Présidentielle 2027 : au congrès du RN, Marine Le Pen veut mettre en scène son alliance avec l'UDR d'Eric Ciotti

Par Anne Feitz
Montrer qu'elle n'est pas seule dans la quête du pouvoir. Ce dimanche, à Orléans, Marine Le Pen ne laissera pas seulement le micro à Jordan Bardella, qui devrait avoir été réélu la veille à la présidence du Rassemblement national - et qu'elle a désigné comme son Premier ministre si elle est élue. Pour la première fois, l'allié Eric Ciotti aura aussi sa place à la tribune du grand meeting qui doit lancer en grande pompe sa campagne présidentielle. « Marine Le Pen veut montrer qu'elle n'est pas seulement la candidate d'un parti », explique un proche de la candidate.
Une passerelle idéale
En proposant à l'ex-président des Républicains, qui a créé son propre parti (l'UDR) pour s'allier au RN en 2024, d'ouvrir son meeting d'Orléans, la candidate entend mettre en scène cette alliance et envoyer un message aux électeurs de la droite traditionnelle, sensibles au discours du RN sur l'immigration, l'ordre ou la sécurité, mais encore réticents à franchir le pas du vote RN. Un électorat pour qui l'UDR serait une passerelle idéale. « La surface électorale de l'UDR n'est pas gigantesque pour l'instant, mais Eric Ciotti a ramené un certain nombre de cadres et de députés [ils sont 17 aujourd'hui, NDLR] », relève Gilles Ivaldi, chercheur au Cevipof. « Héraut de l'union des droites, il peut aussi constituer un atout majeur pour l'après-présidentielle : avec l'éventualité d'une victoire de Marine Le Pen, il pourrait y avoir pas mal d'incitations à quitter le navire des Républicains. » L'appel d'Eric Ciotti, ce mercredi, aux candidats Bruno Retailleau (LR) et David Lisnard (Nouvelle Energie) d'abandonner « leurs candidatures de témoignage » pour rallier Marine Le Pen, « la seule qui peut gagner à droite », n'en est que le dernier exemple - même s'il reste pour l'instant lettre morte.
Donner des gages sur le plan économique
De quoi conforter le rôle de l'UDR dans la campagne, même si Marine Le Pen, qui se dit « ni de droite ni de gauche », s'est toujours refusée à parler d'union des droites. En attendant la nomination d'un porte-parole de campagne issu de l'UDR, la candidate a déjà désigné deux parlementaires de la formation d'Eric Ciotti comme « référents » sur des sujets identifiés (Laurent Castillo sur la santé et Maxime Michelet sur l'éducation). VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ? Marine Le Pen a aussi donné quelques gages sur le plan économique, alors que la vision de l'UDR sur le sujet est beaucoup plus libérale que la sienne. « Elle a annoncé une règle d'or, introduit une dose de capitalisation » dans sa réforme des retraites [qui prévoit un retour à un âge légal de départ à 60 ou 62 ans], évoqué la baisse du nombre de fonctionnaires. Autant d'inflexions dont nous nous réjouissons », souffle un député UDR. L'autre alliée en puissance du RN, Marion Maréchal, assistera, elle, au meeting de sa tante en spectatrice. Si la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, qui avait rejoint Eric Zemmour en 2022, dit désormais vouloir « jeter toutes ses forces dans la bataille pour que Marine Le Pen l'emporte », elle n'a pas tout à fait le même statut qu'Eric Ciotti. « Lui a un vrai parti, indépendant et structuré, tandis que Marion Maréchal ne représente aux yeux des Français qu'une tendance du RN », fait valoir un élu UDR. Marion Maréchal nous apporte les électeurs plus conservateurs, catholiques, traditionalistes
Un mariniste
Elargissant, elle aussi, le spectre électoral du RN en prônant l'union des droites, Marion Maréchal « aura un rôle dans la campagne », assure un mariniste. « Sans même parler du lien familial, qui est indéniable, elle nous apporte les électeurs plus conservateurs, catholiques, traditionalistes », poursuit le même.
Exposition anti-avortement
Et ce, même si sa défection de 2022 ou ses positions radicales sur les sujets de société heurtent certains au sein du parti à la flamme. A commencer par Jordan Bardella qui la voit comme une rivale et a encore sévèrement taclé ces derniers jours sa déclaration légitimant l'autodéfense, face aux violences du 17 octobre. La présence de l'eurodéputée à une exposition anti-avortement organisée par son groupe au Parlement européen a également été diversement appréciée. « Peu importe, ce n'est pas elle qui donnera le la sur ces sujets », tranche un proche de Marine Le Pen. Il faudra toutefois attendre encore un peu pour connaître le rôle qui sera réservé à la nièce de la candidate.