuel Macron à ne pas, « pour faire croire qu'elle est un tournant », mentionnant également l'attentat contre Charlie Hebdo et le meurtre de Samuel Paty. Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi, s'est lui aussi ému de la déclaration d'Emmanuel Macron. Dans la soirée, l'Elysée a réagi à la polémique qui enflait en expliquant que « le chef de l'Etat parl(ait) bien évidemment du premier attentat raciste sur le fondement de la couleur de peau commis dans notre pays, ainsi qu'il l'a précisé au début de son intervention ».