Vincent Caure, président de la commission d'enquête sur les émeutes : «Il ne s’agit pas d’installer un tribunal médiatico-politique»

Vincent Caure, président de la commission d'enquête sur les émeutes : «Il ne s’agit pas d’installer un tribunal médiatico-politique» ENTRETIEN - L’élu Renaissance annonce au Figaro que l’une des premières auditions sera celle du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.
Vincent Caure est député Renaissance et président de la commission d’enquête sur les violences urbaines commises en marge des manifestations du 17 octobre. LE FIGARO. - Après les émeutes du 17 octobre, pourquoi fallait-il une commission d’enquête parlementaire ? Vincent CAURE. - Les Français ont le droit à la vérité, ils ont le droit de savoir ce qui s’est passé. Depuis quelques jours, nous sommes tous sidérés. Nous devons désormais sortir du commentaire à chaud. Nous avons atteint le week-end dernier un point de bascule : plus de 1000 policiers et gendarmes blessés, 1400 interpellations, plus de 3000 commerces ont été pillés ou vandalisés, des jeunes manifestants ont été gravement atteints, des bâtiments publics ont été attaqués, la mairie de Limoges a brûlé… Quand l’autorité de l’État est bafouée, la représentation nationale ne peut pas rester simple spectatrice. Yaël Braun-Pivet a proposé dès dimanche qu’une commission d’enquête soit créée et l’ensemble des groupes, à l’unanimité, a acté mardi son lancement. C’est déjà un premier acte de responsabilité politique. Notre rôle va désormais être de faire la transparence sur les faits et de voir comment nous pouvons assurer le retour à l’ordre républicain. Il ne va pas s’agir de refaire le match et d’installer un tribunal médiatico-politique. Nous allons remonter le fil des événements, y compris ceux qui ont précédé : le mouvement lycéen, la mobilisation de samedi et les émeutes. Qu’est-ce qui a dysfonctionné dans la production de renseignements, dans la doctrine de maintien de l’ordre ? Comment peut-on encore manifester paisiblement dans notre pays ? Le ministre de l’Intérieur a reconnu avoir « perdu le contrôle ». Allez-vous l’auditionner ? Le premier ministre pourrait-il être entendu aussi ? Qui d’autre pourrait être interrogé par les députés ? Aucune convocation n’a encore été envoyée. Il apparaît clairement que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, fera partie des premiers auditionnés parmi les autorités politiques. Sa déclaration traduit un moment exceptionnel : quand l’État dit avoir « perdu le contrôle », je tiens d’ailleurs à saluer la transparence dont il a fait preuve, il est utile qu’il puisse nous expliquer plus longuement, dans le calme et devant la représentation nationale, ce qui s’est passé. Nous ne nous interdisons aucune audition. Les ministres qui ont pu être concernés, leurs services, le renseignement territorial, les acteurs des plateformes de réseaux sociaux, les associations de maires ou de commerçants qui ont été attaqués seront entendus. Les renseignements avaient pointé le rôle de LFI et de ses proxys d’ultragauche dans les violences du mouvement lycéen. Depuis, Sébastien Lecornu a directement ciblé Jean-Luc Mélenchon et ses troupes, appelant tout le monde à «choisir son camp». La France Insoumise est-elle légitime à participer à vos travaux ? Jean-Luc Mélenchon sera-t-il auditionné ? Il ne faut pas tout confondre. En France, la liberté d’exprimer ses opinions à travers des représentants élus par le peuple est sacrée, dans la mesure où ces derniers se conforment aux lois de la République. Mais on peut comprendre que ces mêmes citoyens aient été heurtés de voir des députés en écharpe faire barrage devant des policiers ou d’entendre certains élus locaux déclarer que la violence est légitime. Par ailleurs, LFI siège au sein de la commission des lois. On ne va pas les en exclure, ce serait leur offrir un costume de victime. Ma méthode sera l’inverse. Il y a une demande très forte de réponses. Tous nos travaux seront publics. Pour l’instant, aucune convocation n’a été adressée à des représentants politiques. Mais si lors de nos auditions les membres de la commission l’estiment utile, nous n’hésiterons pas à le faire. Le RN déplore de ne pas avoir eu de poste de rapporteur et dénonce une commission « partiale ». Ils menacent même de la boycotter. Que leur répondez-vous ? Mon rôle en tant que président, c’est d’être le garant du cadre parlementaire et du bon fonctionnement de l’instance. Je ne veux pas rentrer dans les jeux politiques. Il avait été déterminé en conférence des présidents qu’il y aurait trois rapporteurs, un pour la majorité et deux pour l’opposition. J’ai soumis l’ensemble des postes au vote et les députés ont décidé en toute liberté. Mon engagement est clair : je garantis à chacun le droit de s’exprimer. La commission des lois comporte 72 députés et le RN y est le groupe le plus représenté. Ses parlementaires y travaillent toute l’année et je les invite, au vu de la gravité du moment, à participer. Le Rassemblement national a appelé au boycott de la commission. J’en prends acte. J’espère toutefois que l’ensemble des groupes politiques participera aux travaux. Le RN à tout à perdre à ne pas venir.